Banco pour la BD franco-belge

COUVREUR,DANIEL

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Vendredi 25 janvier 2013

Bande dessinée Les Prix Diagonale-Le Soir : le nouveau must en Europe

entretien

La Belgique a vu naître Tintin, Spirou, Blake et Mortimer, Tif et Tondu, Lucky Luke, Gaston Lagaffe, Yoko Tsuno, les Tuniques bleues, les Idées noires, les Cités obscures, Sambre, Canardo, XIII, Largo Winch, Thorgal, Broussaille ou Kid Paddle… Ses auteurs et ses éditeurs ont bâti des empires de presse, à l’image du journal Tintin, lancé par Raymond Leblanc, ce formidable découvreur de talents. Pourtant, le pays de cocagne de la bande dessinée n’a jamais eu de prix à la hauteur de ses créateurs. Jean Dufaux, scénariste de séries cultes comme Murena, Giacomo C, Jessica Blandy, Djinn ou la Complainte des landes perdues s’est mis en tête de rebattre les cartes. Il a initié les Prix Diagonale, auxquels Le Soir et la Fondation Raymond Leblanc s’associent aujourd’hui pour donner une meilleure visibilité aux talents actuels et à venir de la bande dessinée. Jean Dufaux trace la ligne claire de ce grand défi.

Faut-il décerner des prix pour soutenir la bande dessinée ?

Des prix, il en existe beaucoup et on peut légitimement se poser la question de la nécessité d’en inventer de nouveaux mais l’idée de Diagonale est ailleurs. Je suis scénariste de bande dessinée depuis plus de trente ans. J’observais le recul incessant de la bande dessinée et des auteurs belges avec inquiétude. J’avais moi-même du mal à répondre, quand on me demandait quels sont les jeunes auteurs belges prometteurs de moins de trente ans en Belgique. Sur mes propres projets et séries, je constatais que la plupart des collaborations qui se nouaient ou que l’on me proposait étaient le fait de créateurs français, italiens, espagnols, japonais même, mais rarement belges. Autour de moi, les éditeurs confirmaient ce sentiment que dans le paysage de la bande dessinée francophone, le renouvellement venait surtout de l’étranger. J’ai fini par me dire qu’il était temps de faire quelque chose, de dépasser les querelles d’écoles, de villages, d’auteurs, pour remettre en valeur la bande dessinée belge. Il y a quatre ou cinq ans, j’ai eu l’idée de créer les Prix Diagonale. La ville de Louvain-la-Neuve, siège du Musée Hergé, avec ses rues pleines d’étudiants, m’est apparue comme le lieu idéal. Le bourgmestre, Jean-Luc Roland, et l’échevin de la Culture, David Da Camara, ont accueilli et soutenu l’idée. Des auteurs belges incontournables comme Jean Van Hamme ou Raoul Cauvin ont

accepté de rejoindre le jury. Les premiers prix ont été décernés en 2008. Le sérieux de notre démarche et l’indépendance totale du jury à l’égard de la politique comme des éditeurs a contribué à donner une image positive des Prix Diagonale, qui a séduit Le Soir, auquel nous avons décidé de nous associer en 2013 pour accroître notre rayonnement.

Cette collaboration s’est aussi élargie à la Fondation Raymond Leblanc, dans quel but ?

