AUGMENTATION DU NOMBRE DE CANCERS DE LA PLEVRE L'AMIANTE TOTALEMENT BANNIE EN FRANCE

KERSTENNE,RAPHAELLE; AFP

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Mercredi 3 juillet 1996

Augmentation du nombre de cancers de la plèvre

L'amiante totalement bannie en France

La France va bannir l'amiante. Cette décision annoncée mercredi matin par le ministre français du Travail et des Affaires sociales concerne tous les produits contenant les fibres cancérogènes y compris l'amiante-ciment (contrairement à ce qui est actuellement en vigueur en Belgique). L'interdiction intervient après la publication d'un rapport alarmant de l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale). Selon ces experts, l'amiante tuera près de 2.000 personnes en France en 1996.

L'amiante, ces fibres utilisées en construction, principalement pour l'isolation des bâtiments publics dans les années 50 à 70, tue encore aujourd'hui puisque les maladies liées à l'amiante se déclarent jusqu'à trente ans après l'exposition à ce matériau. Les fibres s'attaquent au système respiratoire, principalement à la plèvre (l'enveloppe des poumons) et aux poumons. Les maladies strictement liées à l'amiante s'appellent mésothéliome (cancer de la plèvre) et asbestose (fibrose pulmonaire) tandis que les fibres sont un des facteurs stimulant le développement d'un cancer du poumon.

Les scientifiques de l'Inserm avancent dès lors que 750 Français mourront cette année d'un cancer de la plèvre et 1.250 d'un cancer du poumon. La différence a de l'importance : le cancer du poumon à cinq fois plus de risques de se développer chez une personne exposée à l'amiante et vingt fois plus chez une personne exposée qui de surcroît fume.

Ce qui inquiète les experts français, c'est l'augmentation des cas de mésothéliome qui se déclarent dans leur pays, à l'image, disent-ils, de l'ensemble des pays industrialisés : elle serait de 25 % tous les trois ans.

Ce constat induit une autre inquiétude. Les experts soulignent que les travailleurs qui manipulaient auparavant l'amiante, à l'extraction de la fibre, à la production de plaquettes de frein ou encore lors de l'isolation des bâtiments, par exemple, sont actuellement protégés. Ils attirent l'attention des autorités sur l'exposition discontinue à l'amiante. Elle touche les ouvriers des chantiers navals, les cheminots, les plombiers, les charpentiers, sans reprise dans les professions à risque.

Pire encore, les experts n'excluent pas tout risque de cancer pour les personnes exposées dans leur environnement, au bureau comme à la maison.

En Belgique, les chiffres sont moins inquiétants. Le Fonds des maladies professionnelles est intervenu en 1994 auprès de 50 personnes atteintes du cancer de la plèvre. Cependant, ce chiffre est en constante augmentation : par rapport à 1984, il y a eu en 1994 cinq fois plus de déclaration de ce type de cancer dont l'exposition à l'amiante est le seul facteur à risque connu à l'heure actuelle.

Seule donnée qui manque encore actuellement : quels risques court l'employé de bureau exposé à la présence dans l'air d'amiante trop présente (0,01 fibre par m3) ?

R. K. (avec AFP)