Babel ou le ballet des incompatibles

WYNANTS,JEAN-MARIE; MAKEREEL,CATHERINE; FRICHE,MICHELE; MERTENS,WENDY; ANCION,LAURENT

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Mardi 10 novembre 2009

Babel ou le ballet des incompatibles

Théâtre Varia.

Metteuse en scène et comédienne, Peggy Thomas, orchestre cette adaptation libre du Misanthrope. Elle s’inspire des personnages de Molière, des relations entre eux, des questions du paraître et de la sincérité. Par la compagnie Les Orgues.

Charges comprises

Echo d’Avignon, Nismes.

Thierry De Coster et Odile Mathieu nous livrent une performance époustouflante incarnant à eux deux une dizaine de personnages, locataires d’un immeuble bruxellois en proie à des querelles intestines. Avec un rythme endiablé et une étonnante plasticité dans le jeu, le duo divertit agréablement.

Compartiment non-fumeurs

La Samaritaine.

Rencontre intrigante, dans un train, entre un auteur de roman policier et une étudiante fort curieuse. Fouineuse, la jeune fille écrit un mémoire sur lui et va le cuisiner avec un chantage à la clef. Voyage bref et pépère sur les rails d’un dialogue rythmé comme il faut.

Eloge de l’oisiveté

Théâtre de la Vie.

Cette pièce, inspirée de l’œuvre de Bertrand Russell, traite de la place du travail dans la société actuelle. Par la Fabuleuse Troupe, dans une mise en scène de Véronique Dumont.

Et pas une ride !

Théâtre royal de Namur.

La comédienne Michèle Bernier rend hommage à la cinquantaine nature et décomplexée dans un solo bourré d’autodérision et de sincérité. Ça sent le vécu et c’est cela qui fait le prix d’un spectacle abordant « l’âge mur » sans tabou. Seul bémol, les séquences « émotion » freinent maladroitement le rythme. (C.Ma.)

Hamlet

Théâtre National.

Le héros de Shakespeare, fils d’un roi assassiné, chargé par son spectre de le venger pourrait passer pour un être hors du commun. Pourtant, comme tout un chacun, il est la proie du chagrin, de la folie, il est prisonnier des secrets de famille. Tel est l’Hamlet qu’a voulu montrer le metteur en scène chinois Lin Zhaohua. Dans le cadre d’Europalia.china.

Hansel et Gretel

Théâtre Le Public.

Après avoir longtemps tourné avec ce spectacle, Jean-Benoît Ugeux et Anne-Cécile Vandalem, ses créateurs ont transmis le flambeau à Selma Alaoui et Cédric Eeckhout qui campent désormais ce couple isolé, confronté aux invités de leur mariage. Mais il n’y a personne : les époux ont joué et filmé leurs hôtes. La synchronie entre le jeu des acteurs et les téléviseurs est sidérante. La froideur qu’elle crée l’est tout autant. Un spectacle angoissant et magistral.

Histoires d’un idiot de guerre

Centre culturel de Dinant ; centre culturel de Huy.

Deux chaises, une histoire incroyable et deux comédiens d’exception : il n’en faut pas plus à notre bonheur. Angelo Bison et Pietro Pizzuti, unis comme les deux bras d’un Arlequin, livrent ensemble un récit inouï, signé Ascanio Celestini. L’auteur de Fabbrica explore cette fois les récits de guerre, où vérités et légendes s’unissent pour défier la mort par un grand éclat de vie. La mise en scène de Michael Delaunoy parie sur la truculence des comédiens, et gagne haut la main.

Ladies night

Cirque royal ; Théâtre du Gymnase, Tubize.

Touchants de ringardise et joyeusement ridicules de machisme, les sept comédiens dirigés par Daniel Hanssens font honneur à la bande de « losers » rendus mythiques par The Full Monty au cinéma. Drôle et attachante, la bande finit en apothéose dans un strip-tease qui donne chaud aux joues !

La souricière

Théâtre royal des Galeries.

Mise en scène par Fabrice Gardin, cette pièce d’Agatha Christie maîtrise toutes les ficelles du genre dans un décor très efficace et grâce à une distribution bien huilée. Un meurtrier s’est glissé parmi les hôtes du Manoir Monkswell, qui saura le débusquer ?

Le barbier de Séville

Centre culturel de Huy.

Un vieillard qui se prépare à épouser une belle jeune fille se fait doubler par un jeune comte aidé de son ancien serviteur… En montant cette comédie de Beaumarchais, Jacques Delcuvellerie livre un spectacle pétillant, drôle, truffé de musiques de toutes les époques et porté par une formidable distribution.

