C'était notre première manifestation Mieux vaut-il se planter à long terme ? Rapport Bayenet La laïcité n'est pas l'apanage des laïques

n.c.

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Samedi 12 novembre 2005

On a tout entendu cette semaine à propos du droit de grève, sauf un argument que Marc Vanesse a évoqué dans un article : le droit de grève et le droit de manifester permettent aussi à des tas de gens de défiler ensemble, de se sentir portés par un élan de solidarité, de découvrir que l'angoisse qui nous étreint est celle de milliers de gens qui sont conscients comme vous des mêmes réalités. « Mike et Isa avaient envie de tout faire péter, maintenant ils ont envie de tout reconstruire ». Donner la parole aux gens dans la rue, leur accorder le droit de se croiser les bras pour dire « non », c'est aussi combattre le sentiment de solitude des exclus, sentiment qui se traduit souvent par une adhésion aux thèses d'extrême-droite. Permettre aux gens de faire front ensemble contre une décision gouvernementale qu'ils jugent (à tort ou à raison) injuste, c'est éviter de se réveiller avec la gueule de bois les lendemains d'élections. J'aimerais que les grands pourfendeurs des grèves et les grands moralisateurs songent aussi à cette réalité.

GRAZIELLA DELEUZE LESSINES

En 2002, un parti politique francophone vote contre le maintien du Grand Prix de formule 1 à Francorchamps aux conditions imposées, à savoir continuer à faire de la pub pour les cigarettiers (alors que les campagnes gouvernementales antitabac prennent corps) et faire allégeance au despote qui tient lieu de patron de la Formule 1. Voué aux gémonies par ses pairs et par les électeurs, ce parti a payé cash son ardeur et sa candeur politiques.

En 2005, on se rend compte à quel prix en argent (14 millions d'euros par Grand Prix non organisé) et en courbettes ceux qui se présentaient alors comme les sauveurs de l'image wallonne et de l'économie locale, ont négocié le maintien d'un événement dont on peut se demander s'il a tout simplement lieu d'être, vu les quantités faramineuses du produit de plus en plus précieux que ses bolides consomment.

L'adage qui caractériserait le mieux la politique serait-il : mieux vaut se planter à long terme que d'avoir raison trop tôt ?

PASCAL VAN CAUWENBERGE BRUXELLES

La lecture du dossier de Pierre Bouillon concernant l'étude des maths et la polémique engendrée par ses oppositions m'invitent à vous écrire et à vous faire part de mon étonnement, né de l'occultation d'une cause qui me semble majeure, pour ne pas dire essentielle.

En effet, dans un passé pas très lointain, une enquête analogue a mis en évidence un mauvais apprentissage de la langue française, lié, il faut bien le reconnaître, à une grande baisse d'intérêt pour l'étude du latin.

Le bannissement de cette pratique a provoqué la mise en quarantaine de l'analyse, indispensable à l'étude des mathématiques. Une solution erronée résulte bien souvent d'une mauvaise lecture ou interprétation de l'énoncé. Il est bien facile de brûler ce que l'on a adoré mais force est de reconnaître que l'enseignement de grand-papa peut engendrer parfois quelques réflexions et susciter quelques avancées afin d'humaniser le sinus et le cosinus.

JACQUES DE BLUTS OVERIJSE

Je souhaiterai réagir à la carte blanche de Jacques Lemaire, « La laïcité, une philosophie de la libération », publiée dans « Le Soir » du 9 novembre. Ni l'art, ni la morale, ni l'humanisme n'appartiennent aux uns ou aux autres (sans dieu(x) ou avec).

Le combat contre le fondamentalisme, l'intégrisme, le fascisme, l'extrémisme pour la liberté et l'épanouissement de tous et de chacun nous revient à tous. La « laïcité », la libre-pensée, la séparation nécessaire entre la loi des hommes et celle de Dieu n'est pas l'apanage d'un parti, d'un groupe d'hommes (ou de femmes).

Elles sont, nous pouvons en convenir, une « invitation à prendre un chemin escarpé et exigeant », qui que nous soyons, ou que nous naissions, quel que soit notre sexe, notre statut social ou même notre foi. Arrêtons donc ces combats traditionnels, voire traditionalistes, calotins versus laïcs !

Aujourd'hui, il nous suffit de regarder autour de nous, dans le monde lointain ou très proche pour comprendre qu'il est ailleurs. Oui, je crois en Dieu, mais je crois avant tout et surtout en l'homme et en sa liberté à défendre.

SOPHIE DUCROTOIS PAR COURRIEL