Au rayon laser

COLJON,THIERRY

Page 8

Mercredi 12 mai 1999

SUEDE

«Head music»

Ce qui surprend le plus finalement, chez Suede, c'est cette facilité qu'a Brett Anderson a écrire des tubes pop à partir d'un matériau qu'on pensait usé jusqu'à la corde. Sans les manières d'Oasis, Suede trace son chemin, répendant autour de lui bonheur et beauté, sensibilité et tendresse. Ce quatrième album de Suede ne déroge pas à la règle imposée par ses prédécesseurs: de grandes chansons excellemment produites par Steve Osborne. «She's in fashion» est brillant à souhait tout comme le reste d'un album qui réussit la diversité des teintes, avec des textes touchants et des mélodies craquantes. (T.C.) - Nude/ Sony.

ELECTRONIC

«Twisted henderness»

La re-formation de New Order, ce n'est toujours pas pour aujourd'hui vu que Bernard Sumner a reconduit son duo avec Johnny Marr. L'électronique préside toujours à cette entente qui vise à marier pop et techno. Les plages sont longues (de 4 à 7 minutes) et l'humeur est plutôt au percutant, les influences New Order cédant le pas à des choses plus actuelles mais cela n'enlèvera jamais à Bernard et Johnny l'amour des belles mélodies. Tout cela n'a donc rien d'effrayant - surtout que le vétéran Arthur Baker est à la production - et si les radios passent outre au problème du timing, il n'y a pas de raison pour qu'Electronic ne nous berce pas de jour comme de nuit... (T.C.) - Parlophone/ EMI.

THE LILAC TIME

«Looking for a day

in the night»

L'été approche, ses envies de léthargie aussi. C'est le temps idéal pour le Lilac Time qui n'avait plus publié d'albums depuis 1991. Les trois Duffy ont donc décidé de se retrouver pour ce cinquième album (et onzième de Stephen qui reste le chanteur du groupe). Rien n'a changé, les chansons gardent cette douceur naturelle typiquement british pop. Les guitares acoustiques président à un jeu d'harmonies relevées par la voix de Claire Worrall. Voilà, par la même occasion, de quoi combler les fans en manque de Prefab Sprout... (T.C.) - Cooking Vynil-Rough Trade.

THE ROBERT CRAY BAND

«Take your shoes off»

Ces derniers temps, les albums de notre bluesman avaient un peu tendance à perdre de leur pêche et de leur fraîcheur. Un nouveau contrat et tout va tout de suite mieux surtout que ce disque renoue avec un esprit plus soul au lieu d'enfoncer des portes déjà ouvertes. Steve Jordan (producteur d'Aretha Franklin, Keith Richards...) a été rechercher une section de cuivres complète, en plus des Memphis Horns, et du Band de Robert. Une ballade comme «That wasn't me» écrit par Cray nous ramène à la grande époque Stax.

Voilà qui est de bonne augure avant son concert à l'AB le 27 mai, avec Fred & the healers en première partie. (T.C.) - Rykodisc/ Munich.

TOM ZÉ

«Fabrication defect»

Dernière production du label Luaka-Bop de David Byrne, Tom Zé est un habitué des rives mondialistes. Le chanteur brésilien n'est pas du genre à se contenter d'une simple bossa. Tom attrape tout ce qu'il peut entendre et ses disques n'en deviennent que plus passionnants. Un peu comme Carlinhos Brown mais en plus acoustique, en plus rural. Entre classique et pop, entre folk et jazz, Tom Zé poursuit son chemin hors des sentiers battus et ce disque est comme un voyage dont on ignore les étapes. On descend la rivière en sa compagnie sans se soucier de rien et c'est inlassablement qu'on a envie de refaire le mini-trip en sa compagnie. Un vrai bonheur... (T.C.) - Luaka-Bop/ import.

DANIEL GOYONE

«Haute mer»

On retrouve sur cet album du pianiste jazz toute la finesse et la délicatesse de ses précédents disques. Mais comme Daniel est un homme de rencontres, il offre à chaque fois une autre oeuvre. Avec David Linx, il s'ouvre à la chanson, sur quatre titres. Avec la flûte de Chris Hayward, il glisse par temps calme sur une «Haute mer» douce et huileuse. Avec les percussions de Ray Lema et Idrissa Diop, il croise au large de l'Afrique avec de ses peaux caressées comme les touches de son piano. Un beau voyage donc d'où la sensualité et l'émotion priment sur la technique... (T.C.) - Label Bleu/ Choice Music.

BRANFORD MARSALIS

«Requiem»

Retour au quartet acoustique («Crazy people music» en 1990) pour le caméléon du jazz. Son frère Delfeayo à la production, feu Kenny Kirkland au piano, Jeff Watts aux drums et Eric Revis à la contrebasse, on est entre amis. Et Branford de retrouver toute sa patte romantique (la ballade «A thousand autumns» notamment), sa verve légendaire qui peut parfois prendre des allures free («Lykief») et surtout ce sens des arrangements hyper rythmés. Les attaques sont redoutables et le quartet de se stimuler sur les compositions originales du saxophoniste (à l'exception du «Trieste» de Paul Motian). Jazz vivant, moderne et à la fois terriblement hard-bop... (T.C.) - Columbia/ Sony.

PLUNKET & MACLEANE

«Original soundtrack»

Craig Armstrong est prolifique ces temps-ci. A part le nouvel Arno sur lequel il a travaillé et une autre musique de film à venir, il a entièrement composé ce soundtrack de «Plunket & MacLeane» qui sortira à la rentrée. Le roi des violons sur lit de «drum & bass» en a profité pour laisser libre cours à ses fantaisies, avec choeurs guerriers et breaks d'ambiance inquiète. Profitant d'un grand orchestre, il y est allé tout en virant funk-rap sur le «Houses in motion» de Talking Heads. Armstrong révolutionne la musique de film en jouant sur les deux tableaux: le symphonique lacrymal et le trip-hop agité. On n'est pas sur le label de Massive Attack pour rien... (T.C.) - Melankolic/ Virgin.