Le Grand Projet

Atelier 210.

Ecrite et mise en scène par Maria Clara Ferrer, la pièce sautille entre cinq jeunes femmes rêveuses et ambitieuses, condensé remuant de notre génération pressée. Mêlant de savoureux témoignages vidéos, ce grand projet accumule les belles idées mais perd un peu son rythme sur la fin.

Le mensuel

Centre culturel de l’ancienne église de Berchem-Sainte-Agathe ; Moderne, Liège.

La compagnie Pi 3,14 poursuit sa revue de l’actualité mensuelle et y farfouillent pour forger sketches, commentaires et vidéos ironiques.

Le propre de l’homme

Théâtre de La Valette, Ittre.

Seul en scène, Jacques Viala nous offre une leçon sur le « propre de l’homme », à savoir le langage, tout en rendant hommage aux grands poètes et surtout au métier de professeur. Irrésistible en maître d’école sévère mais pince-sans-rire, il assaisonne d’humour ses réflexions philosophiques et citations littéraires.

Ma Terre happy !

Centre culturel de Woluwe-Saint-Pierre.

L’homme dégaine ses mots, les détourne et les retourne, et il fait mouche à tous les coups ! Sa Terre happy !, c’est… une thérapie absolue contre tout ce qui vous plombe. Perché sur son divan rouge, Bruno Coppens parle à son psy, un pied en Belgique, l’autre dans l’univers, il navigue du pipi au lit au slam de l’islam, plus sensé que jamais. Une scène pleine de surprise et de rire, sous l’œil d’Eric de Staercke à la mise en scène et avec l’oreille musicale d’Eloi Baudimont. Que du bonheur ! Nomination aux Prix de la critique 2007-2008 dans la catégorie « Meilleur seul-en-scène ».

Mercier, go home !

Centre culturel et artistique d’Uccle.

Dans une atmosphère sans prétention et avec une autodérision charmante, Jacques Mercier évoque des anecdotes cueillies au fil de ses 45 ans de carrière à la RTBF. Son invitée, Laurence Bibot, en rajoute pour le mettre en boîte. Quelques archives télévisuelles achèvent de pimenter cette rétrospective bon enfant.

Merci, Messieurs les artistes (… de rien, ça fait plaisir !)

Comédie Claude Volter.

Olivier Charlet signe ici une suite de saynètes délirantes et jubilatoires sur l’Art. Si on se demande, dans le premier quart d’heure, où nous embarquent les deux comédiens-théoriciens, on se laisse allégrement entraîner ensuite dans des dialogues loufoques, voire surréalistes, qui leur permettent d’étaler une vaste culture dans un style plus drolatique que didactique.

My first time

Théâtre de la Toison d’Or.

Ecrite par l’Américain Ken Davenport à partir de récits de « premières fois » collectés sur Internet, la pièce dévoile une pléiade de souvenirs intimes, tendres ou rocambolesques, dès 12 ans ou après 50, à la maison ou en avion, hétéro ou homo, pendant 30 secondes ou une nuit entière. Le tout emmené par quatre comédiens bien excités.

Neige

Ecuries, Charleroi.

Une ode à la nature de la chorégraphe Michèle Anne De Mey, portée par la 7e Symphonie de Beethoven. Un conte enchanteur et terrifiant, universel, peuplé de silhouettes fantastiques qui nous emportent dans les abysses du rêve. En ouverture de la Biennale Charleroi/Danses.

On vit peu mais on meurt longtemps

Théâtre de la Toison d’Or.

Fabrizio Rongione revient seul en scène pour croquer les grandes et petites névroses de l’homme moderne. L’écologie, l’économie, la technologie, tout y passe à un rythme soutenu pour dresser un tableau bien senti de notre société paumée.

Oscar et la dame rose

Centre culturel d’Auderghem ; centre culturel et artistique d’Uccle.

La grande Jacqueline Bir reprend le rôle de Mamie Rose, pleine de tendresse face à Oscar, un petit garçon leucémique. Un grand moment d’émotion et d’humanité, joué sans chichi, à voir sans rechigner.

Papa est en voyage

Centre culturel d’Anderlecht ; centre culturel Jacques Franck ; institut Notre-Dame du Sacré-Cœur, Beauraing ; foyer culturel de Chênée ; centre culturel de Floreffe.

