C'est dans les poches

MAURY,PIERRE; LALLEMAND,ALAIN; CAUWE,LUCIE

Page 35

Mercredi 2 août 2000

WALLY LAMB,

« Le chant de Dolorès »

Dolorès Price vit avec sa mère, parce que son père est parti avec une autre femme. Elle vit aussi avec sa grand-mère qui loue un étage à un couple dont l'homme, Jack, est tout à fait charmant. Mais il viole Dolorès, qui réagit en devenant boulimique puis, logiquement, obèse. A partir de là, sa vie, si elle est un chant comme le dit le titre, est plutôt du genre désespéré. Car tout, et à l'excès, semble mal tourner, avec une régularité à faire peur.

Et à décourager le lecteur s'il n'y avait chez Wally Lamb, dont ceci était le premier roman, une véritable capacité à faire survenir les choses avec un naturel confondant. On se prend très vite à ne plus tenir compte de la grosseur des ficelles pour n'apercevoir que leur mouvement, souple et ample à la fois. Le mouvement d'un balancier qui, du malheur au malheur, oscille au rythme de la vie. (P.My.) - Pocket, n o 10 868, 326 F (8,08 € ).

BORIS SCHREIBER,

« Hors-les-murs »

L'autobiographie romanesque de Boris Schreiber, entamée avec « Le lait de la nuit », poursuivie par « Le tournesol déchiré », se clôt avec « Hors-les-murs ». L'écrivain s'y met en scène, avec une magnifique succession de poses dans la description desquelles il ne se donne pas toujours le beau rôle.

Pour l'essentiel, « Hors-les-murs » est constitué d'une alternance entre deux types de chapitres qui déroulent le temps à deux vitesses, entre un très long entretien d'une journaliste avec l'auteur et un retour sur une époque passée dans laquelle sa mère le plaçait sur un piédestal et son père, dans une existence confortable. Ici comme dans ses livres précédents, le parcours individuel, donc unique, vaut davantage par sa forme, son ironie sous-jacente, que par sa matière elle-même. (P.My.) - Folio, n o 3368, 256 pp., 197 F (4,88 € ).

CHANTAL PELLETIER,

« Le chant du bouc »

L'inspecteur Maurice Laice (more is less) est daltonien, ce qui lui évite toute vision trop abrupte de l'hémoglobine. Vrai: A force d'en voir de toutes les couleurs, tu finis par voir tout en noir. Alors, à l'heure où l'Etat passe son temps à chercher où est la visière de sa casquette, lui se concentre sur sa varice, ses quarante ans et trois mois, autant dire cinquante . Ce délavement de la conscience, l'air de rien, lui a torpillé le palpitant: pas d'amour, peu d'amitié, un coeur qui ne chavire plus qu'aux effluves de Sidi Brahim. Et voilà qu'un double meurtre solde ses résidus d'amis... Mais il ignore qu'un magnifique amour l'attend au terme du récit. Less is more , la boucle est bouclée.

Une fois encore, Chantal Pelletier confirme qu'en matière de polar, les auteurs féminins -et la Série Noire- tiennent le haut du pavé: elle jongle avec les pirouettes de la vie et de la petite mort, un silex à la main pour mieux graver les traits cinglants de son esprit. (A.L.) - Série Noire, no 2578, Gallimard, Paris, avril 2000, 205 p.

YVAN POMMAUX,

«Le grand sommeil»

Yvan Pommaux excelle à revisiter à sa façon les contes classiques. La trame des textes guide les enquêtes de son détective, un chat noir nommé John Chatterton. Client de cet épisode: la famille Rosépine. L'enquêteur va bien sûr se frotter à «la belle au bois dormant». L'esprit du conte ancien est respecté même si certains éléments de l'histoire sont agencés différemment. Textes et illustrations épurées offrent un véritable plaisir de lecture. Dès 5 ans. (L. C.) - Lutin poche de l'école des loisirs, 40 pp., 230 F (5,71€ ).