Boson, avec « b » comme belge

BOURTON,WILLIAM

Samedi 7 juillet 2012

En 64, les Pr Brout, Englert et Higgs découvrent le boson. Mais seul l’Écossais est passé à la postérité…

Mercredi 4 juillet. Dépêche Associated Press : « Une nouvelle particule a été découverte au Centre européen de recherche nucléaire (Cern) en Suisse, compatible avec les caractéristiques du boson de Higgs. » Précision de l’Agence France Presse dans la foulée : « Le physicien britannique Peter Higgs, qui avait suggéré il y a près de cinquante ans l’existence d’une nouvelle particule dont des physiciens viennent peut-être de retrouver la trace, devrait se voir décerner le prix Nobel, a estimé mercredi l’astrophysicien Stephen Hawking. »

Qu’à 83 ans, le Pr Higgs soit digne de rejoindre Pierre et Marie Curie, Guglielmo Marconi, Albert Einstein ou Max Born au panthéon de la physique ne choquerait absolument personne parmi la communauté scientifique. En revanche, que la vulgate le tienne pour seul responsable de la découverte théorique du « boson » est une injustice patente envers deux compatriotes !

Le boson, ce « maillon manquant » parmi les constituants les plus fondamentaux de la nature, a été prédit presque simultanément, il y a 48 ans, par deux physiciens belges de l’Université libre de Bruxelles, Robert Brout et François Englert… et par Peter Higgs, de l’Université d’Edimbourg. Stricto sensu, Englert et Brout ont même publié leur géniale trouvaille un mois avant Higgs. Pourquoi parle-t-on dès lors du « boson de Higgs » ?

C’est le physicien américain Steven Weinberg, prix Nobel 1979, qui est en grande partie responsable de la funeste approximation. L’homme vient d’ailleurs de battre sa coulpe sur le site de la New York Review of books. « Dans mon papier de 1967 sur l’unification des forces faible et électromagnétique, j’ai cité le travail de 1964 de Peter Higgs et de deux autres groupes de théoriciens, explique-t-il. Quant à ma responsabilité dans le nom de “ boson de Higgs ”, elle est due à une erreur dans ma lecture des dates de ces trois premiers papiers : j’ai cru que le plus ancien était celui de Higgs, de sorte qu’en 1967 j’ai cité Higgs en premier lieu, et j’ai continué à le faire depuis. Apparemment, d’autres physiciens m’ont suivi. (…) Pour atténuer mon erreur, il faut remarquer que Higgs et Brout et Englert ont travaillé indépendamment et à peu près en même temps… »

« Brout, Engler et Higgs ont obtenu, à trois, des récompenses internationales aussi prestigieuses que le prix de la Société européenne de Physique ou le prix de Physique de la Fondation Wolf, nous précise Catherine Vander Velde, physicienne à l’ULB et collaboratrice au projet du Cern qui vient de révéler la nouvelle particule. Cela montre qu’en principe, les membres de la communauté scientifique connaissent la vérité. Mais il n’empêche : quand ils parlent du boson, ils disent “ le boson de Higgs ”. Malheureusement ! »

Un Nobel effacerait bien des frustrations… Si cet honneur devait échoir à François Englert (Robert Brout est décédé en 2011), rejaillirait-il sur l’ULB ? « Il est tout à fait clair que si Englert reçoit le prix Nobel, cela profitera à l’ensemble de la communauté universitaire, répond Pierre Marage, physicien lui aussi et vice-recteur de l’ULB. Vu la manière dont les “ rankings ” sont calculés, cela ferait gagner beaucoup de places à l’ULB. Mais aussi, ça mettrait en lumière cette université, ce qui ne peut qu’être utile dans l’attribution de contrats européens, d’autres prix, etc. Quand on a affaire à un chercheur de l’ULB, on sait qu’il vient d’une bonne université… »