BILAN DES FIPI WALLONS POUR L'INTEGRATION DES IMMIGRES INSTANTANES DE LA COHABITATION

VANDEMEULEBROUCKE,MARTINE

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Jeudi 25 septembre 1997

Bilan des «Fipi» wallons pour l'intégration des immigrés

Instantanés de la cohabitation

Il y a dix ans, les émeutes de Bruxelles apportaient un éclairage brutal sur les difficultés vécues par les jeunes d'origine immigrée, et sur les tensions existant entre les communautés.

Sous la pression des événements, le gouvernement créait alors le Fipi, le Fonds d'impulsion à la politique de l'immigration, dont le but était de financer des projets visant l'intégration de ces jeunes. Les trois quarts des moyens financiers, provenant des bénéfices de la Loterie nationale, sont réservés à des projets émanant des cinq grandes villes du pays (Liège, Bruxelles, Anvers, Charleroi et Gand).

A côté des projets soutenus par le gouvernement fédéral, des dizaines d'autres sont nés, se sont développés - et ont parfois disparu -, et ce dans les trois régions du pays.

Quel bilan en tirer ? Le ministre de l'Action sociale, du Logement et de la Santé en Région wallonne, Willy Taminiaux, a fait rédiger une brochure (1), qui se présente comme un «portrait critique des projets Fipi en Wallonie».

Son auteur, Jean Lemaître, a arpenté les quartiers réputés «difficiles», il a rencontré les promoteurs de projets axés prioritairement sur l'insertion sociale, la lutte contre le décrochage scolaire, l'aménagement d'espaces sportifs ou culturels répondant aux besoins des jeunes d'origine étrangère de 12 à 25 ans.

Le plus intéressant sans doute est de constater le travail de remise en question que mènent certaines associations et institutions quant à leur manière d'intervenir ou de fonctionner. Un exemple : celui des Forem de Liège et de Charleroi, qui - en s'intéressant aux discriminations à l'embauche auxquelles sont confrontés jeunes Turcs et Maghrébins - constatent le besoin de négocier ces difficultés avec les chefs d'entreprises.

Ce bilan des actions menées en Région wallonne dans le cadre des «Fipi» est une première.

Le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme, qui assure la gestion administrative du Fipi, estime qu'après six ans, il est temps de mener un débat de fond sur cette nouvelle «institution». Avec ce premier constat : le Fipi est devenu incontournable. Alors qu'il avait à l'origine une vocation d'impulsion d'initiatives, il est devenu progressivement une structure de financement pour beaucoup d'associations et d'institutions.

- Le Fipi a créé beaucoup d'emplois, estime Jean Cornil, directeur adjoint du Centre. Un élément que le Conseil des ministres du gouvernement fédéral devra également prendre en considération losqu'il s'agira, après 1998, de se pencher sur l'avenir du Fipi.

Pour Jean Cornil, le Fipi a démontré la nécessité d'une politique spécifique à l'égard des populations d'origine immigrée, qui ne se noie pas dans une politique générale dirigée contre l'exclusion sociale.

Mais tous les engagements de départ n'ont pu être tenus : peu de partenaires associatifs ou publics ont réussi à mettre en oeuvre de véritables projets d'insertion professionnelle, alors qu'il s'agissait d'une priorité pour le Fipi. Il y a là un réel échec, estime Jean Cornil.

En outre, beaucoup de projets «Fipi» luttent également contre l'exclusion sans s'intégrer dans une politique d'ensemble. Celle-ci devrait bien sûr être définie par les pouvoirs politiques.

Le ministre Taminiaux a rappelé les initiatives que compte prendre le gouvernement wallon au cours de cette Année internationle contre le racisme : la création de parcelles musulmanes dans les cimetières communaux, l'engagement de personnes d'origine étrangère dans les administrations publiques et l'extension aux bénéficiaires de l'aide sociale (donc aux étrangers non européens) des dispositifs de mise à l'emploi.

Il existe également un consensus sur l'élargissement des droits de vote et d'éligibilité aux élections communales et provinciales aux étrangers établis en Belgique.

MARTINE VANDEMEULEBROUCKE

(1) La brochure s'intitule «Renouer les fils un à un». Renseignements auprès du Centre pour l'égalité des chances, 155, rue de la Loi à 1040 Bruxelles; ou auprès du ministère de la Région wallonne, 100, avenue du Gouverneur François Bovesse à 5100 Jambes.