Biologie On comprend mieux pourquoi les cancers du sein se propagent dans le reste de l'organisme Les cellules souches, d'anges deviennent démons !

PONCIN,JACQUES

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Mardi 25 février 2003

Biologie

On comprend mieux pourquoi les cancers du sein se propagent dans le reste de l'organisme

Les cellules souches, d'anges deviennent démons !

JACQUES PONCIN

Jusque-là, on les voyait surtout comme un (lointain) espoir de traitements très ciblés pour maladies graves. Mais les cellules souches ont aussi une autre face : selon une découverte récente, on en trouve dans les tumeurs (en l'occurrence du sein) et c'est sans doute à elles que l'on doit la capacité des cancers à proliférer ailleurs dans l'organisme, à « se généraliser » comme on dit.

L'équipe de Michael Clarke et Muhamad Al-Hajj (Université du Michigan) publie ce jour dans l'édition électronique des Annales de l'Académie américaine des sciences (PNAS) la découverte, effectuée pour la première fois sur une tumeur solide (on le savait déjà pour une forme de leucémie), qu'il existe parmi la grande variété de cellules qui composent une tumeur, un type particulier qui ressemble à s'y méprendre aux cellules souches dont on connaît la remarquable propriété de pouvoir se transformer en n'importe quel type de cellule et sur lesquelles beaucoup de chercheurs travaillent dans l'espoir de reconstruire avec elles des organes défaillants.

Les chercheurs américains ont trouvé les deux particularités de leurs enveloppes (la présence d'un récepteur dit CD44 et la quasi-absence du récepteur CD24) qui permettent de les repérer et donc de les trier. Ce qu'ils ont fait à partir des tumeurs et/ou métastases prélevées sur 9 patientes. Ces échantillons purifiés ont montré une capacité très particulière à proliférer en éprouvette mais surtout il a suffi d'une centaine de cellules (c'est-à-dire très, très peu) pour induire une tumeur expérimentale chez des souris.

Ceci suggère aux chercheurs que ces cellules tumorales sont bien plus importantes que les autres et que c'est sur elles que les efforts thérapeutiques devraient porter, plutôt que de vouloir tuer indifféremment toutes les cellules et de considérer comme un succès la diminution de la masse tumorale. Dans un premier temps, les chercheurs vont surtout essayer de voir si d'autres cancers présentent la même particularité et tenteront d'en faire un test diagnostique visant à prédire précocement le risque d'extension de la maladie.·