Cartoon plein

COUVREUR,DANIEL

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Jeudi 20 septembre 2007

Animation La grand-messe du Forum annuel

L’Europe rêve de nouvelles Zoé Késako et Fifi Brindacier pour rivaliser avec les Naruto, Scooby Doo et autres Bob l’Eponge.

girona

de notre envoyé spécial

L’animation déborde de talents et de créativité en Europe, mais la diversité des langues et l’éparpillement du marché audiovisuel sont des obstacles aussi insurmontables que M. Krabs (le vilain méchant patron de Bob l’Eponge) à la rentabilité des productions.

Pour ficeler une série télévisée de dessins animés, il faut risquer des millions d’euros sur des aventures dont le triomphe à la « Scooby Doo by Doooo… » n’est jamais garanti. Des sommes hors de portée des petits studios et des chaînes de télé belges, hollandaises, danoises, suédoises, polonaises, irlandaises ou slovènes…

D’où l’idée des Belges Marc Vandeweyer et Corinne Jenart de fonder, en 1988, l’association internationale Cartoon pour réunir chaque année réalisateurs, producteurs et chaînes de télévision dans un Forum européen. En 2007, ces rencontres se tiennent à Girona depuis mercredi et jusqu’à lundi. Plus de 800 professionnels de l’animation originaires d’une trentaine de pays seront présents dans le nord-est de l’Espagne.

Au total, soixante projets représentant quatre cents heures de dessins animés, story-boardés dans douze pays européens, seront en quête de 216 millions d’euros en Catalogne.

Parmi les récents succès de l’animation européenne révélés et financés grâce au Cartoon Forum, il faut citer Zoé Kézako, la gamine à la langue bien pendue jaillie des albums de Véronique Saüquère. Elle fait la nique, sur TF1, aux héros japonais de Naruto et Scooby Doo comme aux stars américaines des Tortues Ninja, de Franklin la Tortue ou Bob l’Eponge.

Les Belges défendront deux projets à Girona. Une fantaisie poétique en vingt-six épisodes de cinq minutes pour les tout-petits, des studios gantois Creative Conspiracy : Uki. Et un one-shot décapant pour la Noël, imaginé par la société De Familie Janssen (lire ci-dessous).

Schtroumpfer le modèle catalan en Wallonie

Si la Belgique a longtemps joué les pionniers de l’animation en Europe, grâce aux adaptations de ses héros de bande dessinée au petit écran, elle est aujourd’hui à la traîne. Au Cartoon Forum 2007, seuls la Pologne, les Pays-Bas, la Slovénie et la Slovaquie se montrent moins entreprenants, avec à peine un projet dans leurs cartons. Les leaders de l’image animée restent la France (quinze séries présentées), la Grande-Bretagne (douze) et l’Espagne (onze).

En Espagne, la Catalogne s’est imposée en cinq ans comme pôle émergeant du dessin animé, grâce au coup de pouce financier de la Région catalane et de la Televisió de Catalunya (TVC). Les studios Neptunofilms et Cromosoma de Barcelone figurent parmi les cinq nominés aux Cartoon Tributes du Forum 2007.

Et la Wallonie pourrait bien schtroumpfer le même destin prometteur. Les mécanismes de soutien du tax-shelter (ristournes d’impôts sur investissements dans l’audiovisuel) et du fonds Wallimage ont en effet provoqué un frémissement, le mois dernier, avec l’inauguration de Dreamwall, une joint-venture entre l’éditeur de bande dessinée Dupuis et la RTBF. Trois séries animées ont déjà été mises en chantier dans ce nouveau studio de production à Charleroi : Cédric, Bird’s Band et Merci Gudule. Le début de la Reconquista ?

Ça sent le sapin pour les rois des forêts

Des deux projets d’animation belges présentés au Cartoon Forum européen, celui des studios De Familie Janssen (dfj) décoiffe par la qualité graphique de son pilote, proche des meilleurs Disney, et par sa thématique environnementale. Merry Christmas, Mr. Tree dessine une fable écologique contemporaine sur les racines du monde et les maltraitances coupables de l’homme à l’égard de la nature.

Dans ce court-métrage de trente minutes imaginé pour les fêtes de fin d’année en collaboration avec la société de production française des Films du Nord, des maniaques de la tronçonneuse massacrent des sapins apeurés. Frits Standaert filme les sapins comme des êtres vivants. Déracinés, réduits à la caricature de l’arbre de Noël, ils perdent toute dignité. Mais l’un d’eux réussira à sensibiliser un jeune garçon au mauvais sort réservé aux rois des forêts…

Le studio anversois a notamment travaillé avec Picha, le créateur de Tarzoon, sur Blanche-Neige, la suite. Linda Van Tulden, éminence grise de dfj, a déjà décroché un Oscar du meilleur court-métrage, en 1986, avec A greek tragedy. Toute l’équipe espère trouver cette semaine en Espagne l’argent nécessaire pour boucler le financement de Merry Christmas, Mr. Tree.

Trailer visible sur www.dfj.be.