Carla Bruni se présente et dérape

MESKENS,JOELLE

Mercredi 13 février 2008

France La nouvelle première dame se dévoile dans les colonnes de « l’Express »

Une saillie contre le « Nouvel Obs » après l’affaire du SMS. Carla Bruni obligée de présenter des excuses.

PARIS

De notre envoyée permanente

L’interview avait été soigneusement préparée. C’est Carla Bruni qui avait sollicité le directeur de la rédaction de l’Express, son ami Christophe Barbier. Ils se sont vus plusieurs fois. Et pourtant… Dans ces six pages où Carla Bruni parle pour la toute première fois depuis l’annonce, en décembre, de sa liaison avec Nicolas Sarkozy, la nouvelle première dame n’a pas pu éviter sa première gaffe. Interrogée sur le fameux SMS que le président aurait envoyé à son ex-épouse Cécilia une semaine avant son mariage (« Si tu reviens, j’annule tout »), Carla Bruni se lâche à propos du Nouvel Observateur dont le site avait publié l’information. « Si ce genre de sites avait existé pendant la guerre, qu’en aurait-il été des dénonciations de Juifs ? », dit-elle.

« Hallucinant ! Pathétique ! », a réagi le patron de l’hebdomadaire, Michel Labro. Le dérapage a conduit dès jeudi Carla Bruni à s’excuser sur le site de l’Express. « Si j’ai pu blesser quelqu’un, j’en suis extrêmement désolée. J’ai juste voulu dire tout le mal que je pense de ces attaques ad hominem et le danger potentiel qu’elles représentent. »

Dans cette interview titrée « Je ferai de mon mieux », Carla Bruni indique qu’elle ne sait pas encore précisément quel rôle elle jouera à l’Elysée, mais qu’elle entend l’exercer « sérieusement ». La first lady dit comprendre que les Français s’inquiètent. « Surtout avec les portraits souvent fantasques et parfois terribles que l’on a faits de moi. Mais je veux les rassurer. J’ai 40 ans, je suis normale, sérieuse, consciente, simple même si je suis privilégiée. »

Elle décrit sa rencontre et son mariage avec le président. « Entre Nicolas et moi, ce ne fut pas rapide, ce fut immédiat. Donc, pour nous, ce fut en somme assez lent. » Et celle que l’on décrit volontiers comme une mangeuse d’hommes s’emploie à démentir la caricature. « Je suis de culture italienne et je n’aimerais pas divorcer… Je suis donc première dame jusqu’à la fin du mandat de mon mari et son épouse jusqu’à la mort. Je sais bien que la vie peut réserver des surprises, mais c’est là mon souhait. »

Avec le président, ils se partageront entre l’Elysée et l’hôtel particulier qu’elle possède dans le XVIe arrondissement de Paris. Elle ne fera pas de tournée après la sortie de son prochain disque dont les royalties seront entièrement reversées à une œuvre. Et elle n’enregistrera pas de nouvel album tant que le mandat de Nicolas Sarkozy ne sera pas achevé.

Au chapitre politique, Carla Bruni raconte « l’ouverture » au rayon privé. Celle qui avait soutenu Ségolène Royal à la dernière présidentielle continue de regretter les tests ADN pour les candidats au regroupement familial. Mais elle décrit le chef de l’Etat comme un homme qui lui permet de penser librement et de rester telle qu’elle est. Des regrets ? Celui, apparemment exacerbé, d’avoir livré son fils aux photographes lors de son voyage en Jordanie. « Cela a donné une image choquante, violente, obscène, qui m’a procuré de la honte en tant que mère. Ce n’est pas l’erreur de Nicolas. C’est la mienne. »

Carla Bruni précise qu’elle fera le mois prochain sa première sortie officielle aux côtés du président. Un voyage à Londres où elle rencontrera la reine d’Angleterre. « Grisant… », prédit-elle.

Quelques mots aussi sur le brutal décrochage de Nicolas Sarkozy dans l’opinion : « Les gens considèrent, à juste titre, que le travail d’un président doit s’effectuer vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Je vous confirme qu’il en est ainsi. »

Retour à la sérénité ? A la sortie du conseil des ministres, en s’adressant aux journalistes, le secrétaire d’Etat d’ouverture Eric Besson a eu un coup de sang hier : « Foutez-leur la paix ! »

Le « Nouvel Obs » dit

avoir commis une erreur

Jean Daniel, patron du « Nouvel Obs », signe ce jeudi un éditorial intitulé « Une erreur ? Oui ! » dans lequel il estime que le site du journal a eu tort de publier le SMS qui fait scandale : « C’est parce que (Sarkozy) faisait tout pour nous entraîner dans son univers qu’il ne fallait pas s’y laisser conduire », dit encore le directeur de l’hebdomadaire. (afp)