Cent jours à traquer les pirates

LALLEMAND,ALAIN

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Mardi 18 août 2009

Défense La frégate « Louise-Marie » a quitté Zeebrugge pour l’océan Indien

Pour la marine belge, 2009 est une année de grand large. Après que la frégate Léopold Ier eut hébergé de début mars à fin mai le commandement multinational du volet maritime de la Finul (Liban), c’est au tour de sa sœur jumelle d’assumer une mission inédite dans l’histoire de la « Belgian Navy » : ce lundi matin, la seule autre frégate que possède la Belgique, la Louise-Marie, ainsi que ses 169 hommes et femmes d’équipage quittaient leur port d’attache de Zeebrugge pour participer jusqu’en décembre à l’opération européenne anti-piraterie « Atalante ». Après une escale à Souda (Crête), le bâtiment belge sera à pied d’œuvre le 1er septembre à Djibouti, premier port après le Bab el-Mandeb, ce détroit qui annonce aux marins l’océan Indien. Puis viendront les escales de Mascate, Salalah (Oman), Port Victoria (Seychelles), avant de clôturer la mission le 23 décembre et de revenir s’amarrer à Zeebrugge aux alentours du 23 décembre.

Placé au cœur d’un dispositif de « police » de l’océan Indien qui rassemble 26 navires de dix nationalités, le Louise-Marie se trouve sous commandement du capitaine de frégate Jan De Beurme, lequel sera lui-même placé sous les ordres du commodore néerlandais Pieter Bindt, commandant l’ensemble de la flotte européenne au départ de l’Evertsen, la frégate néerlandaise actuellement déployée dans l’océan Indien.

Il est sans doute inutile de rappeler le contexte général de la mission : depuis 1998, la piraterie maritime revient en force sur les deux côtes de l’Afrique et, singulièrement, depuis la chute des Tribunaux islamiques en décembre 2006, la Corne de l’Afrique et la côte somalie (Somalie, Somaliland, Seychelles, Yémen) ont vu éclore une nouvelle génération de pirates capables de déstabiliser le commerce mondial : les actes de piraterie ont triplé entre 2007 et 2008, année durant laquelle, sur 293 agressions recensées en mer, 111 se sont produites au large de la seule Somalie.

En réaction, les pays d’Europe se sont mobilisés pour déployer dans la zone une flotte militaire relativement offensive, dans le mesure où ces bâtiments pourront aborder des bâtiments pirates, procéder à des arrestations ou escorter des bâtiments en danger. Dans le cas du Louise-Marie, huit paracommandos du 1er Bataillon de Diest sont montés à bord pour constituer – selon besoin – l’équipe d’abordage ou le détachement de protection (VPD) escortant un éventuel bâtiment civil. Notons qu’il s’agit, pour les paras de Diest, de leur grand retour en Somalie après l’opération « Restore Hope », et d’une occasion de redorer l’image du 1er Bataillon…

Emprisonner des pirates

Si le Louise-Marie dispose d’un pont d’envol pour hélicoptère (ainsi que d’un hangar) élargi au gabarit des futurs NH90 belges, c’est avec un Alouette III que cette mission prend la mer. Le navire est régulièrement équipé de missiles de surface Harpoon, d’un canon de 76 mm, et de missiles antiaériens Sea Sparrow, sans compter son système de torpilles.

S’exprimant à l’agence Belga, le capitaine Jan De Beurme a fait état de sa volonté de ne pas libérer de pirates si son équipage venait à en capturer : « Le Louise-Marie ne libérera pas si facilement des pirates. Mon intention, c’est de les transférer le plus vite possible » aux autorités judiciaires, que ce soit… en Belgique si le navire attaqué est belge et si le parquet fédéral en fait la demande, que ce soit au Kenya ou que ce soit dans tout pays dont le navire attaqué battait le pavillon.

La mission du Louise-Marie retient l’attention pour plusieurs raisons. D’abord parce que, comme vient de le rappeler dans ces colonnes le diplomate en chef de l’Union Javier Solana, la Somalie s’inscrit de manière durable à l’agenda européen et pas seulement pour des opérations maritimes. Ensuite, parce qu’il est possible qu’au second semestre 2010, lorsque la Belgique assumera la présidence de l’Union, la marine belge prenne également en charge le commandement d’Atalante. Ce serait alors sans doute le même Louise-Marie (et son équipage actuel) qui relèverait le défi.