BOULE DE NEIGE: LA PREVENTION DE BOUCHE A OREILLE

MESKENS,JOELLE

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Vendredi 26 mars 1993

Boule de neige: la prévention de bouche à oreille

Un mercredi, en fin d'après-midi. Une trentaine de personnes sont assises en cercle, dans une école de Forest. Devant elles, un tableau noir. Mais, dans cette drôle de classe, il n'y a ni profs, ni élèves, ni cours ex cathedra.

Ce qui lie le groupe, c'est la prévention du sida. Filles et garçons, jeunes et moins jeunes, tous sont concernés. Qu'ils soient séropositifs, drogués, ex-drogués ou simples parents ou amis de malades. Ils ont lu une petite affichette: «Association Boule de neige recherche jobistes, travail rémunéré.» Ils ont répondu. Comme Ben, 29 ans, qui participe à sa troisième «session».

Voilà sept ans que j'ai appris que j'étais séropositif. J'ai sans doute été contaminé avant 1985. A l'époque, j'ignorais complètement les moyens de transmission du virus...

Si Ben est là, c'est pour éviter que l'ignorance fasse d'autres victimes.

Bien sûr, aujourd'hui, l'information passe, explique-t-il. Mais combien d'idées fausses entend-on encore parmi les toxicomanes. Certains croient que le jus de citron désinfecte les seringues...

Si l'on ne parle plus depuis longtemps de «populations à risques» (aucun milieu n'est à l'abri), les toxicomanes continuent pourtant de payer plus que d'autres leur tribut à l'épidémie. Parmi les hommes belges, 5 % environ des malades et des séropositifs ont été contaminés par une seringue infectée. Parmi les femmes, le taux monte jusqu'à 15 %. Et ces chiffres, précise l'Institut d'Hygiène et d'Épidémiologie, sont sans doute largement sous-évalués.

L'opération «Boule de neige» s'est créée en 1989. Dépendant de la division «HIV» du Comité de concertation sur l'alcool et les autres drogues (CCAD) de la Communauté française, elle dispose aujourd'hui d'antennes à Bruxelles, Liège et Charleroi, Tournai et Namur. L'idée? Véhiculer les messages de prévention par le bouche à oreille.

Bien sûr, des campagnes générales de prévention existent, explique Dominique Theys, l'un des animateurs responsables du projet. Mais les messages ont du mal à passer au sein d'une population souvent marginale où l'on retrouve des anciens prisonniers ou des clandestins. Dans une société de répression de la toxicomanie, les drogués hésitent à s'informer, à entrer dans les circuits médicaux. Le conseil d'un ami est dès lors primordial.

Quatre ans après sa mise en place, «Boule de neige» fait un tabac. Plusieurs dizaines de «jobistes» ont été recrutés pour la dernière session de formation.

Ce ne sont pas les 5.000 francs que l'on nous donne qui nous motivent, explique Ben. C'est le sentiment de faire quelque chose pour la vie.

Chaque année, deux sessions de cinq séances sont organisées. Lors de la première, on évalue les connaissances. Il y a parfois des réponses sidérantes, explique Dominique Theys. Certains croient qu'un test anonyme, c'est un test pratiqué à l'insu de la personne! Les autres séances prévoient jeux de rôles, questions-réponses avec un médecin spécialiste et présentation d'un kit de prévention.

Il y a notamment des brochures, des affiches, une bouteille d'eau de Javel, explique Dominique Theys. Il y a aussi un questionnaire, anonyme, qui permet au «jobiste» d'évaluer les connaissances et les prises de risques des toxicomanes.

Car les membres du groupe partent ensuite sur le terrain. Pendant une semaine, ils approchent tout ce qu'ils connaissent de toxicomanes en espérant que leur message fera écho. Le plus dur pour Ben est ailleurs. C'est de se retrouver seul après une session, en attendant six mois pour la suivante.

JOËLLE MESKENS

«Opération boule de neige», CCAD: tél. 02/332.02.92.