Brutélé étudie la piste Numericable

JENNOTTE,ALAIN

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Mercredi 9 février 2011

Télécoms Le groupe de travail planchera sur l’idée d’une joint-venture à trois

Le mariage improbable entre Brutélé et Tecteo pourrait-il céder la place à un ménage à trois, dans lequel s’immiscerait Numericable ? L’idée circule avec insistance et a été évoquée vendredi par un groupe de travail sur l’avenir de Brutélé.

On sait depuis quelques jours que le groupe français Numericable pourrait se défaire de ses actifs en Belgique, où il est présent dans une partie de Bruxelles, et au Luxembourg. Parmi les acheteurs pressentis, on cite les noms de Tecteo et de Telenet, qui regardent attentivement le dossier.

La banque d’affaires Rothschild, chargée du dossier, a également approché Brutélé, qui commercialise la marque Voo avec Tecteo. Selon certaines sources, Numericable espère tirer 320 millions d’euros de la vente de son activité belgo-luxembourgeoise, soit environ quatre fois ce qu’il a déboursé pour l’acquérir il y a sept ans.

Reste à savoir si Numericable est réellement vendeur, surtout s’il ne peut obtenir le prix fort pour son réseau. Il se murmure en coulisses que c’est à une restructuration plus globale de son capital que s’est attelé Numericable. Et que l’éventuelle sortie de l’un de ses fonds d’investissement anglo-saxons pourrait remettre en question le principe même d’une vente.

Brutélé soupèse ses options

Une situation qui prend un relief particulier à la lumière des remous qui agitent le câblo voisin, Brutélé, présent à Bruxelles et à Charleroi. Promis depuis cinq ans à une fusion par absorption avec Tecteo, Brutélé a remis ce scénario en cause et étudie des pistes alternatives.

L’une d’elles consisterait à vendre purement et simplement le câble. Et ce serait l’option privilégiée de certains bourgmestres bruxellois actionnaires de Brutélé, qui craignent de ne plus percevoir de dividendes et estiment leur taille insuffisante pour justifier les investissements colossaux que réclament aujourd’hui les technologies de triple play.

Une autre piste est évoquée, qui ne serait ni la vente pure et simple au plus offrant ni une absorption inconditionnelle par Tecteo. « Nous devrons reprendre le dialogue avec Tecteo mais pour envisager d’autres formes de collaboration que la fusion, explique l’échevin ucclois Marc Cools (MR), qui fait partie du groupe de travail créé par Brutélé. Cela pourrait prendre la forme d’une joint-venture ou d’autres formes de partenariat et l’on pourrait ouvrir ce scénario à Numericable. Cela créerait un opérateur avec une taille critique tout en supprimant l’isolement actuel de Numericable. Tout le monde pourrait y trouver son compte. »

Mais le calendrier est serré. Selon nos informations, les candidats intéressés au rachat de Numericable doivent rentrer une offre non liante pour le 24 février prochain. À moins que le télédistributeur ne tombe dans l’escarcelle d’un nouveau fonds d’investissement, qui parviendrait à convaincre à la fois Tecteo et Brutélé de s’attabler pour créer un projet commun et pérenniser la marque Voo.

« Il faut clarifier nos relations avec Tecteo »

ENTRETIEN

L’épineux dossier de l’avenir de Brutélé est au menu d’un groupe de travail dont la première réunion a eu lieu vendredi dernier. Au même moment, le groupe français Numericable caresse l’idée de se vendre en Belgique, preuve, si besoin était, que la consolidation du câble européen est loin d’avoir livré toutes ses surprises. Le président de l’aile wallonne de Brutélé, Philippe Bouchez, Premier échevin à Seneffe (PS) s’explique.

Depuis plus de cinq ans, le sort de Brutélé est en souffrance suite aux dissensions au sein de l’intercommunale. Quelle est la situation financière de l’entreprise ?

Les résultats financiers de 2010 sont extraordinaires. Notre endettement est minuscule et l’on a versé un dividende aux communes. Mais il faut trouver une issue à la crise et ce n’est pas simple. Ce dossier est une petite bombe, aux multiples implications financières et institutionnelles.

Les crêpages de chignon avec votre partenaire Tecteo sont récurrents. Des facturations croisées et contestées s’élèvent à des millions d’euros. Cela a encore envenimé des relations déjà tendues…

Ces factures croisées sont en passe de s’équilibrer. Mais c’est certain, il faut clarifier nos relations. L’interpénétration de nos deux sociétés dans la gestion au quotidien de la marque Voo est quasiment inextricable mais n’a jamais été codifiée. Cela n’a d’ailleurs rien d’anormal. Nous avions prévu de nous marier, nous n’avions donc pas besoin d’un contrat de cohabitation !

Ce mariage, vous y croyez encore ?

Ce n’est plus la piste privilégiée aujourd’hui. Depuis 2005, il y a eu d’importants mouvements capitalistiques chez Tecteo. Pour certains de nos actionnaires, fusionner serait se noyer. De plus, certains estiment qu’un mariage signerait la fin de nos dividendes. Mais pour avoir vu les propositions mises sur la table par Tecteo, je peux affirmer qu’il ne s’agit que d’un fantasme. Mais aujourd’hui, mettre la fusion sur la table serait un élément de rupture au sein de Brutélé.

Vous penchez plutôt pour la création d’un grand projet industriel pour le câble francophone qui intégrerait Tecteo, Brutélé mais aussi Numericable ?

Cela aurait du sens. Mais cela dépend d’une prise de position politique. Et il y a aussi un problème de timing. Nous avons besoin de temps pour explorer toutes les pistes.

Vous envisagez faire offre à Numéricable ?

À ce stade, une seule chose est évidente : une offre en solo de Brutélé serait inconsidérée.

La vente de l’activité est une option ?

Si certains actionnaires sont favorables à la vente, qu’ils le disent et ne se réfugient pas derrière d’autres arguments comme la crainte de voir disparaître les dividendes. Et il faudra alors prendre ses responsabilités. S’ils se vendent à Telenet, il faudra assumer que l’on a donné à un opérateur flamand le contrôle du câble bruxellois. Il faut aussi savoir qu’en Wallonie, les recettes exceptionnelles d’une commune vont automatiquement au remboursement de l’emprunt consolidé pour les communes en difficulté. Si la tutelle au gouvernement bruxellois prend la même décision, les six communes bruxelloises de Brutélé ne verront pas un sombre kopeck de la vente de leur réseau.