Charles Michel, l’homme à abattre ?
LORENT,PASCAL; DUBUISSON,MARTINE
Page 4
Samedi 24 octobre 2009
Politique Tout le MR plaide l’apaisement, mais les couteaux ne sont pas rangés
Vous l’aurez compris : « le petit », c’est Charles Michel… Qui semble devenu, pour le clan présidentiel, l’ennemi numéro un. L’homme à abattre ? Voici pourquoi.
Mais lundi, en conseil de parti, Louis Michel l’a dit aux siens, haut et clair : il n’est pas candidat à la présidence du MR. Visant la présidence de l’assemblée générale de l’ONU, il sera même loin de la scène libérale.
Certes, l’ex-président du MR a longtemps espéré un come-back belge. Mais les réformateurs n’ont pas vu en lui l’homme providentiel. Un pro-Reynders le dit aimablement : « Personne n’a envie de voir revenir Louis. Avec lui, c’était la dictature… Et il ne représente pas le renouveau. »
Alors oui, Louis Michel s’est affiché avec les rebelles ; oui, il remet en cause la légitimité du président ; oui, il pèse au MR. Mais l’équipe présidentielle ne le considère plus comme une menace. Pas besoin de l’attaquer personnellement.
D’autant que, depuis longtemps – 2004, quand le père, parti à l’Europe, a tenté d’installer son fils à la présidence –, le clan Reynders en est persuadé : le duo travaille à placer Charles à la tête des bleus. Petit à petit, tout le monde, ou presque, a fini par penser que c’est effectivement le plan de carrière de Michel Jr.
Pourtant, il nous revient qu’en interne, Charles Michel a, lui aussi, fait savoir clairement qu’il n’était pas candidat. Donc pas un challenger. Mais on ne le croit manifestement pas… Un pro-Reynders nous disait ainsi mardi : « Le problème, c’est Charles Michel, qui avance… »
La menace est à peine voilée. Et elle circule : si Didier Reynders gagne le bras de fer – quand il l’emportera, disent ses fidèles qui n’en doutent pas –, il paiera son ralliement aux frondeurs. Ceux-là ne donnent pas cher du portefeuille ministériel de Charles Michel…
En 2007 déjà, après la victoire historique du MR, il a connu une période de purgatoire : de longues semaines de placard – presqu’au sens littéral : dans un petit bureau au parti, à un autre étage que l’équipe présidentielle…
« Charles irrite Didier, c’est presque physique, nous dit l’un. Aussi parce qu’il ne donne pas l’impression de lui devoir quelque chose. » Le problème est devenu personnel. « Ils ont déjà parlé de ce problème de confiance, sans le régler », dit un autre.
Dans un camp, on parle de procès d’intention ; dans l’autre, on trouvera dans la rébellion de cette semaine de Charles Michel, la preuve qu’il complote depuis toujours pour remplacer Reynders.
Alors, on casse aussi son image. « Louis est respecté par tous et charismatique. Charles, ce n’est pas pareil : il est considéré comme un tueur froid, il n’est pas aimé, il a un charismatique zéro. Aller aux élections avec Charles Michel, c’est aller dans le mur. »
On le voit : l’apaisement dont tout le monde parle n’est pas encore à l’ordre du jour (lire ci-dessous)…
petits « compliments » entre bleus
« Sous la précédente législature, ces gens (les opposants au président, NDLR) ont été portés à bout de bras par Didier Reynders. Ils se sont servis de lui et, maintenant, ils crachent dessus. Ce sont des carriéristes, des opportunistes et des individualistes ».
« Si Didier devait partir, nous serions plusieurs à le suivre, car c’est lui qui a redressé le parti, après l’état de déliquescence dans lequel l’avait laissé Louis Michel ».
« Si Didier était poussé à partir, je me considérerais dans l’opposition par rapport à la nouvelle direction du parti arrivée de cette manière-là. Et je ne serais pas le seul : il y aurait une très grande mobilisation contre ça ».
Sa déclaration remonte à mardi, après la publication de la Lettre au président : « Les signaux que nous recevons depuis ce matin : menaces, mesures de rétorsion, agressivité. On s’attend à une radicalisation des chiens de garde de Didier Reynders ».
