Bologne - Réaction à la réforme Les hautes écoles en « parents pauvres »

LAMENSCH,MICHELLE

Page 3

Samedi 25 octobre 2003

Bologne - Réaction à la réforme

Les hautes écoles en « parents pauvres »

MICHELLE LAMENSCH

Les hautes écoles ont pris connaissance mercredi du projet de décret « Bologne » qui vise à intégrer notre enseignement supérieur dans un espace européen élargi à 40 pays. Vendredi, elles faisaient parvenir à la ministre PS de l'Enseignement supérieur, Françoise Dupuis, l'avis unanime de leur conseil général (CGHE) à ce sujet. Les hautes écoles hurlent au scandale et exigent que le refinancement prévu s'applique à leurs institutions tout autant qu'aux universités.

Elles veulent qu'un décret précise les modalités de partenariat avec les académies pour que nous ne soyons pas livrés au bon pouvoir des princes que sont les recteurs d'université, souligne Michel Tordoir, le président du CGHE.

La ministre Dupuis l'a souvent répété : son projet de décret concerne principalement les universités. Cela énerve les hautes écoles qui rappellent que l'harmonisation européenne des études, initiée à Bologne, concernera tout l'enseignement supérieur, dès la rentrée 2004. Et d'avancer des chiffres. La population étudiante des hautes écoles, dit M. Tordoir, représente 53 %, contre 47 % pour la population universitaire ! Et une étude éditée par l'ULB affirme que, jusqu'en 2010, la croissance des effectifs dans le supérieur hors université sera plus importante qu'à l'université. Le président insiste : Depuis la création des hautes écoles (1996), le nombre de nos étudiants a crû de 10 % alors que la population universitaire stagnait.

Michel Tordoir confronte ces données aux budgets respectifs des établissements. Dans le budget initial 2003 de la Communauté française, les universités représentent 46 % des masses budgétaires et les hautes écoles 30,2 %. Le solde revenant à l'architecture, à la promotion sociale, à l'enseignement supérieur artistique et à l'enseignement à distance. Et l'affectation programmée jusqu'en 2010, s'insurge M. Tordoir, ne prévoit rien pour le refinancement des hautes écoles.

La ministre Dupuis rétorque qu'elles ont été refinancées en début de législature. Malgré les apports intervenus depuis 2000, réplique à son tour M. Tordoir, il en résulte une diminution significative du financement par étudiant. Nous accueillons des étudiants moins aisés que les universitaires et les aides à la réussite ne concerneront que les universités...

Le CGHE dit craindre par ailleurs pour la sauvegarde du caractère universitaire, et donc la visibilité européenne, de l'enseignement de type long organisé en haute école.

Le projet de décret, dit encore Michel Tordoir, met en place tous les grades universitaires, mais rien n'est prévu pour nos études de type long. Nous devons aussi organiser un 1er cycle de 3 ans, faire du « 3+1 » ou du « 3+2 » et non plus du « 2+2 ». Or, aujourd'hui, parce le projet de décret a été rédigé par des universitaires, aucun tableau ne définit les intitulés de nos titres et grades qui seront d'application à la rentrée.

Enfin, les hautes écoles réclament une amélioration du système des passerelles avec l'université. La valorisation des savoirs et des compétences, acquis par l'expérience professionnelle ou personnelle, doit être appliquée, disent-elles, dans tous les établissements d'enseignement supérieur.·