Charleroi - Soixante-cinq ans après, un livre raconte l'exode des Carolos à Montauban En mai 40, Jean a vu le Midi REPÈRES

LEROY,MARCEL

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Jeudi 24 mars 2005

Charleroi - Soixante-cinq ans après, un livre raconte l'exode des Carolos à Montauban

En mai 40, Jean a vu le Midi

* L'histoire d'une petite Belgique dans le Sud-Ouest. Le fruit d'un travail de recherche patient et minutieux. Le récit d'un repli qui a laissé des amitiés.

MARCEL LEROY

Jean avait huit ans quand il quitta Charleroi, en mai 40, pour partir en exode. Lui, le gamin de la ville, le môme du Pays Noir, découvrit la vie rurale dans le Midi en tentant d'échapper à la guerre. Soixante ans plus tard, il a revu Montauban.

Les images d'enfance me revenaient en marchant dans la ville. À l'époque, j'étais avec maman et une cousine. Nous avions d'abord logé dans une école, puis deux vieilles demoiselles nous avaient loué une chambre, dans le centre. Si longtemps après, dans la rue, une dame m'a reconnu et moi aussi. Elle devait avoir une dizaine d'années cet été-là et nous avions joué ensemble.

Ces mots, il les prononçait au Musée du Bois du Cazier, lors de la présentation de « 1940, la Belgique du repli », un livre dû à la passion de Max Lagarrigue pour l'exode des Carolos à Montauban. Puis, comme en écho des propos de Jean, un citoyen de Montauban a poursuivi... À la maison, mes parents avaient accueilli des Belges venant de Charleroi. Mais nous avions aussi aidé des Juifs et des Espagnols. Ah, comme j'aurais voulu vivre ces retrouvailles et voir ce livre il y a 25 ans, quand nos parents étaient encore là.

Maurice Leymarie avait 18 ans à l'époque et Andrée, son épouse, 17. Émue, comme son mari et tous ses amis du Tarn-et-Garonne, Andrée parlait de ces liens tenus de la guerre et qui se retissent. Cette mémoire est désormais protégée grâce au travail mené durant plusieurs années par l'historien-journaliste Max Lagarrigue.

En mai 2000, à Montauban, il avait organisé un colloque sur l'exode de mai 40. Cette rencontre mit en évidence la présence à Montauban de nombreux Belges dont une forte majorité de Carolos. Une partie de l'administration communale, accompagnée de familles, avait même fait la route à bord de camions de pompiers, de bennes à ordures et autres véhicules...

Nous ne pouvions en rester là, expliquait Lagarrigue. Un projet commun a vu le jour avec le Conseil général de Tarn-et-Garonne, la province de Hainaut et la Ville de Charleroi. Un appel fut lancé au travers des médias. Plus ou moins cinquante personnes y ont répondu. Elles étaient dans le Sud-Ouest en mai 40 et étaient heureuses de raconter leurs souvenirs.

Suivirent plusieurs rencontres, à Charleroi et Montauban, et le début de la collecte de témoignages, par deux étudiants de l'Ipsma, alors que les échanges s'intensifiaient. Notamment entre le festival Mars en Chansons et son homologue « Alors chante » de Montauban.

Dans ce cas, l'histoire se mélange aussi au tourisme. Bernard Lucat, le patron du comité départemental du tourisme était impressionné de recevoir au salon des vacances à Charleroi, maintes marques de sympathie. Les Carolos viennent en vacances dans notre région. Ils s'y sentent un peu chez eux.

Édité par l'Imprimerie du Hainaut, « 1940, la Belgique du repli » s'appuie sur la saga des Carolos pour étudier le phénomène de masse qui précipita plus d'un million et demi de Belges sur les routes du sud après l'invasion allemande.

Bénédicte Rochet, attachée de recherches au Centre d'études guerre et sociétés contemporaines (Le Ceges, à Bruxelles), complète une enquête rigoureuse par un éclairage belge. En s'appuyant sur les récits replacés dans leur contexte historique, Max Lagarrigue fixe ce moment de la guerre 40-45 qui a marqué une génération.

Rythmé de photos en noir et blanc exhumées des albums de famille où elles se fanaient, le livre retrace avec brio l'histoire d'une « petite Belgique dans le Sud-Ouest de la France ». Un chapitre de l'Histoire.·

REPÈRES

Montauban. Cette cité historique située dans le département du Tarn-et-Garonne, forte de 55.000 habitants et proche de Toulouse est surnommée « la plus rose des villes roses » en raison de son architecture en briques. Le Musée Ingres y abrite le fameux violon... Terre de tourisme, patrimoine exceptionnel, gîtes à la ferme, randonnées.

10 mai 40. Sept mois après la déclaration de guerre de la France et de l'Angleterre à l'Allemagne, Hitler rompt le front occidental, envahit la Belgique pour gagner la France. Dés le début de l'attaque, en Belgique comme en France, les gens se lancent sur les routes, vers le Sud. C'est l'exode. Plus de 10 millions de Belges et de Français essuient le feu des stukas piquant sur les colonnes de réfugiés. Ils vont à pied, à vélo, en voiture, en camion, parfois sans même une valise. Ils ont faim et soif. Le temps est beau. Des centaines de milliers de Belges vivront durant quelques mois dans le Quercy.

Le document. « 1940, la Belgique du repli », par Max Lagarrigue. 240 pages, nombreuses photos d'époque. Prix de vente : 30 euros. Imprimerie provinciale du Hainaut.

Rens. au 071.25.85.42.