Championnats du monde L'escrime belge s'est trouvé une nouvelle jeunesse Gohy emmène nos fines lames dans l'arène MODE D'EMPLOI

WILMOTTE,THIERRY; MILUTIN,ROGER

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Vendredi 26 octobre 2001

Championnats du monde L'escrime belge s'est trouvé une nouvelle jeunesse Gohy emmène nos fines lames dans l'arène

Cédric Gohy emmènera une délégation de sept athlètes à Nîmes. Outre le Verviétois, 5e mondial, notre quatuor de fleurettistes fera valoir son titre de vice-champion d'Europe.

THIERRY WILMOTTE

L'escrime belge revit! Après un demi-siècle de vaches maigres, le mouvement de relance initié au début des années 90 commence à porter ses fruits. Le signal le plus fort retentit le 8 juillet dernier, lorsque notre équipe de fleurettistes composée de Cédric Gohy, Marc Pichon, Pierre Halut et Jean-Baptiste Vanelshander décrocha à Coblence le titre de vice-championne d'Europe. Dans la foulée, le Verviétois Cédric Gohy confirma son rôle de leader de cette nouvelle génération en remportant coup sur coup deux tournois inscrits à la Coupe du monde (Copenhague et Saint-Péters -bourg), obtenant ainsi la 5e place au classement mondial. Du jamais vu!

Bien sûr, les fines lames belges n'ont pas encore retrouvé le firmament de l'escrime mondiale - notamment occupé par la France, l'Italie, l'Allemagne, les pays de l'Est ou certaines nations asiatiques comme la Chine ou la Corée -, mais, comme le rappelle Jean Colot, directeur technique de la Ligue francophone et entraîneur personnel de Cédric Gohy, la Belgique a regagné le respect de ses adversaires. Notre pari a été de miser sur la jeunesse et l'esprit d'équipe, formidablement incarnés par nos quatre fleurettistes.

Incontestable figure de proue de ce quatuor, Cédric Gohy est le seul à avoir pu mettre sa carrière professionnelle entre parenthèses (au moins jusqu'en 2004...) pour se consacrer pleinement à son sport, aboutissement d'un travail entrepris dès le plus jeunes âge... Je devais avoir 5 ans lorsque j'ai été attiré par une affiche annonçant des initiations d'escrime , se souvient ce diplômé en carrosserie. L'occasion me semblait belle de pouvoir jouer à Zorro ou d'Artagnan...

Très vite, l'aspect sportif prit cependant le pas sur le jeu. Et papa Gohy connut rapidement les joies des week-ends passés au volant de sa voiture pour conduire son rejeton aux quatre coins de la Belgique d'abord, plus loin ensuite, afin de lui permettre d'exprimer son art à un niveau de plus en plus élevé. A la base, la formation est excellente en Belgique. Mais, ensuite, l'écart se creuse. Et les déplacements à l'étranger deviennent nécessaires si l'on veut évoluer , poursuit Cédric, qui parcourt aujourd'hui entre 5.000 et 10.000 km par mois! Dès l'âge de 15 ans, je mettais le cap sur Bonn deux fois par semaine pour de m'y entraîner avec une partie de l'équipe d'Allemagne. Mes parents me conduisaient jusqu'à Eupen, où mon entraîneur prenait le relais...

Une fois le diplôme d'humanités en poche, Gohy s'offrit une «année sabbatique» - ou plutôt «très physique» - pendant laquelle il vécut, en internat, au contact de la prestigieuse équipe d'Allemagne. Une superbe école vécue juste avant mon passage en catégorie senior, se souvient celui qui, à l'époque, avait déjà accumulé quelques titres nationaux et plusieurs places d'honneur aux championnats d'Europe et du monde, cadet et junior.

Son retour au bercail s'assortit d'un (premier) coup dur... Au moment d'établir les listes de sélection pour les JO d'Atlanta, auxquels je ne pensais même pas, on s'est rendu compte que je répondais aux critères de la FIE. Mais le COIB ne les a toutefois pas estimés suffisants et a refusé de m'envoyer aux Etats-Unis , se souvient celui qui, quatre ans plus tard, allait connaître une désillusion bien plus grande. Cette fois, le COIB voulait bien de moi, mais, si l'on peut résumer la chose ainsi, j'ai alors manqué les critères FIE «à deux touches près». J'étais 41 e et il n'y avait que les 40 premiers qui partaient à Sydney!

La déception fut à la hauteur des efforts consentis. Ce qui me manquait le plus, c'était de ne pas avoir pu participer à la fête olympique, de partager le même village, la même aventure, que les grandes stars du sport...

Une fois passée une grosse remise en question, Cédric Gohy se lança toutefois dans ce qui allait devenir sa meilleure saison à ce jour, ponctuée dès dimanche par la compétition au fleuret individuel. Les objectifs fixés à l'aube de cette saison ont été largement réalisés, conclut notre seul escrimeur d'élite. Aussi, je vais à Nîmes très relax. Comme en 1999, j'étais entré dans le «tableau des 32», j'aimerais cette fois intégrer le top 16. C'est tout. En escrime, il y a tellement de paramètres qui entrent en jeu qu'il serait idiot de fixer des objectifs plus clairs.

Et Jean Colot de conclure, philosophe: Comme dans tous les autres sports, le résultat n'appartient pas à l'athlète, au contraire de sa préparation. Et celle de Cédric a été parfaite...

MODE D'EMPLOI

Compétition. Les championnats du monde d'escrime se dérouleront dans les arènes de Nîmes (France) du 26 octobre au 1 er novembre.

Vendredi 26. Eliminatoires épée féminine, sabre masculin.

Samedi 27. Epée féminine et sabre masculin; éliminatoires fleuret masculin et sabre féminin.

Dimanche 28. Fleuret masculin et sabre féminin; éliminatoires épée masculine et fleuret féminin.

Lundi 29. Fleuret féminin, épée masculine.

Mardi 30. Epée féminine et sabre masculin par équipe.

Mercredi 31. Fleuret masculin et sabre féminin par équipe.

Jeudi 1 er . Epée masculine et fleuret féminin par équipe.

Les Belges. Fleuret: Cédric Gohy (26 ans), Marc Pichon (24 ans), Pierre Halut (23 ans), Jean-Baptiste Vanelshander (21 ans). Epée: Yoeri Van Laeke. Fleuret féminin: Nele Schouterden (24 ans). Epée féminine: Vinciane Coessens (28 ans).

Télévision. Du samedi 27 octobre au jeudi 1er novembre, les finales seront retransmises en direct sur France Télévision en fin d'après-midi.