Brink’s refuse de négocier

BERNS,DOMINIQUE

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Vendredi 12 novembre 2010

Social La tentative de médiation de Joëlle Milquet n’a pas abouti

La tentative de médiation de la ministre de l’Emploi, Joëlle Milquet, dans le conflit qui oppose la direction et les syndicats de Brink’s Belgique n’a pas permis de débloquer la situation. Pire, l’actionnaire américain de la société de transports de fonds menacerait de mettre purement et simplement sa filiale belge en faillite, alors que les convoyeurs poursuivent leur grève entamée le 27 octobre.

« J’ai eu, mercredi soir, une deuxième rencontre avec la direction, nous expliquait hier Joëlle Milquet. J’ai expliqué que les syndicats étaient désireux de négocier et avaient fait des propositions responsables, mais qu’ils souhaitaient que le mandat de négociation soit élargi. J’en ai discuté longuement avec la direction. Mais celle-ci n’avait visiblement qu’un seul mandat : fermer le site de Strépy et obtenir le passage des travailleurs de Brink’s du statut d’employé à celui d’ouvrier – et aucune marge de manœuvre ».

Outre la fermeture du dépôt de Strépy, le seul dépôt wallon qui emploie 60 personnes, la direction de Brink’s exige en effet le passage des travailleurs du statut actuel d’employé au statut, moins favorable, d’ouvrier. Et elle n’entend pas faire le moindre compromis sur ce point. Visiblement, l’actionnaire américain n’a pas grand-chose à faire des concessions en matière de flexibilité et d’autres avantages que le front commun syndical était pourtant prêt à mettre sur la table, comme nous l’expliquait ce jeudi encore Marc Geerink, de la CSC. Ce qu’il veut, c’est le changement de statut, point à la ligne.

Cela inquiète particulièrement les syndicats. Car la principale différence entre les statuts « ouvrier » et « employé » tient à la durée et aux indemnités de licenciement. « Dans notre secteur, un ouvrier qui a 20 ans d’ancienneté bénéficiera d’un préavis de 16 semaines ; pour un employé dans une situation similaire, le préavis est généralement de 18 mois », explique Marc Geerink. « Pour nous, confirme Anita Van Hoof, du Setca, il n’est pas question d’accepter le changement de statut. Nous restons sur nos positions ».

Pour la direction, qui refuse de parler à la presse, et pour les actionnaires américains, Brink’s Belgique est en perte depuis sept ans et le changement de statut est indispensable pour être concurrentiel vis-à-vis du concurrent Group4, qui tient 70 % du marché en Belgique et dont les travailleurs ont le statut d’ouvrier. Les syndicats ne contestent pas les difficultés de l’entreprise, bien qu’ils en attribuent la plus grande part aux erreurs de management. Mais ils sont prêts à faire des concessions. La semaine passée, lors d’une réunion organisée par le conciliateur social, le syndicat chrétien avait d’ailleurs laissé entendre qu’il était prêt à parler du statut, à condition que les conditions de licenciement restent inchangées. Refus catégorique de la direction.

De sorte que les syndicats soupçonnent le groupe américain de vouloir se débarrasser de Brink’s Belgique, afin de reprendre les mêmes activités soit au départ de la Hollande, soit au départ d’une autre filiale belge. Ce n’est pas une hypothèse gratuite.

Au début du mois, Brink’s Belgique a en effet vendu ses activités de transport de diamants et d’or entre Anvers et Zaventem (Brink’s Diamond & Jewelry Service) à une autre société du groupe. Et celui-ci a déjà demandé au ministère de l’Intérieur une demande de licence pour le transport de fonds justement pour Brink’s Diamond & Jewelry Service. Voilà de quoi nourrir les craintes exprimées par les syndicats. En attendant, la ministre de l’Intérieur a décidé de ne pas traiter cette demande de licence tant que durerait le conflit social.

Et côté syndical, on envisage une contre-mesure : « Si Brink’s Belgique devait déposer le bilan, nous n’hésiterions pas à faire poursuivre l’entreprise pour faillite frauduleuse », menaçait hier soir Guy Beckers, du syndicat libéral. Car Brink’s Diamond & Jewelry Service est une activité hautement rentable.

« Nous sommes prêts à négocier, nous attendons un signal positif », expliquait Anita Van Hoof. Mais jusqu’à maintenant, la direction de Brink’s est ses actionnaires américains ont clairement fait comprendre que les mots « négociation » et « concertation sociale » ne faisaient pas partie de leur vocabulaire.