Ces points de détail font la différence

BRADFER,FABIENNE

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Mercredi 29 septembre 1999

Ces points de détail font la différence

Vu de loin, le programme de ce 14 e Festival international du film francophone à Namur paraît alléchant. Des courts, des longs, un cycle «comédie», des documentaires à profusion, mais... dans une certaine confusion. Le public, peu préparé à consommer, en une séance de festival, un programme exclusif de courts métrages ou des documentaires, cherche parfois désespérément l'assise d'un long qu'il ne trouve pas, surtout en après-midi - les spectateurs ne savent pas toujours qu'ils peuvent également assister aux visions de presse avec leur «ciné-pass». Ce genre de programme demande éducation, apprentissage, encadrement. Travail de longue haleine et de proximité que les organisateurs ne peuvent ignorer!

Vu de près, la satisfaction des spectateurs est, sans aucun doute, dans la découverte de longs métrages qu'ils n'iraient peut-être jamais voir en salle comme «Je suis né d'une cigogne», de Tony Gatlif, qui s'offre des audaces formelles pour raconter de manière déconcertante la rencontre entre un chômeur, une coiffeuse et une cigogne fuyant l'Algérie. Cette veine de films non conformistes («Les amants criminels», d'Ozon, qui clôture la manifestation, s'y inscrit aussi) pourrait devenir un des étendards d'originalité des prochains festivals à Namur.

Vu de près, le programme révèle cependant des faiblesses: son cycle «comédie» ne nous a pas montré les nuances que peut engendrer l'humour, ni appris comment on riait aujourd'hui aux quatre coins de la Francophonie; quel dommage! Ne rirait-on pas ou très peu au Québec et en Afrique? Et la France, n'a-t-elle qu'un rire grossier et gras?

A côté de cela, on se demande si le festival de Namur n'est pas plus une terre de rattrapage (rétro -spectives diverses) que de vraies découvertes. N'est-ce pas à Namur, dans son focus belge, par exemple, qu'on devrait voir des films récents comme «Haut les coeurs», de Solveig Anspach, coproduit par la Belgique et présenté au Festival de Gand (!), ou le dernier film de notre compatriote Harry Cleven, «Pourquoi se marier le jour de la fin du monde?»?

On s'interroge..., ainsi que ces spectateurs, curieux de tout, qui se demandent pourquoi, quatre jours après le début du festival, ils ne peuvent toujours pas obtenir le catalogue qui n'en finit pas de devoir arriver! Quant à l'insolite, coup de marteau sur notre fête francophone, il se trouve devant le cinéma Caméo: un présentoir, offrant le quotidien du festival et le programme, est surmonté de ces mots imprimés «Take one» («Prenez-en un»)! Comme quoi, à Namur, voyons cela de manière optimiste, même si on est francophone, on a l'esprit ouvert et l'âme polyglote! Ou, si l'on est d'humeur négative, ne pourrait-on écrire qu'après une parenthèse francophone, on ne peut se débarrasser de la «bonne» vieille habitude qui consiste à surtout mettre en valeur les films américains?

F. B.