BICENTENAIRE A RIXENSART MONSEIGNEUR ANTOINE DE MERODE, LE PRINCE CHARMANT...

MEUWISSEN,ERIC

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Jeudi 4 avril 1991

BICENTENAIRE À RIXENSART

Le dernier week-end d'avril, Rixensart vivra à l'heure de Félix de Merode. Jeux scéniques, cortèges, animations... La fête sera complète.

Imaginez un train spécial tendu de noir, s'acheminant lentement et sans s'arrêter de la gare du Quartier Léopold jusqu'à celle de Rixensart. Un train surmonté d'une croix et rempli de religieuses agenouillées... Imaginez cela et vous aurez une petite idée du convoi funèbre qui ramena à Rixensart la dépouille de Félix de Merode. Soit un membre appartenant à l'une des familles les plus illustres et les plus opulentes du pays et dont Rixensart s'apprête à fêter en grandes pompes le bicentenaire de la naissance («Le Soir» du 26 février 1990).

L'arrivée en gare de Rixensart fut grandiose. Digne de celui qui faillit être le premier roi des Belges. Le clergé entonna le chant des morts et le cortège traversa le village dont les chemins étaient, comme le veut la tradition, jonchés de paille. Et tout cela au milieu d'une foule considérable s'agenouillant au passage du convoi funèbre qui amenait le comte de Merode à l'Eglise Sainte-Croix où se trouve la crypte familiale.

UNE F ETE BELGICAINE

Rixensart vivra donc à l'heure de ce «saint homme», durant le dernier week-end d'avril. Une fête éminemment belgicaine, pavoisée aux couleurs nationales et intitulée tout simplement «Belges en fête». Qu'on ne s'y trompe pas: Il s'agit, dit l'échevin de la Culture, Jean-Pierre Delbrassinne, d'un événement national, populaire et gratuit. Le bugdet des diverses manifestations s'élève à 850.000 F.

Le week-end sera précédé par toute une série de conférences dans les écoles de la commune. Histoire de rappeler aux jeunes qu'il y a deux cents ans naissait un enfant soumis et dévoué de l'Église, chrétien austère, observateur rigide de tous les préceptes du catholicisme, pour reprendre l'expression de son biographe de l'époque (1). Et néanmoins franc-maçon, ajouterions-nous...

Le week-end commémoratif débutera le vendredi 26 avril par toute une série de manifestations (2). Le samedi sera consacré à une kyrielle d'expositions artistiques réparties aux quatre coins de la commune.

GRATUITÉ COMPLÈTE

Le clou des manifestations sera un grand jeu scénique qui se déroulera dans la cour du château le samedi soir. Un jeu auquel prendront part quelque 170 jeunes des écoles de l'entité. Plus de 300 personnes y ont collaboré. Une tente de 20 mètres sur 30 sera montée dans la cour du château. Six à sept cents personnes devraient pouvoir assister à la reconstitution. Mais attention. En ce qui concerne le «jeu scénique», il se jouera quasiment à bureaux fermés. La majorité des places étant réservées (parents, homes, handicapés...). Il ne restera dès lors que 200 places pour le grand public. Cela est d'autant plus regrettable que la mise en scène a été conçue pour un seul soir.

Le dimanche matin s'ébranlera un grand cortège-anniversaire, composé d'enfants des écoles, d'anciens combattants, de fanfares. Il sera reçu par la princesse Henri de Merode. Tout se terminera par un concert Mozart.

Reste qu'on peut se demander si Rixensart n'a pas quelque peu «récupéré» le grand seigneur que fut Félix de Merode. Car outre le fait qu'il y fut officiellement domicilié (pour sa carrière politique) et enterré, il n'y a quasiment jamais vécu. Certes, il était propriétaire du château, mais toute sa vie, il fut étranger à la commune. Avant 1830, il partageait une partie de son temps entre la maison de son père à Bruxelles, le château d'Everberg près de Louvain et l'habitation du marquis de Grammont en Franche-Comté.

Il résida si peu à Rixensart que son arrière-arrière-petite-fille, l'actuelle châtelaine, la princesse Henri, ne possède ni archives ni même un portrait de son illustre aïeul. C'est tout dire.

Mais trêve de commentaires. Aujourd'hui les acteurs répètent, les décors se construisent. Que la fête commence. Une aubaine: tout sera gratuit.

