Claude Wampler: l'adieu au corps Yves Godin: «La lumière génère la pensée»

LEGRAND,DOMINIQUE

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Mercredi 2 mai 2001

Claude Wampler: l'adieu au corps DOMINIQUE LEGRAND

Il n'est pire présence que l'absence... La dimension charnelle de l'homme serait-elle seule capable de lui donner accès aux saveurs du monde? Accessoire d'une identité remaniable à l'infini, ce corps, l'artiste plasticienne américaine Claude Wampler décide simplement de le gommer. Performance à l'appui, en première mondiale, sur la scène du Kaaitheater-studio's. Je suis vraiment fatiguée de la danse ou de la performance où le corps est omniprésent. Si je l'efface, en même temps j'efface la manipulation. On a tellement fait avec les corps et sur les corps dans l'avant-garde new-yorkaise qu'il en résulte aujourd'hui une espèce de torpeur et de stagnation. Dans «Present Absence», je pars de l'inverse: l'absence d'un corps que je m'efforce de rendre aussi tangible qu'une présence.

«La seule connection entre eux,

c'est moi»

Objet scénique non identifiable, à la lisière de l'installation et de la représentation, en «work out» jusqu'à la dernière minute, cette nouvelle création de l'excentrique New-Yorkaise repose sur un jeu de rôles précis dont l'Américaine est le foyer irradiant. Répondent présents: l'éclairagiste Yves Godin, le dramaturge Bruce Hainley, le «sound designer» Christof Migone, le metteur en scène John Tremblay. Quelques jours seulement avant la première bruxelloise, ils se seront rencontrés, tous ensemble, pour l'addition des hasards! La seule connection entre eux, c'est moi, sourit l'énigmatique Claude Wampler. Il y a bien eu des rencontres à travers la connaissance que l'un a du travail de l'autre; jamais de face-à-face.

Réunis sur une même proposition, ces artistes pêchés à Paris, Los Angeles, Montréal et New-York ont un point commun majeur. Totalement différentes dans leurs formes, leurs recherches artistiques convergent vers un même pôle: la mise en question de la représentation.

Wampler leur a soumis le thème générique, «présent absence», et des espaces psychologiques connexes: une proposition de lectures («L'Ecriture du désastre» de Maurice Blanchot par exemple), des films de référence comme «L'Homme invisible», «Sunset Boulevard», «Beauty» de Warhol ou «Xanadu», les sculptures de Rube Goldberg ou encore un show de Liza Minelli, un défilé de mode. Aux quatre élus d'explorer dans leur coin les relations entre la vie, la mort, la gloire (ou sa perte)! Dans le cadre de cette trame commune, Claude Wampler rencontre l'un pendant une semaine, le quitte pour aller vers un autre qu'elle abandonnera à son tour pour le retrouver à nouveau et prendre le pouls d'une appropriation.

Aiguillon déjà (dé)constructeur des différents éléments de la représentation dans ses précédentes installations et performances, Claude Wampler travaille sur ses propres apprentissages puisque sa carrière artistique s'est d'abord frayé un chemin à travers les disciplines de la danse, de l'opéra, du théâtre. Si cette mise en réflexion l'a conduite jusqu'au Japon pour travailler avec la compagnie de théâtre Butoh, c'est encore pour découvrir une méthode, plutôt qu'une nouvelle forme de chorégraphie, voir comment ils se servent des arts visuels et de la culture populaire comme d'un vocabulaire, dominante majeure de son travail actuel.

«Present Absence» traque le réel et les adéquations mécaniques. A la fois baroque et conceptuelle, la démarche distillera ses bonheurs de perversion dans une improbable alchimie. Au spectateur de prendre position face à ses propres attentes, quand la frustration exacerbera le désir...

«Present Absence»: du 21 au 25 mai à 20h30 au Kaaitheater-studio's, rue Notre-Dame du Sommeil, 81, à 1000 Bruxelles.

Yves Godin: «La lumière génère la pensée»

La lumière jaillit (ou non), comme l'élément fondateur de «Present Absence». Comment rendre l'absence d'un corps aussi tangible que sa présence? Le public va se trouver devant une proposition scénique forte, un objet qui construit l'espace et le temps. Je n'en dis pas plus, glisse Yves Godin, le designer lumière choisi par Claude Wampler. Il ne s'agit pas d'éclairer un décor. La lumière provoque la rencontre de plusieurs médiums qui puissent générer la pensée, sans hiérarchie. Elle ne se pointe pas toujours là où la logique le voudrait. Il faut créer l'hétérogénéité, à l'encontre du spectacle traditionnel qui est homogénéité entre image, son, musique, texte, acteurs, scène. Ecouter, répondre, ne pas écouter, garder mon indépendance, la lumière entre en discusion et donne au spectateur les signes pour qu'il se construise lui-même son image...

Plus proche du plasticien que du spectacle vivant, la démarche artistique rejoint Claude Wampler sur une même frontière: entre la norme et la marge, le visible et le réel, le passage du rétinien au poétique, le travail de construction mentale, la mise en action-réaction des divers composants de la représentation.

Bilan particulier d'une relation chargée de pervertir les distinctions entre objet d'art et art vivant: Claude et moi sommes sur la même ligne bien qu'esthétiquement totalement opposés. Travailler avec elle est une stimulation qui n'a rien à voir avec le metteur en scène ou le chorégraphe. Pas d'asservissement à une pensée unique mais une rencontre entre plusieurs sensibilités pour qui l'objet central n'est pas la présence humaine.

D.L.