AUDERGHEM:THEATRE A FOISON TALLEYRAND-CLAUDE RICH NE SE SENT PAS PLEBEIEN VAUDEVILLESQUES PIERRE ET MARIE CURIE GELIN-DELORME

LAMENSCH,MICHELLE

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Samedi 14 septembre 1991

AUDERGHEM: THÉATRE À FOISON

Beaucoup de comédiens français considèrent que le Bruxellois est bon public. Ils l'apprécient comme banc d'essai!

PARIS

De notre envoyée spéciale

Dans l'esprit d'un acteur parisien, se produire au Centre culturel d'Auderghem signifie monter sur les planches à Bruxelles. Les artistes français n'ont que faire de nos découpages territoriaux et c'est tant mieux pour Philippe Du Posty, directeur du Centre culturel d'Auderghem qui, une fois encore, est parvenu à attirer au boulevard du Souverain quelques belles têtes d'affiche pour sa nouvelle saison théâtrale. La plupart d'entre elles ont déjà affronté le public belge. Pour d'autres - dont Sonia Vollereaux et Stéphane Hillel, principaux interprètes des «Palmes de Monsieur Schutz», mis en scène par Jean-Noël Fenwick - leur prestation bruxelloise s'insère dans leur première tournée dans notre pays.

Le cycle «Paris-Théâtre» sera à nouveau le temps fort de la saison du Centre culturel. Deux formules d'abonnement fidéliseront, selon leur goût, les spectateurs des sept pièces (5.250 à 6.650 F) ou de quatre d'entre elles seulement pour un prix allant de 2.950 à 3.950 F. Toutes les représentations, sauf une, débuteront à 20 h 30.

Claude Brasseur et Claude Rich ont déjà triomphé à Louvain-la-Neuve dans «Le Souper», de Jean-Claude Brisville. Récompensés par un tout récent «Molière», ils remettront le couvert, du 30 septembre au 3 octobre, pour nous faire revivre une certaine nuit du 6 juillet 1815 au cours de laquelle Talleyrand (Claude Rich), conseiller de Louis XVIII, obtiendra le ralliement de Fouché (Claude Brasseur) au retour du Roi.

Le succès de Laurence Semonin obtenu dès la création de «La Madeleine Proust à Paris», au théâtre municipal de Besançon en 1986 confirme l'engouement du public pour ces comiques paysanes en fichu et tablier artificiellement vieillies. Laurence Semonin, native de Franche-Comté, reviendra à Auderghem, les 11 et 12 novembre, avec ses poules que les chauffards parisiens ne manqueront pas de lui écraser.

«La Trilogie marseillaise», mise en scène par Jean-Luc Tardieu, c'est du Pagnol trois fois, durant trois heures: un condensé de Marius, Fanny et César en remontant le temps. De la mort de Panisse (Jacques Morel) à la rencontre amoureuse de Marius (Fabrice Roux) et Fanny (Laura Favali). La réplique «Tu me fends le coeur!» sera servie par César-Jean-Pierre Darras et le rôle d'Honorine par Geneviève Fontanel. (Les 3, 4 et 5 décembre, exceptionnellement, à 20 heures.)

Jean-Claude Brialy, metteur en scène de la pièce, devait à l'origine interpréter le personnage de «Désiré», de Sacha Guitry. Henri Garcin s'est finalement glissé dans le rôle, succombant à sa place à la volupté de servir Yolande Folliot, Alain Feydeau, Laurence Badie et André Gaillard. (Les 20, 21 et 22 janvier.)

«Romantic Comedy» de Bernard Slade est devenu, adapté par Jean-Claude Carrière, «La Fille sur la banquette arrière». Louis Velle, auteur à succès, embauche Julie Arnold comme collaboratrice. Un duo ordre-fantaisie. La critique américaine s'était beaucoup divertie. (Les 12, 13 et 17 février).

Jean Cocteau eut, paraît-il, du mal à monter «Les Parents terribles», en 1938. Raymond Acquaviva a trouvé tout naturel de réunir aujourd'hui Danièle Delorme et Daniel Gélin, autrefois amants terribles dans la vie. (Les 23 et 24 mars.)

Autre spectacle couronné d'un «Molière» (à quatre reprises, en 1990...), «Les palmes de Monsieur Schutz», de Jean-Noël Fenwick. La rencontre de Pierre et Marie Curie sur le mode vaudevillesque... La troupe du Théâtre des Mathurins va entreprendre une tournée de neuf mois en France, Belgique (Bruxelles, Nivelles, Louvain-la-Neuve et Namur) et en Italie. Elle sera à Auderghem les 20, 21 et 22 avril.