Ce seul-en-scène écrit et joué par Hamadi nous emmène depuis les terres berbères et insouciantes de son enfance jusqu’à Bruxelles, sur les traces d’un père immigré, déraciné. Avec les mots d’un enfant de 9 ans, Hamadi nous envoûte, sur le mode du conte, entre fantasme et réalité, mais avec une sincérité qui va droit au cœur.

Peau de loup

Maison des cultures et de la cohésion sociale ; salle Pôle nord ; maison de la culture de Namur.

Véronique Dumont et Catherine Salée incarnent le personnage de Guilaine, ex-détenue. L’une endosse le passé, l’enfance malheureuse, les hommes qui la battent et la rencontre du loup dont elle sera la complice. L’autre se débat pour réapprendre à vivre dans le présent. Sous la forme d’un conte noir, cette pièce de René Bizac et Caroline Safarian nous touche, sans esbroufe.

Pecora nera

Maison de la culture de Tournai.

Un conte bien à la manière d’Ascanio Celestini et porté par un Angelo Bison métamorphosé, littéralement habité par ce gamin pas tout à fait comme les autres, clown maladroit et tourmenté. Regard singulier sur la folie, par le prisme de l’enfance, mis en scène avec une sobriété prégnante par Pietro Pizzuti.

Rain man

Théâtre Le Public.

Charlie Babbitt, jeune homme d’affaire pressé, entreprenant et séducteur, part à la recherche de son frère caché, Raymond, savant autiste à qui leur père a légué toute sa fortune. Dan Gordon a adapté le célèbre film de Barry Levinson. Mise en scène : Michel Kacenelenbogen.

Stib

Théâtre Le Public.

Eva et Magda n’ont rien en commun si ce n’est leurs trajets dans un bus de la capitale… Elles vont pourtant se « contagionner », se reconstruire et s’ouvrir les yeux. Une belle rencontre, concrète, vivante et tramée de non dits, de miroirs, entre fous rires et émotions. Stib (Suite de Trajets Infra-humains Balisés) est le dernier né de l’écriture très originale de Geneviève Damas ici en duo avec Isabelle Defossé : deux sacrées comédiennes !

Sur la dune

Théâtre Blocry, Louvain-la-Neuve.

Un petit bijou du Tof Théâtre où de minuscules marionnettes ne cessent de nous surprendre dans un espace scénique qui se modifie en permanence. Un drôle de bonhomme un peu perdu semble y chercher sa route, poursuivi par un canard accrocheur. Un hymne à la vie qui se conclut par une jolie surprise après un voyage au pays des poissons, des avions, des nuages et des œufs. Pour tout public…

Sur la route de Montalcino

Théâtre Jean Vilar, Louvain-la-Neuve.

Cosmologie, foi et big bang en joute dialectique dans une auberge toscane plus vraie que nature : une pièce sage de Jean-François Viot défendue avec énergie, justesse et humour par ses interprètes, dont Alexandre von Sivers, François Sikivie, Grégoire Baldari et la jeune Maud Pelgrims.

Terril Apache

Manège, Mons.

Un face-à-face entre un petit-fils, que la mort de son père oblige à revenir dans le Borinage qu’il avait fui plus jeune et son grand-père, l’Indien de la réserve, qui a vécu au jour le jour les échecs de son fils et la débâcle d’une région autrefois florissante. Un texte de Thierry Debroux, mis en scène par Jasmina Douieb.

Théâtre de marionnettes de Quanzhou

Théâtre National.

Les marionnettistes et les musiciens de la troupe chinoise de Quanzhou sillonnent le monde avec leurs spectacles créés dans un esprit d’héritage et de sauvegarde du théâtre traditionnel de marionnettes à fils. Dans le cadre d’Europalia.china.

Titus Andronicus

Koninklijke Vlaamse Schouwburg.

Peu montée, cette pièce de Shakespeare aligne meurtres, viols, tortures et cannibalisme. On attendait quelque chose de saignant mais la version que nous proposent Olympique Dramatique et Toneelhuis s’avère plutôt potache et indolente. Le texte bien sûr reste magnifique.

Une heure avant la mort de mon frère

L’Arrière-Scène.

Après des années de séparation, Sally rend une ultime visite à son frère condamné à être pendu. Entre rancœurs, angoisse et tendresse, ce texte fort de Daniel Keene plonge ses racines dans le déchirement intérieur.

Un fou noir au pays des Blancs

Espace Delvaux.

Pie Tshibanda, ayant dû quitter le Congo, nous narre son arrivée en Belgique et, par l’art du conte réaliste, ouvre des brèches dans les certitudes du « pays des Blancs ». Un formidable plaidoyer pour l’écoute, le respect et l’amour, à voir absolument.