Nous avions envie, depuis le départ, d’ouvrir une fenêtre sur la jeune création. Cette idée tenait particulièrement à cœur à Jean Van Hamme. Dans l’esprit de fédérer un maximum d’énergie, nous nous sommes réjouis d’unir nos forces à la Fondation Raymond Leblanc, qui organisait depuis 2007 un prix destiné aux jeunes auteurs de bande dessinée. Le Soir nous apportera ainsi un retentissement plus important, tandis que la Fondation Leblanc nous rejoint avec son expertise dans la révélation des nouveaux talents. Tout cela mis ensemble devrait faire bouger les lignes et signifier que la BD n’est pas tout à fait morte en Belgique. L’enveloppe du Prix Raymond Leblanc a été portée à 20.000 euros et devient ainsi la récompense la plus importante au monde attribuée à un jeune créateur de bande dessinée. Mais l’association entre Diagonale, Le Soir et la Fondation Leblanc ne s’arrêtera pas là. Nous avons également l’ambition de monter chaque année une très grande exposition à Louvain-la-Neuve. La première sera probablement consacrée à Raoul Cauvin. Il n’y a jamais eu de rétrospective de l’œuvre de ce formidable scénariste belge qui a vendu plus de 50 millions d’albums. Nous voudrions aussi mettre sur pied des rencontres entre les auteurs, les lecteurs, les étudiants en bande dessinée, parce que c’est plus important pour

l’avenir que de proposer des chasses aux dédicaces.

Quelle sera la particularité des Prix Diagonale-Le Soir par rapport aux autres récompenses attribuées dans les festivals de bande dessinée comme celui d’Angoulême ?

La force et la différence des Prix-Diagonale-Le Soir se marqueront dans leur indépendance totale. Le jury continuera de choisir les lauréats en complète liberté, sans laisser les maisons d’édition s’immiscer dans les sélections ou les choix. Nous ne pouvons pas tout lire. Nous avons nos goûts et nos couleurs mais nous les défendrons publiquement en toute transparence. C’est fondamental. Quand nous récompenserons une œuvre, ce ne sera pas pour son label ou sa signature mais pour la qualité du dessin et du scénario. Peu nous importe aussi qu’il s’agisse d’un titre commercial ou non. Nous ne faisons pas d’a priori de genre ni de public. Nous aimons toutes les formes d’expression de la bande dessinée.

Pour aller plus loin : dossiers sur le festival d’Angoulême et les Prix Le Soir-Diagonale : www.actuabd.com et Casemate.

l’agenda

Le meilleur de la BD en quatre prix

Les Prix Diagonale-Le Soir se déclineront comme suit en 2013 :

le Grand Prix, décerné à un auteur pour l’ensemble de son œuvre (un chèque de 2.000 euros et un siège dans le jury des Prix Diagonale-Le Soir)

le Prix du meilleur album (un chèque de 2.000 euros)

le Prix de la meilleure série (un chèque de 2.000 euros)

le Prix Raymond Leblanc de la jeune création (une bourse à la création de 10.000 euros, à laquelle s’ajoute un contrat d’édition de 10.000 euros d’avances sur droits)

Les titres des albums nominés aux Prix du meilleur album et de la meilleure série seront communiqués au public à la Foire du Livre de Bruxelles, le jeudi 7 mars, en même temps que les modalités du vote des lecteurs du Soir. Ce vote populaire comptera pour une voix dans la délibération du jury. Les auteurs qui souhaitent rentrer un projet pour décrocher le Prix Raymond Leblanc de la jeune création trouveront le détail des modalités d’inscription sur le site de la Fondation Raymond Leblanc. Le Prix Raymond Leblanc sera attribué à un auteur prometteur. Il bénéficiera, outre la somme de 20.000 euros, d’un vrai contrat d’édition. Son œuvre sera prépubliée intégralement dans Le Soir, avant d’être éditée en album.

Le palmarès des Prix Diagonale-Le Soir sera dévoilé au Moof, le musée bruxellois de la figurine de bande dessinée, le vendredi 3 mai 2013. Les Prix seront remis aux lauréats le samedi 4 mai, à la ferme du Biéreau de Louvain-la-Neuve, au cours d’une cérémonie décapante à l’humour 100 % belge. Chaque année, la proclamation du Grand Prix s’accompagnera d’une édition spéciale du journal Le Soir entièrement illustrée en bande dessinée par l’auteur couronné pour l’ensemble de son œuvre.

Inscription et règlement du Prix Raymond Leblanc de la jeune création sur le site :

www.fondationrleblanc.be