Art et nature en métamorphoses

SCHYNS,JULIE; SCHIJNS,JULIE

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Mercredi 20 octobre 2010

Chaudfontaine Festival des 5 saisons dans le parc de Hauster

Samedi s’est ouvert le Festival des 5 saisons, dans le parc de Hauster à Chaudfontaine, un projet mis sur pied par la commune en collaboration avec Les Ateliers d’Art contemporain. Le week-end, 700 visiteurs sont venus admirer une quinzaine de sculptures épousant les pelouses du site. « Ce festival est l’occasion de mettre à l’honneur des jardins, en ayant un discours sur le développement durable, la biodiversité. L’art contemporain constitue un moyen de provoquer certains déclics chez le visiteur, de manière ludique », explique Dorothé Luczak, directrice artistique du projet. Le parc offre un cadre façonné par divers parcours (tactile, de lisière…), des milieux aquatiques, des formes végétales et des clairières. Pour Rita Occhiuto, architecte du projet, « un parc public est un outil d’éducation citoyenne. L’âme de ce projet, c’est l’éveil de l’observation. L’éducation peut se faire ici parce que le lieu est proche de nous ». Si le festival fait référence à 5 saisons, c’est parce qu’il faut prendre en compte celle de l’imaginaire, que le visiteur retiendra en quittant le site. « Lors de sa visite, il pourra recevoir toutes sortes d’informations pédagogiques lui permettant de reproduire certaines techniques dans son propre jardin », précise Dorothé Luczak.

Le festival restera en perpétuelle métamorphose car les jardins vont évoluer au gré des saisons et différents événements viendront ponctuer le festival. Un parc en mouvement aussi parce que les œuvres sont toutes, in fine, appelées à disparaître. Chaque année, des artistes seront sélectionnés pour élaborer de nouvelles œuvres in situ. « Pour l’instant, on veut convaincre, il faut du temps pour que le projet prenne pied. Il ne va cesser de se modifier, comme une plante finalement », poétise Rita Occhiuto.

Exposition permanente. Pour les visites guidées : 04-364.20.20

L’étang du cœur

Des œuvres proches de l’humain et de ses préoccupations

Composée de béton désactivé, de brique pillée, d’oxyde de fer et d’argile, cette forme plastique constitue une œuvre en creux. Le trou rougeâtre représente l’impact d’un cœur virtuel qui serait tombé du ciel. Werner Moron a développé cette idée à la sortie du film Avatar, qui donne l’image d’une nature sublimée. L’œuvre étant installée près d’une rivière, l’eau va s’y engouffrer, avec le cycle de la vie. « Je ne vais plus toucher à cette empreinte et la laisser se dégrader. Dans ce trou va émerger la vraie nature, avec ses orties, ses moustiques… Contrairement à ce que nous montre le film Avatar, la nature, ça fait peur, ça pue, ça pique… », explique Werner Moron.

Squat

À quelques mètres du sol, Bob Verschueren a installé une commode. Elle sert maintenant d’immeuble à appartements pour les oiseaux. L’œuvre suggère un rapport avec les êtres humains qui envahissent des lieux inoccupés. Elle fait également référence à la force de la nature qui parfois peut emporter des objets sur son passage. L’artiste ne se positionne pas comme un militant écologiste, mais « j’essaye de proposer une réflexion sur notre environnement et l’accueil qu’on lui fait. Mon travail se concentre avant tout sur la notion du temps qui passe, qui nous rappelle qu’on est mortel. » Le bois de la sculpture va bientôt se colorer, la mousse va la recouvrir, et les oiseaux vont modifier son aspect.

L’Arbozotus

Pour Chloé De Wolf et Joël Larouche (formant le duo Marvayus), le parc de Hauster a été lui-même une source d’inspiration et de création, ils ont cherché à utiliser des éléments qui étaient déjà sur le site. Lorsqu’ils ont aperçu les tronçons d’un arbre abattu, ils ont eu l’idée d’en faire une sculpture. Grâce à des tiges métalliques, cette sorte de squelette invite les visiteurs à s’y asseoir. « Lorsqu’on travaille de cette manière, on se rapproche de nous-mêmes, d’un ressenti des choses, assure Joël Larouche. Plutôt que de demander des aides budgétaires pour réaliser une œuvre, on a voulu se confronter à la réalité. Cela permet également d’éveiller les esprits à la simplicité des choses. »

Le jardin des cycles

Des fûts rouges, verts, bleus, jaunes, roses sur un tapis de verres bleus… Maro Avrabou et Dimitri Xenakis recyclent des matériaux qui contenaient du pétrole pour en faire de l’art. L’œuvre prend la forme du label de la double flèche du recyclage. « Nous sommes confrontés à une surenchère industrielle de produits labellisés écologiques. Nous essayons alors avec humour et plaisir de montrer le potentiel esthétique des matériaux recyclés », indique Dimitri Xenakis. Les artistes abordent ainsi des questions environnementales, sans pour autant tenir un discours moralisateur. Les fûts accueilleront, au fil des cycles et des saisons, différentes sortes de plantes.