BONVOISION: PROGRESSION CONTRARIEE

HAQUIN,RENE

Page 6

Jeudi 4 janvier 1990

La progression contrariée

des dossiers de Bonvoisin:

vers un épilogue ou pas?...

Le nom de Benoît de Bonvoisin est depuis des années au centre de deux dossiers qui s'imbriquent, inculpé pour délits financiers dans le premier, partie civile contre deux membres de la Sûreté de l'Etat dans le second. Il y a un mois, la chambre du conseil l'a renvoyé en correctionnelle pour le premier dossier, mais l'avocat de M. de Bonvoisin a interjeté appel: les droits de la défense ont été violés, dit-il, les poursuites sont nulles, les deux dossiers sont connexes et révèlent l'existence d'une coalition de fonctionnaires. Le problème doit être évoqué ce jeudi devant la chambre des mises en accusation.

Début décembre, la chambre du conseil a rendu une ordonnance de renvoi en correctionnelle de Benoît de Bonvoisin dans le cadre du premier dossier (des délits financiers liés à la société PDG) instruit depuis 1981 successivement par les juges Lambeau puis Collin. L'actuel avocat de Benoît de Bonvoisin, Me Graindorge, compte plaider qu'il convenait d'attendre la clôture de l'instruction de la plainte de son client contre la Sûreté (instruite depuis 1983 par Mme Lyna mais remise à l'instruction depuis fin 1987 chez le juge Collin) pour se prononcer. L'avocat estime en effet que ce second dossier, auquel la défense a pu avoir accès bien alors qu'il était toujours à l'instruction, révèle par nombre d'indices une «coalition de fonctionnaires» et éclaire le premier. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle la défense fut autorisée à le consulter.

Des «hasards»...

Pour la défense, la publication dans le journal De Morgen, en mai 1981, d'une note interne émanant de la Sûreté impliquant notamment Benoît de Bonvoisin dans le financement de mouvements d'extrême droite et l'associant à des terroristes néo-nazis ne coïncida pas par pur hasard avec la descente initiale du juge Lambeau dans les locaux de la société PDG et du Cepic, au 39, rue Belliard.

Ce ne fut pas par hasard que se multiplièrent parallèlement les attaques de presse contre de Bonvoisin. En mars 1983, ce dernier déposa plainte contre MM. Raes et Smets, de la Sûreté. En 1987, alors que la chambre du conseil venait de constater que cette cause était prescrite, que le parquet avait requis un non-lieu par absence de charge, la partie civile (à l'époque Me Saels, pour de Bonvoisin) fit appel. La chambre des mises en accusation, qualifiant la première instruction de lacunaire, désigna en décembre 1987 le juge Collin pour reprendre le dossier et effectuer une vingtaine de devoirs complémentaires dont fut principalement chargé le comité supérieur de contrôle.

La chambre des mises en accusation entendra donc le réquisitoire de renvoi et les arguments inverses de la défense avant de se prononcer.

Notons par ailleurs que la cour d'appel de Bruxelles a confirmé fin décembre l'ordonnance de non-lieu visant la plainte en diffamation et calomnie déposée par deux journalistes du Vif-L'Express contre Benoît de Bonvoisin, selon lequel la Sûreté payait des journalistes. La cour a considéré que les plaignants n'étaient pas visés par les propos de M. de Bonvoisin et les a condamnés chacun à dix mille francs de dommages et intérêts.

R. Hq.