VANTROYEN,JEAN-CLAUDE
Mardi 11 août 2009
D’abord Olivier Delcroix, du Figaro. « Si ce journal voulait travailler avec nous, il est inutile de nous envoyer encore Oli le menteur », écrit-il. Et puis, Albert Algoud, de Canal +, et Hugues Dayez, de la RTBF. « J’ai pris le temps de farfouiller dans la vie privée de ces messieurs dans l’espoir de trouver la racine de leur haine à mon égard. Bingo ! Tous les deux se voient confrontés à un drame familial qu’il ne m’appartient pas de révéler ici… » C’est le texte français. Il est atténué. Nick Rodwell écrit en anglais et c’est explicite sur le blog bilingue : « confronted by a child who is autistic. » Il poursuit : « Tentative d’interprétation, si on se passionne pour un sujet – Tintin en l’occurrence – et que l’on ne peut partager cela avec votre fils, on doit se retrouver immensément frustré… et on se cherche un bouc émissaire. »
Le lendemain, le 7 août, Rodwell en remet une couche. A l’encontre de Sophie Flouquet, du Journal des arts, dont l’article sur le Musée Hergé ne lui avait guère plu. Il l’attaque : « Peut-être aviez-vous un problème avec votre père ? Peut-être votre mariage n’est-il pas aussi réussi que vous l’espériez ? (…) Doit-on penser que, tout enfant, vous souffriez d’un problème d’identité sexuelle ? Cela pourrait expliquer votre étrange perception des autres. Une suggestion : et si vous envisagiez de retourner à l’école, question de revoir votre éducation ? »
Un mélange d’agressivité et de psychologie de bazar que l’avocat Alain Guilmot estime très « limite » . Et qui pourrait donner suite à des poursuites judiciaires, pour diffamation. « Ces propos sont indignes, dit un communiqué de la RTBF, ils ont profondément heurté l’ensemble des journalistes et collaborateurs de l’entreprise. Respectant la position de Hugues Dayez (voir ci-contre), la direction de la RTBF se réserve le doit d’envisager les suites à donner à ces écrits d’une époque que l’on croyait révolue. » Au Figaro, Olivier Delcroix se défend aussi : « Nick Rodwell met en cause mon intégrité journalistique et celle de mon journal. Je me réserve le droit de l’attaquer en diffamation. C’est mon honneur et celui de mon journal qui est en jeu. »
Mais pourquoi ce blog et pourquoi ces attaques personnelles ? « Ça fait partie de la nouvelle stratégie de communication de Nick Rodwell, explique le rédacteur en chef de tintin.com Alain De Kuyssche. Depuis plus de 20 ans, il est la cible d’attaques et il n’a jamais répondu. Il s’est maintenant dit : ça suffit. Sur le Musée Hergé, on a tout écrit, surtout qu’il avait été créé pour rapporter de l’argent, alors que c’est Fanny elle-même, la veuve d’Hergé, l’épouse de Rodwell, qui a donné 20 millions d’euros pour l’ériger. Et Rodwell a voulu utiliser dans son blog les mêmes méthodes qu’on a utilisées contre lui. » Mais tout a dérapé. Rodwell dans les attaques personnelles, les commentaires haineux en suite de son blog, les réactions d’indignation générales. La ligne téléphonique a chauffé entre Bruxelles et Lausanne, où se trouvaient hier Nick et Fanny Rodwell. Les sages l’ont emporté : les textes contestés et leurs commentaires ont été supprimés du site. Le Blog de Nick se poursuivra, mais de façon interne à Moulinsart, et sera relié en un livre en 2011. Il semble pourtant exclu que les textes puissent rester du même tonneau.
P.2 L’acteur : Nick Rodwell
journaliste à la RTBF.
« Je suis en vacances en famille et j’ai mieux à faire que m’abaisser à m’intéresser aux élucubrations de ce monsieur. »
journaliste au Figaro.
« J’étais à tu et à toi avec Nick Rodwell, jusqu’à ce que je réalise en 2005 le documentaire “De Tintin à Titeuf, les mythes de la bande dessinée”. Je l’invite au château de Cheverny, [qui a inspiré Moulinsart, NDLR] et je lui demande : pourquoi Tintin est un mythe ? Il n’a pas répondu, il a dit : “Tintin n’est pas un mythe”. Il refuse de collaborer quand il s’agit de juger l’œuvre, mais pour parler des développements du business Tintin, il est à l’aise. Quand j’ai rédigé le portrait de Rodwell dans mon livre Génération Hergé, je suis parti de ce refus pour parler des années Rodwell, je crois que c’est ce qui n’est pas passé. »
journaliste à Canal +. « Il est fou ! C’est de la diffamation. Il n’a pas dû apprécier l’un de mes articles. » L’auteur n’a jamais pu publier un ouvrage sur les Dupondt, faute d’« imprimatur du Saint-Siège » et qualifie Rodwell d’« ayant droit de fraîche date » doté de « l’incontestable légitimité que lui confère son état civil requinqué. »