C'EST DANS LES POCHES

MAURY,PIERRE

Page 31

Mercredi 2 août 1995

C'EST DANS LES POCHES

JOSEPH CONRAD,

«L'Agent secret»

Ce roman est atypique dans l'oeuvre de Joseph Conrad, qui explique lui-même, par une préface heureusement traduite ici (alors qu'elle ne figurait pas dans la première édition française du livre).

Elle est très éclairante :

L'origine de «L'Agent secret» : sujet, traitement et tout autre motif qui peut inciter un auteur à prendre sa plume, se rattache, je crois, à une période d'abattement intellectuel et affectif.

La vérité, c'est que j'ai commencé ce livre mû par une impulsion, et que je l'ai écrit d'un seul jet. Lorsque, le moment venu, il fut livré au public, j'ai été blâmé pour l'avoir mis au monde.

En fait, il s'agit d'un roman policier en forme de roman-feuilleton, à moins que ce soit le contraire, et Conrad plonge avec lui dans un monde où la morale est souvent méprisée. C'est avec ce genre d'argument qu'on avait, à l'époque de sa première publication, critiqué «L'Agent secret».

Depuis, Borges et d'autres sont passés par là pour situer le livre à sa juste place : celle d'un ouvrage de valeur. (P. My.) - 10/18, no 2638, 352 pp., 313 F.

JOHN FOWLES,

«La Tour d'ébène»

John Fowles a habitué ses lecteurs à des romans amples, propices aux grands développements narratifs et aux constructions complexes («La Maîtresse du lieutenant français», «Le Mage», «La Créature», etc.). «La Tour d'ébène» est, en revanche, un recueil de quatre récits relativement brefs dans lesquels ses personnages se retrouvent face à eux-mêmes, par nécessité ou par choix.

En quelques pages, un climat psychologique se met en place, qui tire le récit dans la direction où l'auteur veut le mener. Et le lecteur se laisse séduire d'emblée par des textes où tout son talent se trouve en quelque sorte condensé, resserré sur des distances courtes. (P. My.) - Le Livre de Poche, no 3237, 319 pp., 272 F.

FÉLICIEN MARCEAU,

«La Terrasse de Lucrezia»

D'une gardienne d'immeuble romaine, Félicien Marceau fait une héroïne pleine de vie, nourrie d'un élan qui ne la laisse jamais inerte face aux événements. Cette femme est fascinante, et elle ne manque pas d'ailleurs de fasciner les autres personnages. Le jeu de la séduction qui s'installe, malgré les différences de classes sociales, fonctionne à la perfection.

En outre, le quotidien de l'immeuble nous restitue l'atmosphère romaine dans toute sa verve, avec une point d'ironie jamais absente de l'écriture de Félicien Marceau. Celui-ci, plus d'un demi-siècle après être entré en littérature, n'a jamais été à ce point en possession de tous ses moyens. (P. My.) - Folio, no 2723, 193 pp., 187 F.