Le mini-abonnement pour quatre spectacles reprend «Le Souper», «La Trilogie marseillaise», «La Fille sur la banquette arrière» et «Les Palmes de Monsieur Schutz».

MICHELLE LAMENSCH

Talleyrand - Claude Rich

ne se sent pas plébéien

Jouer les crapules quand on a une belle gueule: l'idée a séduit le gracieux Claude Rich qui, selon sa propre expression, ne se sent pas plébéien. Pour jouer «Le Souper», de Jean-Claude Brisville, il a retrouvé un comédien qu'il connaît bien, Claude Brasseur, dont les rondeurs bourrues seyent à l'interprétation d'un personnage de souche plus populaire mais tout aussi vil.

Claude Rich campe un Talleyrand claudiquant, au ton affecté, recevant à souper dans son palais parisien un Fouché, président du gouvernement provisoire, qui s'est longtemps compromis dans des oeuvres de basse police et qui avait, en son temps, voté la mort de Louis XVI. Avec le pardon du roi et un poste ministériel à la clé, l'éminence grise de Louis XVIII doit à présent convaincre Fouché de contribuer à la restauration de la monarchie, après l'épisode des Cent-Jours. C'est que, dans cette nuit du 6 juillet 1815, la France n'a plus de gouvernement et Paris, après la bataille de Waterloo, est occupée par les Anglais, les Russes et les Allemands.

Fourbe, l'hôte du prince-évêque fera monter les enchères du ralliement au fur et à mesure que durera le repas. Si les fourchettes avaient été des épées...

«Le Souper» avait enthousiasmé, en février, les spectateurs du Théâtre Jean Vilar, à Louvain-la-Neuve.

M. L.

Vaudevillesques Pierre et Marie Curie

La découverte du radium par Pierre et Marie Curie et l'obtention conjointe d'un prix Nobel n'ont pas empêché ces brillants savants d'apprécier les plaisirs de la vie. L'intention de Jean-Noël Fenwick, en montant «Les Palmes de M. Schutz», a été de recadrer l'image des deux scientifiques, qu'on a tendance à confiner dans un univers de laboratoire, tout en respectant une certaine réalité scientifique. Le personnage de M. Schutz, le directeur de l'école de physique, grand amateur de médailles, imprime à la pièce un ton vaudevillesque. Il est interprété par Gérard Caillaud, le metteur en scène.

- Marie Curie était drôle, émouvante et forte, insiste Sonia Vollereaux, son interprète. Elle était pleine d'humour et de fantaisie. Nous avons voulu restituer cette face cachée de son personnage.

Pierre et Marie Curie sortaient, allaient au Moulin Rouge. Ils ont fait le tour de France à bicyclette, enchaîne Stéphane Hillel, alias Pierre Curie. Quand le savant s'est fait écraser par un fiacre, on a soupiré: «À quoi rêvait-il encore?». Nous avons voulu briser le cliché de l'apparence austère.

Après six cents représentations à succès, ce spectacle du Théâtre des Mathurins entame une tournée de neuf mois. Avant Auderghem, en avril, il se sera produit notamment à Louvain-la-Neuve, du 14 au 16 octobre.

M. L.

Gélin-Delorme, parents terribles

Daniel (Gélin) et moi, nous ne nous sommes en réalité jamais quittés. Nous faisons toujours partie de la même grande famille. Et l'ancien conjoint de Danièle Delorme, qui doit tenir son amour du poisson d'une enfance passée à Saint-Malo, de se laisser absorber, à ce moment-là, par la dégustation d'une assiette de gâteries fumées. Danièle Delorme et Daniel Gélin ont été choisis par le metteur en scène Raymond Acquaviva pour interpréter «Les Parents terribles» tirés de l'oeuvre de Jean Cocteau. Le bon choix!

Autrefois mari et femme à la ville, et parents de Xavier, 48 ans, producteur, Daniel Gélin et Danièle Delorme n'avaient pas encore entamé les répétitions des «Parents terribles» qu'ils emportaient déjà notre conviction par de fréquentes allusions à leur vie privée: ils ne pourront interpréter qu'à merveille cette saga d'une famille bourgeoise, un peu détraquée, qui se forme sur scène pour se réunir dans les coulisses.

Georges, le père, quinquagénaire, rêveur et sentimental, s'éprend d'une jeune femme que, par ailleurs, et par la volonté diabolique de Cocteau, son propre fils, Michel, convoite. Malgré les efforts de la mère, Yvonne, entichée de son enfant, dont elle n'a pu, cependant, empêcher l'escapade.

Après Auderghem, «Les Parents terribles» se produiront à Louvain-la-Neuve, du 26 au 28 mars.

M. L.