ERIC MEUWISSEN

(1) J.J. Thonissen: «Vie du comte Félix de Merode». Louvain, 1861, P. 316.

(2) Vendredi 26 avril: Maison communale: bureau provisoire d'oblitération postale par timbre à date; exposition du patrimoine artistique (de 10 à 18 heures); Centre culturel de Rixensart: vernissage de l'exposition de dessins d'enfants (19 heures); remise des prix du concours de dessins d'enfants et des vitrines des commerçants, conférence historique de Jo Gérard (19 heures). Samedi 27: Maison communale: exposition philatélique et du patrimoine artistique (de 10 à 18 heures); salle Martin Luther King, Maison rosiéroise, Centre culturel de Froidmont et «Leur Abri»: exposition des peintres de l'entité (10 à 18 heures); Eglise Sainte-Croix: grand messe en grégorien (18 heures); château de Rixensart: évocation historique et tapis de fleurs; grand jeu historique (20 heures). Dimanche 28: Maison communale: à 9 h 30, départ du grand cortège; château de Rixensart: accueil des autorités par la princesse; séance académique (10 h 30); Monument Félix de Merode: hommage (11 h 30); château de Rixensart: concert Mozart par le Brussels String Quartet (12 heures). Expositions diverses: mêmes lieux et mêmes heures que samedi. Renseignements: 02-653.53.10.

Monseigneur Antoine de Merode, le prince charmant...

Entre le comte Félix et l'actuel «châtelain», le prince Antoine, il n'y a plus grand-chose de commun. L'un occupa les plus hautes charges politiques, l'autre est «régisseur» d'un domaine qui s'est effiloché au fil des années. L'un détenait une immense fortune, l'autre se débat dans des difficultés pour entretenir son castel.

Monseigneur Antoine de Merode - qui n'a pas droit comme ses congénères princiers de la famille Croy au titre d'altesse sérénissime - est âgé de 37 ans. Célibataire, il est la gentillese et l'affabilité même.

Ancien du collège Cardinal Mercier et du collège Saint-Pierre à Uccle, il est revenu s'installer au château en 1984 après avoir fait des études à Paris. Il y habite un «deux pièces-cuisine» dans une des tours. Une tour qu'il partage avec sa mère la princesse Henri, son frère Geoffroy et sa soeur Isabelle. Sa soeur revenue s'installer au logis pour ne pas avoir voulu suivre son mari, ambassadeur de France à Koweït-City.

Trois des quatre enfants de la princesse Henri (usufruitière) sont propriétaires en indivision du domaine (230 hectares dont 180 de bois). La quatrième, la princesse Françoise, suite à un différend sur l'opportunité d'y installer un golf, a préféré du cash.

Les Merode louent à la société «Golf du Domaine des Princes» une partie du château. Et cela en attendant de leur louer une centaine d'hectares sis sur Wavre. Un moyen que les Merode ont trouvé pour financer l'entretien du château et du parc. Un entretien qui coûte deux millions par an et auquel contribuent peu les 7.000 visiteurs qui déambulent chaque année dans la demeure princière. Et tout cela en attendant de trouver les 60 millions nécessaires à sa restauration. Reste que la société s'est engagée à entretenir gratuitement les quatre hectares de jardins qui l'entourent. Et puis, elle pourrait venir bien à point quand il s'agira de sortir de l'indivision en rachetant la partie des bois sise sur Wavre. Et peut-être même pourquoi pas la partie sur Rixensart.

On dénombre cinquante à soixante princes de Merode. Un titre difficile à porter? Pas vraiment facile, explique le prince Antoine. Nous sommes tenus d'avoir un certain niveau. Je ne peux jamais «faire l'imbécile». Difficile aussi peut-être avec un tel titre de se marier? Vous savez, le frère de mon grand-père n'a pas fait un grand mariage. Aussi ne s'est-il pas marié civilement mais uniquement religieusement. Histoire d'éviter que ses enfants portent le titre et le nom. Mais être prince offre-t-il des avantages? Non aucun. Si ce n'est d'ordre mondain. Cela me permet de faire partie de l'Ommegang...

On le voit: en quatre générations, les choses ont bien changé. Félix, quant à lui, est bien loin de tous ces soucis. Il repose paisiblement dans sa chapelle castrale en attendant son bicentenaire.

E. Mn.