Canicule : gare aux micro- particules Canicule - Douzième journée consécutive de dépassement du seuil d'avertissement en matière d'ozone Après l'ozone, les microparticules Ozone : fin des pics en vue

PONCIN,JACQUES; GUTIERREZ,RICARDO

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Jeudi 14 août 2003

Canicule : gare aux micro- particules

RICARDO GUTIÉRREZ

JACQUES PONCIN

On respire enfin : après douze jours consécutifs de dépassement du seuil d'avertissement en matière d'ozone, les autorités scientifiques annoncent la fin de la pollution.

Il n'empêche : d'autres polluants, en particulier les PM10, ces microparticules mesurant moins de 10 microns, inquiètent aujourd'hui les experts. En effet, celles-ci seraient (co)responsables de l'excès de mortalité attribué à l'ozone.

Générées par la circulation routière (et principalement par les moteurs diesel), mais également par l'industrie, ces fines particules étaient très présentes dans l'air durant cette longue période de canicule. Mardi, on a atteint des seuils importants dans la zone de Gand-Terneuze et à Evergem (218 microgrammes par mètre cube d'air).

Selon le toxicologue Alfred Bernard (UCL), il est temps de prendre sérieusement en compte ces microparticules. D'après ses estimations, pour une moyenne journalière de 100 microgrammes par mètre cube d'air, on observe un excédent de mortalité de 8 personnes par million d'habitant.

Romain Pauwels, pneumologue à l'Université de Gand, estime quant à lui que ces petites particules sont nocives à plus long terme que l'ozone et peuvent être à l'origine de maladies pulmonaires, cardiaques ou vasculaires.

Un élément de plus à ajouter au débat sur cette crise environnementale peu ou mal gérée par les autorités politiques belges. ·

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Canicule - Douzième journée consécutive de dépassement du seuil d'avertissement en matière d'ozone

Après l'ozone, les microparticules

* Taux records de microparticules dans l'air. Elles seraient (co)responsables de l'excès de mortalité attribué à l'ozone. Le Pr Bernard (UCL) s'interroge.

JACQUES PONCIN

Et si l'ozone était l'arbre qui cache la forêt ? Et si la surmortalité que fait craindre la pollution générée par la canicule ne tenait pas ou pas seulement à ce polluant ? C'est en tout cas l'hypothèse que lance le toxicologue de l'Université catholique de Louvain (UCL), le professeur Alfred Bernard, qui incrimine bien davantage les poussières les plus fines, les PM10 (dont le diamètre est inférieur à 10 microns). Le moins que l'on puisse dire, c'est que cela ne simplifie pas le débat.

Petit rappel. La combinaison de fortes chaleurs et de bon ensoleillement provoque ce que l'on appelle le « smog photochimique ». C'est-à-dire une décomposition de la pollution générée, par exemple, par le trafic automobile. Une décomposition qui aboutit notamment à la formation d'ozone dans l'air que nous respirons.

Jusqu'ici, on estime cet ozone responsable d'un excès de mortalité. Celui-ci est scientifiquement établi par l'étude du Dr Francis Sartor (Institut scientifique de santé publique). Les effets de la canicule de l'été 1994 auraient ainsi provoqué une surmortalité de l'ordre de 1.200 décès, soit une moyenne de quelque de 30 décès par jour (« Le Soir » des 7 et 8 août derniers).

Francis Sartor a aussi montré qu'il y avait une bonne corrélation entre l'apparition de pics d'ozone et de mortalité anormalement élevée, corrélation qui ne se retrouvait avec aucun autre élément de la pollution.

Aucun élément de pollution mesuré à l'époque, nuance le Pr Bernard. En effet, ce n'est que récemment que l'on s'est intéressé à ces particules (rejetées notamment par les voitures, en particulier celles qui fonctionnent au diesel) au point d'en faire la mesure systématique... là où l'on risque d'en trouver beaucoup, soit dans les sites urbains et industriels.

Et, de fait, ces jours-ci, les chiffres sont particulièrement élevés à tous les points d'observation sur le territoire belge, du moins dans les sites industriels. Sur la journée de mardi, la zone la plus touchée était celle du canal Gand - Terneuzen, avec le maximum national mesuré à Evergem où l'on a atteint les 218 microgrammes par mètre cube d'air. Que signifie ce chiffre ?

Incontestablement, il s'agit d'un énorme dépassement de toutes les normes, mais il semble bien que celles-ci sont très fluctuantes. Pour l'Organisation mondiale de la santé (OMS), on n'a pas pu établir de seuil au-dessous duquel aucun effet néfaste pour la santé ne soit perceptible. En d'autres termes, il n'en faudrait pas du tout.

Mais il est clair aussi que l'on devra, au-delà de cet aspect quantitatif, s'intéresser à la composition de ces poussières. Voire aux poussières plus petites encore (PM 2,5) qui, toujours selon l'OMS, constituent un meilleur indicateur pour apprécier les effets sur la santé.

Bref, la situation n'est pas près de se simplifier. Pour le Pr Bernard, toutefois, il faut agir dès maintenant. Car, pour lui, c'est la conjonction d'ozone et de microparticules qui tue. Il avance une estimation : pour une moyenne journalière de 100 microgrammes par mètre cube d'air, on observe un excédent de mortalité de 8 personnes par million d'habitants. Si ce niveau était atteint en Belgique - mais on en est loin ! -, cela ferait 80 décès supplémentaires par jour.

Interrogé par nos confrères de l'agence Belga, le Pr Romain Pauwels, pneumologue de l'Université de Gand, explique que ces petites particules sont nocives à plus long terme que l'ozone et peuvent être à l'origine de maladies pulmonaires, cardiaques ou vasculaires.·

Ozone : fin des pics en vue

RICARDO GUTIÉRREZ

L'épisode de pollution à l'ozone devrait arriver à son terme, ce jeudi. Situation tout à fait exceptionnelle : du samedi 2 au mercredi 13 août, le pays a enregistré douze journées consécutives de dépassement du seuil d'avertissement à la population (plus de 180 microgrammes par mètre cube d'air ambiant).

Que retenir de la crise ? D'abord, le silence assourdissant des principales autorités publiques du pays. Pas un mot, dans les premiers jours de forte pollution, pour appeler la population au civisme « énergétique » et à la responsabilité. Pas la moindre mise en garde publique du ministre fédéral de la Santé, quant au risque sanitaire, alors même que des études réalisées par les instituts de recherche publics ont démontré que l'effet conjugué des fortes chaleurs et des hautes teneurs en ozone pouvaient causer une « surmortalité » de l'ordre de 30 décès par jour.

Autre enseignement : si la Belgique est dotée d'un excellent réseau de détection des polluants, encore faut-il que les pics de pollution soient signalés au public, en particulier aux personnes à risques. L'information, à cet égard, a très mal circulé.·