C'est dans les poches

CAUWE,LUCIE; MAURY,PIERRE; GRODENT,MICHEL

Page 33

Mercredi 4 août 1999

SOPHIE CHÉRER,

«Mathilde

à la déchetterie»

L'écologie est entrée dans le quotidien des enfants. Surfant sans démagogie sur cette vague, Sophie Chérer situe l'intrigue dans une déchetterie. Sa Mathilde est une petite fille qui ressemble à plein d'autres. Ecolo dans l'âme, elle tient un dossier «sauvetage de la planète» et milite ardemment pour sa cause. Ce qui ne l'empêche pas de préférer un week-end entre copines au rangement de sa chambre. Mauvais choix: au retour, la pièce a subi un nettoyage maternel. Au conteneur, toutes les crasses, dont une valise où Mathilde a caché, le temps d'un emprunt, un très ancien et très coûteux collier familial... Dur à avouer! L'héroïne devra se débrouiller seule. Un suspense écologique sans temps mort, à l'écriture alerte, émaillé de réflexions pertinentes. Comme: Le grand nettoyage de printemps ne sert à rien d'autre qu'à permettre le grand salissage de tout le temps. Dès 8 ans. (L. C.) - Mouche de l'école des loisirs, 80 pp., 269 F (6,66 € ).

PASCAL BRUCKNER,

«Le voleur de beauté»

Et si la beauté était, de tous les crimes, le moins pardonnable? Cette question sous-tend le roman avec lequel Pascal Bruckner a obtenu le prix Renaudot 1997. Plusieurs histoires s'y imbriquent, s'y superposent, à tel point qu'il est presque impossible d'en restituer simplement la trame. Permettons-nous un souvenir personnel: Pascal Bruckner racontant, quelques semaines avant la parution, son livre avec une grande maladresse, s'attachant à des détails mineurs, noyant pathétiquement son beau roman dans ce qu'il n'est pas. Non, un auteur n'est pas toujours le mieux placé pour défendre son oeuvre...

Quoi qu'il en soit, «Le voleur de beauté» est une énigme complexe qui fonctionne, à un de ses niveaux, comme une enquête policière et psychologique, à un autre, comme un débat esthético-philosophique ramenant à la question initiale. Réponses et solutions, bien entendu, éviteront d'être simples. Mais on aura eu, le temps d'un roman, peur de la moins bonne part de l'humain... (P.My.) - Le Livre de Poche, no 14626, 256pp., 204F (5€ ).

RUTH RENDELL,

«L'arbousier»

La réédition sous forme bilingue de cette longue nouvelle - une «novella» - donne à François Rivière l'occasion de situer, avec sa préface, Ruth Rendell dans la famille littéraire de Patricia Highsmith et de P.D. James, et de fournir quelques autres informations précieuses sur l'auteur.

Puis on entre, à Majorque, dans la vision d'un été tel qu'il le fut pour une adolescente: magnifique, féerique, mais aussi cauchemardesque et tragique. Une maison réputée hantée et les amours de son frère avec une jeune Espagnole débouchent en effet sur une disparition de ceux-ci et plongent la famille dans le drame.

L'atmosphère est lourde à souhait. Will, un compagnon de jeux cynique, la ponctue d'une cruelle ironie. Et le dénouement est une surprise deux fois posée, avec une folle maîtrise. (P.My.) - Folio bilingue, no 83, 287pp., cat.H.

PIE TSHIBANDA W.B.

« Un fou noir

au pays des Blancs »

Issu de la République démocratique du Congo, Pie Tshibanda W.B. semble bien connaître le parcours du combattant auquel doit se livrer, en Belgique, un candidat réfugié. Son héros, Masikini, passe en tout cas par là et cela n'a évidemment rien de comique. Il se heurte à toutes les barrières bureaucratiques élevées pour décourager les personnes dans sa situation. On lui demande des documents auxquels son éloignement du Congo rend l'accès presque impossible. Il doit faire face aussi à des réactions franchement racistes qui le laissent souvent désemparé.

Tout n'est cependant pas sombre dans ce roman. Masikini trouve aussi du réconfort auprès de personnes à l'esprit plus ouvert et parvient même, en fin psychologue - l'auteur est psychologue -, à fournir sa contribution dans les relations entre les autres.

L'accent de vérité est saisissant. S'y ajoutent, comme une curiosité, des commentaires sur André Baillon et Madeleine Bourdouxhe. Si cela n'est pas de l'intégration, on n'y connaît rien... (P. My.) - Bernard Gilson, «Micro-roman» n o 13, 128 pp.

PLUTARQUE

« Grecs et Romains

en parallèle,

Questions romaines -

Questions grecques »

Plutarque ne fut pas seulement l'historien renommé des « Vies parallèles », ni le moraliste éclectique, prenant son bien chez les stoïciens autant que chez les pythagoriciens. Il y avait en lui de l'herboriste, collectionneur de faits étranges, de « curiosités ». A moins d'être un hyperspécialiste, on lit peu ses cent treize « Questions romaines » et ses cinquante-neuf « Questions grecques ». Trois professeurs de l'université de Toulouse II-Le Mirail se sont astreints à en donner une traduction moderne assortie d'un abondant commentaire. Dans leur introduction à cette oeuvre à tous égards étrange, ils montrent que Plutarque se rattache à deux traditions grecques : l'explication des coutumes et des légendes et la présentation philosophique des problèmes. Mais il appartient aussi à la lignée des médiateurs : il est à la fois biographe, moraliste et ethnologue (M.G.) - Le Livre de Poche, coll. Bibliothèque classique , 386 pp., 326 F. (8,08 € ); à signaler : Plutarque, « Les vies parallèles. Alcibiade-Coriolan, Les Belles Lettres, bilingue, n o 47, 218 pp., 299 F (7,41 € .).