Signataire de la Lettre au président, il déclare : « Didier Reynders ne changera pas, si ce n’est par la force des baïonnettes ».
Borsus, libéral « florentin » en bleu de travail
C’est que le chef de file des parlementaires régionaux MR s’est bâti une sacrée réputation au cours de la législature précédente. Après s’être aguerri comme secrétaire de cabinet du ministre Michel Foret sous l’arc-en-ciel (1999-2004), il est entré dans le « bain » régional en 2004, délaissant ses fonctions provinciales mais conservant ce mayorat conquis en octobre 1994 et qu’il détient toujours sans contestation possible (son groupe dispose de 14 des 15 sièges au conseil communal). Et il a mené la législature tambour battant, se classant sur le podium des parlementaires les plus productifs, se mettant notamment en évidence (au côté d’une Véronique Cornet ou d’un Bernard Wesphael) dans les dossiers relatifs au Forem ou à la bonne gouvernance. Terrien, ce libéral « pragmatique » sait qu’on ne trace son sillon qu’à la sueur de son front.
Un labeur qu’il sait vendre : Willy Borsus est un tribun, de ceux qui peuvent tenir en haleine leur assistance. Mais son verbe élégant guide en général le tranchant d’un humour caustique. Sans perdre sa courtoisie, cet orateur peut mettre un adversaire à terre. Il use volontiers de ce talent à la tribune des parlements régional et francophone, sur ses matières de prédilection : gouvernance, fonction publique, aménagement du territoire, enseignement, environnement, ruralité… Par contre, le communautaire le laisse discret.
Corollaire de cet amour du beau verbe, on le dit volontiers « florentin ». Une caractéristique qui en habille deux : l’habileté à dissimuler son opinion aux autres et une prudence élevée en hygiène de vie. Sa signature au bas de la lettre à Reynders a d’ailleurs surpris. Est-ce le signe, comme l’affirme ses détracteurs, qu’il est « un pantin aux mains des Michel » ? En politique, on ne sait jamais qui manipule l’autre. Et la prudence peut très vite basculer de vertu en défaut.
Silence, le président consulte… et rame
Si ces discussions sont jugées « franches et courtoises », elles montrent à quel point le parti est dans l’impasse. « Aucun de nous ne sous-estime la gravité de la situation et nous cherchons une solution consensuelle dans l’intérêt du MR, mais on ne peut pas dire, à ce stade, qu’on l’ait trouvée », a ainsi déclaré Deprez à sa sortie.
On nous confie, en effet, que Didier Reynders répète que « tout est sur la table », tout en restant dans son rôle de président. Ce qui fait dire à un rebelle : « Tout est sur la table… sauf sa présidence, qui est pourtant le problème posé ». Voilà pourquoi Didier Reynders « cherche des solutions, mais rame ». Il fait des ouvertures, mais pas celles attendues par les contestataires : la consultation des militants sur sa présidence ou son cumul avec sa fonction ministérielle. Car « il considère que, dans ces scénarios, il perdrait la face ». Quelle autre piste ? Chaque clan campant sur ses positions, on ne peut pas dire que la solution saute aux yeux. Mais quelques idées circulent, comme nommer un chef de file gouvernemental distinct du président.
Pendant qu’on cogite, les rumeurs sur les présidentiables (au cas où Reynders se retirerait quand même) vont bon train. Le plus cité, chez les rebelles : Willy Borsus (lire ci-contre), mais aussi Olivier Chastel ou Alain Courtois. Du côté des fidèles : Daniel Bacquelaine. Mais de là à dire que l’un d’eux s’impose…
Durant ce week-end de consultation présidentielle, des consignes ont été données : personne sur les plateaux télé ! Lundi, le conseil du MR ne devrait pas non plus revenir sur la polémique. Priorité au travail de rabibochage du président. Que Maingain baptise « rôle de conciliateur ». C’est le nouveau message du clan présidentiel : Didier est l’arbitre entre les deux camps, pas l’enjeu de l’affrontement.
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