AU NOM DU PERE? DU FILS ET DU KANGOUROU

MEUWISSEN,ERIC

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Jeudi 24 avril 1997

Au nom du père, du fils et du kangourou

Walibi à moitié prix pour le week-end du tourisme. Une promotion en pleine crise. Rencontre avec Thierry Meeus, l'héritier présomptif.

UN ENTRETIEN

d'Éric Meuwissen

Le week-end du tourisme, c'est pour samedi et dimanche (« Le Soir» du 23/04). La formule est fort avantageuse pour les familles ayant fait le choix de se rendre dans les attractions dont les prix d'entrée sont les plus élévés (50 % de réduction à condition d'être préalablement en possession des bons de réduction) (1). En Brabant wallon, Walibi devrait ainsi faire le plein. L'occasion pour nous de rencontrer le nouveau patron du groupe. Et cela au moment où le kangourou traverse la plus grave crise de son histoire.

Thierry Meeus, le fils du fondateur de Walibi, est désormais «le patron au quotidien» comme il aime se présenter. À 41 ans, l'héritier présomptif s'est vu confier la présidence du comité de direction du groupe Walibi (2,5 milliards de chiffre d'affaires). Un solide baptême du feu pour ce jeune quadra qui a désormais pour mission de préparer le programme d'investissement et la stratégie du groupe.

Les chiffres sont très mauvais. Comment expliquez-vous ces résultats ?

- On s'était dit que 1996 serait une bonne année, vu les résultats des deux années précédentes. On avait augmenté les budgets marketing, prévu des spectacles grandioses... et puis patatras ! Mi-juillet, les chiffres apparaissaient mauvais. On a assisté à une chute brutale du nombre des visiteurs. En août, on a même dû fermer le parc un jour à cause des intempéries. Or, le personnel avait été engagé en prévision d'une bonne année. Tout cela nous a fait très mal.

179 millions, c'est une perte record ? Du jamais vu à Walibi ?

- Oui, c'est énorme. Avant cela, les mauvaises années, on perdait 20 ou 40 millions. On va réagir. Notre premier objectif est de renouer avec les bénéfices en 1997. On va consacrer moins d'argent au marketing et plus au commercial. Nous devons être rentables avec le nombre de visiteurs actuel. Ce qui veut dire que nous allons diminuer les coûts de 170 millions. Ce programme est acquis et il sera récurrent. On retournera ainsi aux coûts de 1994 quand on n'avait plus de visiteurs.

Vous allez licencier?

- Fin de l'année passée, il y a déjà eu quelques licenciements. Il y aura un peu moins d'emplois. Mais c'est surtout par une politique de non-engagement qu'on va réduire les frais de personnel. La part de budget affectée au personnel devra être diminuée de 35 millions si on n'augmente pas le nombre de visiteurs. Cela impliquera aussi une diminution des frais de marketing et une diminution des frais de location. Sans oublier une série de synergies entre les neuf parcs du groupe.

Et les investissements ?

- Cette année, ils seront limités à 140 millions. Mais dès l'année prochaine, on les reprend normalement. A savoir 300 à 400 millions.

Restent les perspectives ?

- Elles sont très bonnes. On va même faire, comme dit mon père, la meilleure année au point de vue des résultats depuis qu'on existe. Vu les coupes sombres, si on revient simplement au chiffre d'affaires de 1995, on aura dans les 200 millions de profit.

Certains évoquent déjà la création d'un «Parc Tintin» ?

- Soyons précis. L'information est mal passée dans la presse. Il n'y aura pas de «Parc Tintin». On espère renouveler le contrat Tintin à Walibi Wavre. Sans plus.

(1) On peut encore se les procurer auprès des cinq centres régionaux de la RTBF, à l'OPT (61 rue Marché aux Herbes à Bruxelles) ou au Commissariat du Tourisme wallon (1 place de Wallonie à Jambes).

Thierry Meeus : pas un «fils à papa»

Marié et père de trois filles, Thierry Meeus est ingénieur commercial de formation (UCL) et titulaire d'un Master de la Cornell University (USA). Il a commencé sa carrière chez Dow Corning Europe avant de rejoindre à 28 ans Walibi en 1983.

Vous voilà un «fils à papa» ?

- J'espère avoir fait mes preuves. Papa est plutôt ce qu'on appelle un créateur intuitif et moi je suis un gestionnaire raisonné.

On vous a donné Mini-Europe pour vous faire les dents ?

- Ce fut une bonne école. Il fallait tout faire. Mais nous avons réussi. Mini-Europe est devenu une des dix premières attractions touristiques de Belgique et la première attraction de Bruxelles en chiffre d'affaires. Mini-Europe est une attraction leader à Bruxelles et j'ai dû m'impliquer à fond dans l'imbroglio bruxellois. Ceci dit, Mini-Europe est le seul des neuf parcs du groupe qui n'ait pas diminué son chiffre d'affaires, tout en augmentant légèrement son nombre de visiteurs.

Walibi est-elle toujours une société familiale,ou est-ce comme au Club Med où la famille fondatrice (Trigano) ne détient plus qu'une toute petite participation symbolique ?

- Notre famille détient un peu plus du tiers des actions (NDLR : 40 %). Avec les Florizoone, on est à 50 %. Le reste est en bourse.

N'ya-t-il pas eu une guerre de succession, comme on en voit tant dans les grandes familles lors du passage d'une génération à l'autre ? Et comment a réagi votre frère aîné ?

- Non. Mon frère aîné (NDLR : Yves, 43 ans) et moi sommes tous deux dans la gestion courante. Yves a une autre formation (ingénieur civil) et s'occupe d'un autre créneau. Il a beaucoup d'expérience dans les investissements.

On sait qu'une des conditions pour subsister est le maintien, au sein de la famille, d'une discipline qui permette d'étouffer dans l'oeuf les conflits éventuels entre les héritiers. Alors, ne faut-il pas redouter des querelles d'Atride au sein des actionnaires familiaux ?

- Non, car les intérêts de la famille sont regroupés dans une société. Mais cela n'empêche pas que de temps en temps, on ait des divergences de vue. Quand les personnalités sont fortes, cela fait parfois des étincelles. Une chose est sûre : on ne prend plus les décisions concernant le groupe lors du dîner de famille.

Que pensez-vous de la «loi des trois générations». La première fonde, la seconde gère et la troisième dilapide au mieux en mécénat, au pire en débauche et folies diverses ?

- Pour ma part, j'appartiens à la deuxième génération, donc je gère. Demain, si je veux, je peux changer complètement un parc. Il me faut avoir des idées folles que je dois rendre raisonnables.