Bruxelles - Une quinzaine pour faire le tour du monde de la bande dessinée Comics trip dans le ciel de Corée Voyage à « Ferraille Land » PRATIQUE

COUVREUR,DANIEL

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Samedi 26 mars 2005

Bruxelles - Une quinzaine pour faire le tour du monde de la bande dessinée

Comics trip dans le ciel de Corée

* Les Coréens sont les plus grands consommateurs de BD au monde. Ils débarquent à Bruxelles. Avec Monsieur Ferraille, le héros alternatif, et les pirates belges des « petits Mickey ».

DANIEL COUVREUR

Manhwa. C'est le petit nom de la bande dessinée coréenne. Depuis deux ans, des centaines de manhwas sont traduits en français et leur succès explose, à l'image de celui des mangas japonais. Près de 10.000 nouvelles BD sont publiées chaque année en Corée du sud contre 3.000 sur le marché franco-belge. La population coréenne est pourtant inférieure à celle de la France. Huit universités coréennes enseignent la bande dessinée, dans un pays où l'on vend 45 millions d'albums par an !

Au contraire des mangas, les manhwas se lisent dans le même sens que les BD européennes, et leur dessin échappe aux stéréotypes japonais. La tradition coréenne de la BD est marquée par l'humour, l'absurde, l'énergie du trait et les récits historiques de cape et d'épée du royaume légendaire de Kogurgo, disparu en l'an 668 et aujourd'hui intégré à la Chine. Les premiers manhwas ont été édités dès 1909, vingt ans avant le voyage de Tintin au pays des Soviets, trente ans avant le premier numéro du journal « Spirou ». À travers tout le pays, des milliers de bibliothèques de manhwas ont été créées et expliquent comment la bande dessinée est devenue partie intégrante de la culture coréenne.

Aujourd'hui, les auteurs coréens sont à la pointe de l'usage de la technologie digitale. La majorité des manhwas sont dessinés directement à l'ordinateur, ce qui permet de vendre des strips de bande dessinée par GSM et via internet. Un quart des Coréens possèdent un ordinateur avec une connexion haut débit, ce qui permet de télécharger et de payer des pages BD directement sur son PC, en ajoutant du son et parfois de l'animation.

Dans l'expo bruxelloise « D'une ville à l'autre » (voir ci-dessous), à côté d'un petit nombre de planches originales, des ordinateurs ouvriront des fenêtres sur ces BD virtuelles qui n'existent plus que sur disque dur...

Mais les Coréens ne se contentent pas d'utiliser l'ordinateur pour réussir leurs dégradés de couleur. Ils sont en quête d'une nouvelle grammaire de la bande dessinée avec de formes avant-gardistes de composition de l'espace et des techniques narratives spécifiques à la lecture sur écran.

Les sociétés de télécommunication locales sont associées étroitement au développement de ces formes d'expression. Des dizaines de studios de bande dessinée travaillent sur les projets de BD au format numérique, qui laissent présager d'une révolution digitale sur le marché de la BD. Face à ce raz de marée technologique, Bruxelles est décidée à défendre son titre de capitale européenne de la bande dessinée. Cette Quinzaine internationale de la bande dessinée a notamment pour objectif de redynamiser l'image de l'École de Bruxelles, en l'inscrivant dans un réseau international des villes de bande dessinée aux côtés de Charleroi, d'Angoulême ou de Séoul...·

Voyage à « Ferraille Land »

Véritable temple de bande dessinée alternative, le Musée Ferraille est tout entier voué au culte du héros créé par les Requins Marteaux, un collectif pirate de l'édition française. Rival de Mickey Mouse, Monsieur Ferraille a son journal, ses dessins animés, ses gadgets, ses produits dérivés et son parc à thème, dont le Musée présente une maquette drolatique : « Ferraille Land ».

Inauguré au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême, le Musée Ferraille fait une escale ironique à Bruxelles. Les jeunes têtes blondes pourront y découvrir la success story commerciale de Monsieur Ferraille, un robot sans scrupule, entamée dans les années trente.

Grâce à de nombreux documents inédits, de riches archives audiovisuelles et de multiples témoignages, le Musée Ferraille rend hommage au parcours exceptionnel de Monsieur Ferraille et de ses deux créateurs, Waltshluss et Gonzo, plus fans des frères Coen et de Woody Allen que de l'Oncle Disney.

Personnage laboratoire des nouvelles tendances de la bande dessinée, Monsieur Ferraille est un super héros de supermarché. Il permet à ses auteurs de rire sous cape de l'industrialisation du monde de la BD, de la détourner, de jouer avec ses poncifs...

Au passage, Monsieur Ferraille lance un regard pessimiste et plein d'humour potache sur la société. Après avoir plié de rire les Angoumoisins et les Genevois, il vient faire grincer les zygomatiques des Bruxellois.·

Da.Cv.

PRATIQUE

Impossible de résumer ici le programme complet des événements de la Quinzaine. Voici quelques incontournables.

Comic Trip. Expo des reproductions des dessins de dix grands auteurs européens envoyés en reportage par le magazine « Géo ». Munoz, Blain, Boucq, Moebius, Schuiten, Juillard, de Crécy, Mattotti, Loustal... aux Halles Saint-Géry du 1er au 15 avril, place Saint-Géry, 1000 Bruxelles.

Séoul, d'une ville à l'autre. Plus de 150 planches dont 50 originaux des géants du manhwa, sur la Grand-Place de Bruxelles, du 1er au 15 avril.

Le Musée Ferraille. Un Musée pastiche du merchandising des héros à la Walt Disney, avec de vrais gadgets, conçus autour du personnage de Monsieur Ferraille par les Requins Marteaux, moteurs de l'édition alternative française. Déjà vue au Festival d'Angoulême, cette exposition est à se taper le cul par terre ! Du 14 au 17 avril, au centre Garcia Lorca, 47-79, rue des Foulons, 1000 Bruxelles.

Littératures pirates. Un voyage aux limites extrêmes de la bande dessinée avec un zoom sur la scène graphique indépendante belge. Du 7 au 10 avril, à Recyclart, Gare de la Chapelle, 25 rue des Ursulines, 1000 Bruxelles.

Pass. Vendu 10 euros (étudiants 8 euros, gratuit moins de 12 ans), il donne accès à tout. Infos : 13-14 Grand-Place, 1000 Bruxelles