CEI: 15 REPUBLIQUES ENTRENT AU FMI

DELVAUX,BEATRICE

Page 7

Samedi 25 avril 1992

Les réunions de printemps du Fonds monétaire et de la Banque mondiale

Quinze républiques entrent au FMI

Quinze républiques de l'ex-URSS feront lundi leur entrée officielle dans le temple du capitalisme.

Lundi devrait être un jour hautement symbolique de l'évolution intervenue dans l'ex-URSS. En adhérant à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international (FMI), temple du capitalisme, les 15 républiques marqueront en effet leur passage officiel à l'économie de marché.

Cette adhésion et les modalités de l'aide internationale à l'ex-URSS seront le sujet numéro un des traditionnelles rencontres de printemps du FMI et de la Banque mondiale, qui se dérouleront lundi et mardi, précédées comme à l'accoutumée de la réunion du groupe des sept pays les plus industrialisés. Un G7 qui traitera également des perspectives encore incertaines de la reprise économique dans le monde. Le retour à la croissance, une condition présentée de plus en plus comme sine qua non pour l'octroi, supportable pour les pays donateurs, de largesses à l'Est.

Ces largesses flirtent avec des chiffres fous. Ainsi l'entrée des 15 républiques au FMI devrait donner le feu vert à un flux de 44 milliards de dollars pour permettre à ces pays de boucler la fin de l'année. Un paquet de 24 milliards de dollars est déjà prévu pour la seule Russie, le second de 20 milliards devant aller aux 14 autres républiques.

Des chiffres déjà impressionnants auxquels il faudra ajouter les aides en faveur des pays de l'Est, sans négliger les pays en voie de développement. Cela va obliger à trouver 100 milliards de dollars d'ici 1996, révélait hier le directeur général du FMI, Michel Camdessus, dans une interview au «Figaro»: Les besoins atteignent actuellement un niveau tel que cela n'ira pas de soi. Je ne dissimule pas que des décisions politiques fondamentales seront nécessaires pour ce faire.

Le FMI pourra tirer sur un capital qui va être porté à 180 milliards de dollars par l'augmentation en cours de 60 milliards de dollars et compte également sur la réactivation des accords généraux d'emprunts alimentés par les pays industrialisés, ajoute le directeur général.

Michel Camdessus précise que les quinze républiques pourraient recevoir les premiers prêts dès le mois de juillet. À condition bien entendu qu'elles respectent des politiques d'ajustement conformes aux exigences du FMI. Est-ce encore le cas de la Russie, dont le gouvernement annonçait hier un relâchement du crédit et l'adoption d'une politique monétaire plus flexible?

Au programme des discusions des G7, G10 et du comité intérimaire du FMI figure également la création d'un fonds de stabilisation du rouble, qui absorberait 6 des 24 milliards prévus pour la Russie. Nombreux sont ceux qui s'interrogent cependant sur l'intérêt de stabiliser aujourd'hui le rouble de manière artificielle alors que l'économie de marché n'est pas encore suffisamment en route. Nous ne mettrons ce fonds en place que lorsque nous serons raisonnablement assurés que le rouble tient debout tout seul, rassure Michel Camdessus ajoutant qu'un programme de stabilisation du change qui devrait fonctionner immédiatement ne tiendrait pas huit jours. Mais il met les autres républiques en garde contre l'illusion que d'avoir sa propre monnaie rendrait la gestion plus facile.

Qui va payer pour l'ex-URSS? Le directeur général précise que les grands pays industrialisés doivent cesser d'essayer de repasser la facture au voisin et attend du prochain sommet des Sept à Munich en juillet une clarification sur le partage du fardeau. C'est, dit-il, dans leur intérêt.

B.Dx.

(avec AFP).