Le vrai héros de Tintin au Congo

COUVREUR,DANIEL

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Lundi 27 juillet 2009

Bande dessinée Les Studios Hergé sur la piste d’Henri Dendoncker

En 1931, les écoliers avaient congé les jeudis après-midi. Plusieurs milliers d’entre eux s’étaient donné rendez-vous place Rogier, devant la gare du Nord, pour accueillir Tintin, de retour du Congo, escorté par une dizaine de Congolais engagés pour cette mise en scène. Des animaux sauvages empaillés complétaient le tableau. La foule fera une haie d’honneur au héros jusqu’à la rédaction du Vingtième Siècle, le journal dont il était, à l’époque, le petit reporter.

Le Tintin que la foule applaudit à tout rompre en présence de Hergé est en réalité un jeune scout de 14 ans : Henri Dendoncker. Il est le second Tintin à entrer dans l’histoire. Le 8 mai 1930, Lucien Pepermans avait déjà joué les héros au retour de Tintin du Pays des Soviets. Le 13 novembre 1932, René Boey se prendra pour Tintin revenu d’Amérique. Et en octobre 1935, Charles Stie sera le dernier à tenir le rôle, quand Tintin reviendra de Shanghai et du Lotus bleu. De ces quatre Tintin d’un jour, Henri Dendoncker est celui qui s’est approché au plus près de son modèle. Aux Studios Hergé, Alain De Kuyssche a reconstitué son extraordinaire aventure. Il nous la conte avec passion.

« Surpris le 10 mai 1940 par l’invasion de la Belgique par les Allemands, Henri Dendoncker s’embarque pour l’Angleterre. Actif, courageux, démocrate dans l’âme, il interviendra dans les missions de sauvetage de victimes des bombardements de Londres par la Luftwaffe. Son audace lui vaut d’être remarqué par l’Intelligence Service, les services secrets de renseignements britanniques. Très vite, les moniteurs de l’I.S. constatent qu’Henri n’a pas froid aux yeux. Il sera désigné pour des missions ultra-secrètes sur le continent européen. Lesquelles ? C’est là que ça se corse… »

On sait que sa formation d’agent secret durera deux ans. Ensuite, Henri Dendoncker est renvoyé en Belgique pour y accomplir des missions et peut-être des actes de sabotage. Le site des National Archives mentionne Henri Dendoncker parmi les dossiers top secrets. Les données le concernant sont « classifiées » pour 70 ans, à dater de la Libération. Alain De Kuyssche en sait un peu plus grâce à une lettre, envoyée en 1953 à Hergé par la sœur d’Henri Dendoncker : « Il est revenu en Belgique en 1943 et s’est caché dans sa famille, avant d’être dénoncé et arrêté par les Nazis en 1944. Interrogé, torturé, il n’a pas parlé et les Allemands l’ont envoyé à Buchenwald. »

D’un courage tintinesque, Henri survivra aux épreuves inhumaines du camp de concentration. Il retournera en Angleterre, où il s’est marié et a obtenu la nationalité britannique. « Il a changé son nom en Henri Dark, précise Alain De Kuyssche. La Reine d’Angleterre l’a décoré pour ses mérites et hauts faits d’armes. Mais comme Tintin, il s’est montré modeste et discret. Il a vécu à Croydon, la ville où les Français Maurice Druon et Joseph Kessel ont écrit les paroles du Chant des Partisans pendant la Seconde Guerre mondiale. »

Ensuite ? On perd sa trace. Sa photo figure aujourd’hui en bonne place au Musée Hergé et Alain De Kuyssche cherche des témoignages pour compléter la biographie de ce Tintin hors du commun.

Musée Hergé, 26 rue du Labrador, ouvert tous les jours (sauf lundi) de 10 à 18 h, 1348 Louvain-la-Neuve.

Infos : 010-488.421 et www.museeherge.com