Bonvoisin fustige la Sûreté

HAQUIN,RENE

Page 8

Samedi 10 septembre 1988

Bonvoisin fustige la Sûreté

et met la presse en garde...

Le baron de Bonvoisin, qui depuis cinq ans fustige les responsables de la Sûreté de l'Etat et les accuse d'orchestrer une campagne de presse pour le démolir, a demandé d'urgence la semaine dernière au tribunal de Bruxelles d'interdire la publication d'un article de l'hebdomadaire Le Vif-L'Express qui, selon M. de Bonvoisin, était mensonger et diffamatoire. Le tribunal l'a débouté tout en mettant les journalistes en garde contre la publication de faits non vérifiés. L'article est paru. Le baron en a demandé la saisie et a été à nouveau débouté, le juge des référés s'interdisant de préjuger au fond (1). Vendredi, M. de Bonvoisin et ses avocats se sont expliqués face à la presse.

En substance, M. de Bonvoisin demande à la presse de ne rien publier ou alors de tout dire à son sujet, mais de cesser «de répéter des mensonges à l'usure pour qu'ils se maquillent en vérité». Il le fait d'une manière parfois provocante, jouant les censeurs ou lançant des accusations sans toutes les étayer. Il dément catégoriquement avoir été un financier de l'extrême droite, réputation qui lui colle à la peau depuis la publication d'une note de la Sû-reté qu'il qualifie de «torchon plein de mensonges». Pour démontrer qu'il est l'objet de diffamations (on l'a notamment accusé d'organiser des réunions de l'extrême droite européenne dans son château de Maizeret et la note l'accuse d'avoir voulu y héberger un terroriste néo-nazi allemand), M. de Bonvoisin produit deux lettres, l'une de l'administrateur général de la Sûreté M. Raes, l'autre du procureur du Roi de Bruxelles, qui toutes deux infirment les attaques contre de Bonvoisin.

Le baron de Bonvoisin voit à l'origine de la campagne orchestrée par la Sûreté contre lui le fait qu'en 1980, sur la base d'informations qu'il avait (mais refuse de donner) sur «le rôle déstabilisateur» de l'administrateur général de la Sûreté M. Raes, un projet d'interpellation parlementaire se préparait au Cepic (alors une aile du P.S.C.) et visait à réclamer un contrôle sur la Sûreté. Il accuse la Sûreté d'avoir payé «une taupe» au comité directeur du Cepic puis d'avoir payé des journalistes (sans les citer).

Enquête en cours

Son avocat Me José Saels rappelle la plainte de M. de Bonvoisin contre la Sûreté, la requête du parquet l'an dernier pour obtenir que l'affaire doit prescrite, l'arrêt de décembre 1987 de la cour d'appel ordonnant une instruction complémentaire. Il convient d'attendre la fin de cette instruction judiciaire menée par le juge Collin, dit Me Saels, mais entretemps M. de Bonvoisin n'a pas bénéficié de la même présomption d'innocence que MM. Raes et Smets.

Me Michel Graindorge, également conseil de M. de Bonvoisin, s'étonne que de manière récurrente certains journaux reparlent de leur client d'une manière qu'il juge calomnieuse et diffamatoire. Me Graindorge s'interroge sur le rôle joué par des agents de la Sûreté, tant en ce qui le concerne personnellement, quand on a voulu le présenter en 1979 comme un terroriste, qu'en ce qui concerne d'autres événements: la Sûreté était derrière certains articles publiés par l'hebdomadaire Pour contre l'extrême droite comme elle était derrière des attaques du Nouvel Europe Magazine contre la gauche, elle était derrière l'incendie de Pour en 1981, le double assassinat de la rue de la Pastorale à Anderlecht en 1982, la mort étrange en 1984 du chef du W.N.P. Paul Latinus et derrière l'affaire des ballets roses du Brabant wallon (autrement appelée affaire Pinon). Le baron de Bonvoisin est aussi de cet avis.

M. de Bonvoisin, qui a été condamné dans l'affaire LMCI jugée à Nivelles, dit encore n'avoir pas pu se défendre correctement en raison de la disparition des documents comptables qui selon lui auraient renversé le cours de ce procès. Ces documents ont, dit-il, été retrouvés tout récemment au tribunal de commerce de Nivelles. M. de Bonvoisin met en cause MM. Bourlée et Renaud (condamnés eux dans le cadre du scandale du tribunal de commerce de Nivelles) et dit son intention de demander la révision de son procès lorsque l'instruction de sa plainte contre la Sûreté sera terminée. Il réclame haut et fort la suspension de l'administrateur de la Sûreté M. Raes et la révocation du commissaire Smets, contre lesquels sa plainte est dirigée.

R. Hq.

(1) Voir Le Soir des 1, 3 et 6 septembre.