Balade pour la beauté

CHALKLIN,MICHAEL

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Samedi 1er juin 2002

Balade pour la beauté

L'invitÉE du samedi

Nele Paxinou, patronne des Baladins du Miroir, est « tombée en amour » avec le théâtre forain, la région, les gens, le partage. Propos à bâtons rompus dans son nid de Thorembais-les-Béguines.

ENTRETIEN

MICHAËL CHALKLIN

Vous êtes installés à Thorembais-les-Béguines depuis une vingtaine d'années. Comment s'est faite votre intégration ?

Par le chapiteau dans la cour de la ferme de la Petite Cense. Et puis, Marco Taillebuis et moi nous nous sommes mariés ici. Les Femmes rurales ont demandé si elles pouvaient faire quelque chose. Tout le village a été invité au banquet. C'était en 1982. La fête a créé une effervescence. Le village attendait qu'il se passe quelque chose.

Que devient la mentalité ?

Grâce à l'épicerie et à la petite école, les gens peuvent s'intégrer. Le village a gardé son esprit. Les gens sont attentifs les uns aux autres. Cela devient une valeur rare.

Une nouvelle majorité est en place à Perwez depuis 2000. Quelles sont les priorités à y accorder ?

Mon métier n'est pas de faire de la politique. Je ne connais pas les tenants et les aboutissants des enjeux. Mais je pense qu'il faut absolument préserver le cadre de vie et le bien-être. En fait, je me suis très fort attachée à ce petit coin du Brabant wallon.

Que pensez-vous des projets d'éoliennes ?

Je suis pour l'utilisation de l'énergie renouvelable. Une éolienne, je trouve cela très joli. Cela me fait penser aux petits « moulins » que l'on achetait à la plage quand j'étais petite. Tout dépend du lieu d'implantation. L'éolienne actuelle est bien située. Il faut être attentif à la préservation du paysage. L'être humain se ressource en voyant les belles choses autour de lui. Il en a besoin.

La nouvelle majorité a établi un document d'orientation qui opte pour la densification du centre de Perwez, la transformation de Thorembais-Saint-Trond en faubourg et la préservation des trois villages dont Thorembais-les-Béguines. Votre point de vue ?

Quand on passe à Perwez, on rigole souvent. On a l'impression qu'il ne s'y passe pas grand-chose. On parlait pourtant de Perwez-le-Marché. Pour qu'une ville vive, il faut qu'il s'y passe quelque chose. Pour moi, c'est la culture qui incite les gens à venir.

Le Foyer est privé de ses locaux de la Grand-Place pour non-respect des normes de sécurité. La majorité s'est prononcée en faveur d'un projet de réhabilitation du lieu et de son extension. Un bon choix ?

Je crois que c'est très bien. L'aménagement de la Grand-Place prévoit notamment un amphithéâtre. Pourquoi ne pas y faire des débats citoyens sur ce que les gens attendent ? Intégrer la réflexion des habitants du coin dans un esprit de partage ?

On parle beaucoup de proximité, d'être sur le terrain. Le forum est un très beau lieu pour ça. Les gens ont besoin de s'exprimer et qu'on les entende.

L'UCL a demandé et obtenu les permis d'abattre les quatre maisons squattées le long de la Nationale 4 au quartier de la Baraque à Louvain-la-Neuve. Votre avis ?

J'aime bien les gens de la Baraque. Ils sont farfelus comme nous. Il faut des lieux comme cela. Je trouve que des zones inoccupées sont presque une provocation pour des gens qui n'ont pas les moyens de faire autrement. Il faut étudier un projet pour leur donner un lieu réglementaire. Il ne faut rien précipiter, ne pas mettre les occupants dehors. A notre époque, on peut facilement faire les travaux de mise en conformité qui s'imposent. Et puis, les normes de sécurité ont parfois bon dos. On ne fait plus assez confiance à l'être humain.

L'actualité se fait aussi chez les Baladins ?

Nous répétons notre nouveau spectacle, Sganarelle ou le Cocu imaginaire de Molière.

Quel sera votre premier public ?

Celui de Thorembais-les-Béguines. On salue toujours sa fidélité. Les gens attendent parce qu'ils entendent les répétitions. Il y a justement beaucoup de musique dans le spectacle.

Que verra-t-on ?

L'endroit - la pièce - et l'envers - la vie de la troupe. C'est un défi. Il y a deux récits simultanés, le comédien et le personnage. La gageure, ce sera de faire accepter à notre public d'habitués de Thorembais les alexandrins du XVIIe siècle et la langue de Molière. Il faut que ce soit compréhensible pour tous. Je crois que l'on est bien parti. Il s'agit d'une pièce courte qui était un peu jouée en guise d'apéritif. A l'époque, ils avaient le temps.·

REPÈRES

Nom. Paxinou.

Prénom. Nele.

Fonctions. Directrice et metteur en scène des Baladins du Miroir, héritiers d'une tradition qui remonte à 1595 avec la première troupe ambulante.

Particularité. Chapeaute une équipe d'environ 25 personnes dont une quinzaine de permanents.

En préparation. Sganarelle ou le Cocu imaginaire, créée en 1660 par Molière, pièce la plus jouée du vivant de l'auteur. Avant-premières les 21, 22 et 23 juin à Thorembais-les-Béguines.

En savoir plus. Rue de la Porte, Champ Saint-Roch, 1360 Thorembais-les-Béguines (tél. : 010-88.83.29 ; fax : 010-88.03.21 ; e-mail : baladins@ipbelgium.com; site internet : www.lesbaladins.be).