Cessez-le-feu au Tchad

n.c.

Mardi 5 février 2008

Les rebelles qui ont attaqué N’Djamena au cours du week-end ont accepté le principe d’un cessez-le-feu immédiat, au lendemain d’une résolution du conseil de sécurité de l’ONU. Le président français Nicolas Sarkozy a affirmé que la France était prête à faire « son devoir » au Tchad.

Les rebelles tchadiens qui semblaient en mesure de renverser le président Idriss Deby Itno le week-end dernier ont accepté mardi le principe d’un cessez-le-feu, après de fortes pressions diplomatiques, alors que l’exode des habitants de N’Djamena suscitait de fortes inquiétudes.

« Conscientes des souffrances des populations tchadiennes et souscrivant aux initiatives de paix des pays frères, la Libye et le Burkina Faso, les forces de la résistance nationale donnent leur accord pour un cessez-le-feu immédiat », a déclaré le porte-parole des rebelles, Abderaman Koulamallah.

Cette annonce intervient alors que le chef de l’Etat, qui a vécu les combats du week-end retranché dans son palais au cœur de la capitale, et dont la chute semblait presque inéluctable samedi, a bénéficié lundi du soutien appuyé des Nations unies, des Etats-Unis, et de la France, son principal allié.

Tous ont fermement condamné le raid rebelle, parti le 28 janvier du Soudan, parrain des groupes armés hostiles au président Deby. Khartoum est soupçonné de vouloir empêcher le déploiement d’une force de 3.700 hommes de l’Union européenne à ses portes, l’Eufor, destinée à la protection des réfugiés du Darfour et de déplacés des pays voisins.

De source rebelle, on explique que les pressions diplomatiques ont été « très fortes » lundi en faveur de la trêve.

Paris, qui dispose actuellement au Tchad de près de 1.500 soldats ainsi que d’avions de combat, de reconnaissance et de transport dans le cadre du dispositif Epervier, a adressé lundi une mise en garde aux rebelles, indiquant espérer « ne pas avoir à intervenir plus avant » militairement.

L’alliance rebelle estime pour sa part que cette escalade a déjà eu lieu : elle a dénoncé mardi « l’intervention directe de l’aviation française qui a causé d’énormes victimes civiles » à N’Djamena.

D’autres sources de la rébellion n’ont pourtant pas confirmé que les chasseurs Mirage F1 français avaient ouvert le feu. Les journalistes de l’AFP sur place n’ont pas constaté de telles frappes aériennes.

Le porte-parole de l’état-major des armées françaises à Paris a quant à lui démenti à nouveau mardi ces affirmations, en déclarant qu’elles étaient « absolument dénuées de tout fondement ».

L’activité diplomatique internationale se mêlait mardi aux inquiétudes concernant les populations civiles, blessées ou en fuite.

Les combats, qui se sont concentrés au coeur de la capitale, ont fait « beaucoup de morts » et au moins 500 blessés, selon un premier bilan encore très partiel établi de source humanitaire.

Et les Tchadiens continuaient d’affluer vers le Cameroun, séparé de N’Djamena par le fleuve Chari. Entre 15.000 et 20.000 réfugiés ont déjà été recensés à Kousseri, bourgade camerounaise en face de la capitale tchadienne, selon le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

« Les gens sont toujours en train de passer. C’est un flot continu », a précisé la porte-parole du HCR à Genève, Hélène Caux.

En ville, au moins sept opposants politiques de premier plan ont été arrêtés, selon une organisation de défense de l’Homme.

Sur le plan militaire, la capitale s’est réveillée dans le calme mardi pour la deuxième journée consécutive, malgré quelques tirs sporadiques, une situation qui semblait confirmer un rapport des forces à nouveau favorable au président Deby.

« La ville est entièrement sous notre contrôle », a déclaré le général Mahamat Ali Abdallah, commandant des opérations de l’Armée nationale tchadienne (ANT).

Lundi, une colonne d’au moins une trentaine de véhicules rebelles avait été signalée à la sortie nord de N’Djamena.

« Finalement, il semble qu’ils soient assez loin, à une trentaine de kilomètres. Les hélicoptères de l’armée sont allés les frapper toute la journée lundi », a expliqué un observateur attentif de la situation sur le terrain.

Le porte-parole des rebelles Abderaman Koulamallah a reconnu l’intervention des hélicoptères, mais assuré qu’ils n’avaient causé « aucun dégât ».

Les rebelles ont néanmoins été affaiblis lors des combats du week-end et les renforts qu’ils disent attendre de l’est du pays n’ont pas été signalés jusqu’ici, a cependant estimé l’observateur.

(afp)