AVANT LA GREVE DE JEUDI PROCHAIN, DEJA DES ACTIONS, A LIEGE, LUNDI, LE FRONT DES ETUDIANTS S'ELARGIT

BOUILLON,PIERRE

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Samedi 8 octobre 1994

Avant la grève de jeudi prochain, déjà des actions, à Liège, lundi

Le front des étudiants s'élargit

L'appel à la grève lancé par l'ULB résonne dans tout le supérieur. Des écoles de Liège seront au grève, dès lundi. Au finish...

La ligne de front s'élargit, devant le ministre Michel Lebrun. Cette fois, c'est bel et bien tout l'enseignement supérieur qui entre en ébullition. Les étudiants de l'ULB ont lancé un appel à la grève, pour le jeudi 13 octobre. La Fédération des étudiants francophones (qui n'«affilie» pas les bruxellois) se réunira, dimanche, pour décider de propager, ou non, le mot d'ordre.

A priori, ce serait plutôt oui.

Mais d'ores et déjà, les étudiants d'une quinzaine d'écoles supérieures (non universitaires) de la région liégeoise ont annoncé qu'ils partiraient en grève, dès lundi. Et au finish. Regroupés au sein du Gedes (Groupement étudiant de défense de l'enseignement supérieur), ils veulent empêcher le vote (prévu pour le 18 octobre), au Conseil de la Communauté, du projet de décret prévoyant la fusion du supérieur, dès l'automne 1995, en 26 Grandes Écoles.

Le Gedes réunit notamment l'Académie des Beaux-Arts, l'Isis (communication et assistants sociaux), Jonfosse (école normale), Lombard (architecture), HEC (hautes études commerciales) et Barbou (paramédical). Plusieurs dizaines de leurs étudiants ont déjà manifesté, vendredi matin, à Liège.

Jean-Jacques De Paoli, président du Gedes, dénonce le blocage de l'encadrement (anticipant le décret sur les Grandes Écoles) dans le supérieur («Le Soir» de vendredi). Au Barbou, dit-il, la population est passée de 270 à... 500 étudiants. En vertu du frein budgétaire imposé par Lebrun, l'encadrement professoral (ne pouvant évoluer que de 10 %) ne correspond qu'à quelque 290 étudiants.

Le 18 octobre, les écoles du Gedes se rassembleront avec les étudiants de l'ULg au boulevard d'Avroy, devant le «Torè».

Les écoles normales de Bruxelles songent également à donner de la voix la semaine prochaine.

Le SEL (Setca enseignement libre) invite ses membres à participer à toute action en faveur d'un enseignement supérieur démocratique et valable.

Sur les campus universitaires, électrisés par les projets de Lebrun en matière de financement, l'appel à la grève de l'ULB sera diversement suivi. On s'attend à des actions à l'ULg, Gembloux, Mons et (peut-être) Namur. À l'UCL, les étudiants se borneront à une action symbolique. Ils se réjouissent du projet de Lebrun de réduire l'échec à l'université de 10 % en 5 ans. En revanche, ils critiquent sèchement les recteurs (Pierre Macq de l'UCL, en particulier) qui se satisfont du taux global de réussite à l'université (60 %) et qui jugent que Lebrun cherche à brader les diplômes.

Incident: l'AGL (assemblée générale des étudiants) de l'UCL accuse Macq d'avoir refusé de publier dans la revue «Louvain» (comme c'est l'usage) le discours (musclé) qu'Axel Lefebvre, président de l'AGL, a prononcé à la rentrée de l'UCL («Le Soir» du 19 septembre). Une censure symptomatique, dit l'AGL: L'université refuse tout débat de fond, toute critique, toute remise en question.

Notons que Lebrun n'a pas encore réagi à la lettre que lui a envoyée Eric Tomas («Le Soir» de vendredi). Le ministre communautaire du Budget y démontrait que son collègue de l'Enseignement supérieur n'a pas les 2,5 milliards qu'il promet de réinjecter, d'ici à 2001, dans les universités. Mais le cabinet Lebrun maintient ses chiffres et compte s'expliquer avec Tomas la semaine prochaine.

En marge des échauffourées de l'heure sur les projets de Lebrun, des étudiants de l'école normale de Mons, manifestaient, vendredi, pour dénoncer l'incompatibilité entre les diplômes décernés aux régents par certains établissements de la Communauté française (ex-État) et les «titres requis» pour enseigner («Le Soir» du 7 octobre). Les ministres compétents (Lebrun pour les écoles normales, Mahoux pour les titres) se rencontreront, le 13 octobre, pour accorder leurs violons.

PIERRE BOUILLON