BHV et ses dessous cachés

LAMQUIN,VERONIQUE

Jeudi 8 mai 2008

Vu de France ou de Navarre, il peut sembler surréaliste, ce dossier BHV qui empoisonne la vie politique belge depuis près d’un demi-siècle. Et quand les indicateurs socio-économiques sont moroses, que l’État sort à peine d’une longue crise, que le pays se cherche un projet, on est tenté de crier : finissons-en ! On rêve de dire à ces hommes et femmes politiques qui usent leur énergie sur trois lettres pseudo-capitales qu’ils seraient mieux inspirés de se concentrer sur le sel de la vie politique. D’arrêter de flatter leur électorat à bas prix, celui d’une musculation communautaire. Et de faire œuvre constructive, en sacrifiant à l’art du compromis, scindant l’arrondissement électoral moyennant des compensations pour les francophones.

Cela, c’est le bon sens. Qui devrait prévaloir au Seize, rue de la Loi plus que partout ailleurs. Alors finissons-en ? Oui… À cette nuance près que le bon sens ne triomphe qu’en climat de confiance. Et périt dans un univers pavé d’intentions cachées.

C’est dire qu’il n’a aucune chance de s’imposer en ce mois de mai 2008. Où la méfiance, nourrie par l’incompréhension, n’a jamais été aussi grande entre Nord et Sud. Comment croire, aujourd’hui, que la scission de BHV est l’étape ultime ? Comment ne pas voir qu’à peine cet arrondissement-là scindé, ce sera son équivalent judiciaire que les Flamands voudront couper en deux ? Comment ne pas voir que, quand on aura cédé cela aussi, on permettra aux Flamands de transformer la frontière linguistique en frontière d’État ? Ne subsisteraient alors, comme seuls ponts entre Flamands et francophones, outre un État fédéral moribond, que des liens ténus entre la Communauté française et les francophones de la périphérie. Ces liens que la Flandre s’échine à effilocher chaque jour davantage.

Voilà pourquoi BHV n’est pas un dossier simplement surréaliste. Voilà pourquoi il est, par-delà sa symbolique, capital pour l’avenir du Royaume. Si le Nord essaie de nous dire, en réclamant si fort la scission, qu’il ne veut plus de la Belgique, il doit le dire clairement. Et alors, c’est une séparation qu’il faut négocier. Si tel n’est pas son dessein, il ferait bien de le prouver. L’occasion lui en est donnée ce jeudi.