Carte blanche Jeunesse sans (cours de) morale et religion
n.c.
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Samedi 26 mai 2001
Carte blanche Jeunesse sans (cours de) morale et religion
O n veut chasser de notre société transcendance, tout ce qui est sacré. On veut chasser de notre esprit tout ce qui est question, et Dieu ne se voit plus, écrit Jacques Vergès dans «Avocat du diable, avocat de Dieu», page 50. L'avocat est pourtant laïque et agnostique.
Nos autorités arc-en-ciel semblent décidées non seulement à combattre certains privilèges du clergé comme «la place du Cardinal dans les assemblées officielles», non seulement à extirper les symboles de la présence chrétienne comme les crucifix dans les prétoires, non seulement à transformer à la sauce laïque les cérémonies patriotiques comme le Te Deum du 21 juillet, mais encore, pour aller plus profondément de l'anticléricalisme à l'antireligieux, à remettre en question les cours des différentes religions dans l'enseignement officiel au prix même de sacrifier le cours de morale.
Je voudrais, à partir de mon expérience de 32 ans d'enseignement de la religion dans le secondaire officiel et de quelques années d'inspection, montrer l'intérêt de ces cours, même si c'était faire une économie de les supprimer. Un cours de religion et de morale, pour justifier sa valeur, doit présenter trois qualités: l'information la plus complète possible, la formation de l'intelligence et de la volonté des élèves et enfin l'éveil de l'esprit critique.
Sans ces trois qualités, les religions risquent l'obscurantisme et le fanatisme et la morale laïque l'ignorance et le règne des préjugés. Dans un cours de religion catholique, il me paraît important de parler de l'Inquisition, de la situer dans son époque, de l'expliquer par des circonstances historiques et des doctrines ecclésiales malencontreuses et finalement de regretter profondément cette institution.
L'information précise (culture historique), l'esprit critique devant sa propre église et la sincérité des regrets sont indispensables pour construire des hommes et des femmes profondément croyants et lucidement tolérants. On devrait de même, dans un cours de morale laïque scientifique, reconnaître que depuis la Révolution française les grands génocides ont été perpétrés par des institutions antireligieuses. Ce serait un «révisionnisme» intellectuel de méconnaître le génocide des Vendéens par la Terreur, celui des Arméniens par la Turquie laïcisée, de même que les camps d'extermination soviétiques et nazis organisés par des régimes totalitaires et athées. Qualitativement, cela n'excuse pas l'antisémitisme de beaucoup de catholiques et d'orthodoxes et certaines «collaborations».
On pourrait bâtir le même style de cours en mettant en parallèle l'affaire Galilée et l'affaire Lyssenko.
Le fanatique, l'obscurantiste ou le laïque buté serait dûment critiqué ou moqué
Il s'agit évidemment ici d'un cours idéal qui serait donné par un professeur compétent et diplômé (Licence en Sciences religieuses par exemple), soucieux d'écouter les élèves et de donner cours en dialoguant et en étant lui-même convaincu et tolérant. Dans ce domaine, je crois que l'optimisme n'est pas une illusion: tout professeur, mais spécialement celui de religion et de morale, est critiqué par ses collègues, hommes et femmes de sciences humaines ou exactes. Le fanatique, l'obscurantiste ou le laïque buté serait dûment critiqué ou moqué.
A l'inverse, la suppression de ces cours fermerait aux élèves de larges pans de la culture européenne et mondiale, les rendrait incapables de visiter une cathédrale, de connaître la différence entre la Bible et le Coran, d'apprécier si les droits de l'homme sont américains, européens ou vraiment universels; les élèves deviendraient des machines à enregister les matières avec comme seul idéal de les appliquer dans la profession. Auraient-ils même envie d'avoir une profession et l'exerceraient-ils consciencieusement sans une assise mentale motivée... par une morale ou une religion? De plus, l'absence de ces cours introduirait entre les catéchisés dans les églises et les «décatéchisés» par les groupements laïques une coupure irrémédiable et dangereuse. Les jeunes de notre pays ne seraient plus à même de se connaître et de se comprendre au grand plaisir des partis politiques qui verraient leur recrutement fermement bétonné.
Tout autre est le projet, hélas trop peu précis, de créer un cours de philosophie en classe terminale. Cela s'ajouterait heureusement au programme d'information des élèves et contribuerait à unir les esprits.
Qu'on me permette de conclure sur un clin d'oeil: si l'on veut des économies, il serait plus sain de supprimer quelques ministres et secrétaires d'Etat avec leur cabinet pléthorique que de transformer les professeurs de religion et de morale en chômeurs!
Jacques
Jordant
Abbé. Professeur honoraire à l'athénée royal de Woluwe-Saint-Lambert
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