CLOSE,EX-MAIEURISSIME,DANS L'OEIL DU CYCLONE

HUBIN,MICHEL

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Mardi 28 avril 1992

Quand un homme politique et dix hommes d'affaires font à Liège une affaire... judiciaire retentissante: leur procès s'est ouvert hier

Close, ex-maïeurissime, dans l'oeil du cyclone

Presse écrite, audio-visuelle, projecteurs et flashes: le soupçon de scandale politico-financier fait recette. Il faut qu'un tribut médiatique soit payé pour toute carrière suspecte.

Sous la présidence de Roger Fontaine, une chambre à trois juges du tribunal correctionnel de Liège, également composée par les juges Ariane Jacquemin et Albert Fettweiss, a entamé, hier matin, l'instruction d'audience des dossiers des horodateurs, du mobilier urbain de Liège et des frais de premier établissement de la Société wallonne de gestion du stationnement (SWGS).

Première longue matinée de travail pour planter le décor dans lequel évoluèrent les onze prévenus - un homme politique, dix hommes d'affaires - à l'époque des faits.

Tous les prévenus sont là: le grand patron de la société française Decaux, Jean-Claude Decaux soi-même, celui de City Advertising, le Parisien Jacques Dauphin, Pierre Cauchie, Paul Geleyns, André Tymen, Georges Goldine, le promoteur immobilier Jean Demarche, deux représentants de la famille Uhoda. Et puis, dans l'oeil du cyclone, l'ancien bourgmestre de Liège, Édouard Close, celui qui est prévenu de corruption passive.

UN «INCONNU» IMPORTANT

Ambiance. Dans ce monde-là les courtiers semblent essentiels. C'est le cas du baron Benoît de Bonvoisin et celui d'un inconnu du grand public qui n'est prévenu ici d'aucune infraction mais dont le rôle fut essentiel. Si l'on reprend les paroles du président Fontaine, Jean Hardy était incontournable à Liège. Il aurait fallu passer par son canal - Édouard Close le nie - et lui accorder des commissions atteignant 25 % voire 35 % avant d'espérer conclure une affaire avec la commune.

Il s'en flattait peut-être, il abusait; mais c'est faux, de même qu'il n'a jamais été mon conseiller financier, nie Édouard Close qui fut son ami pendant vingt ans.

Les magistrats se montrent dubitatifs.

Savez-vous que Jean Hardy percevait 25 % de Naparc, société concessionnaire de l'exploitation d'un emplacement de parcage de la Stil (Société des transports intercommunaux liégeois) où vous êtes intervenu en faveur de cette concession à Naparc ? questionne le président.

J'étais alors administrateur à la Stil. J'ai fait la proposition car j'estimais que c'était équitable, vu que Naparc avait subi une perte au parcage de la Cité administrative. Le conseil d'administration s'est prononcé à l'unanimité. Je regrette si Jean Hardy s'est fait fort auprès de Naparc de lui avoir obtenu cette concession!

Rien à dire. Mais, s'il est vrai que l'intercession du lobbyiste Jean Hardy était inutile, alors les hommes d'affaires sont de grands naïfs. Ce que personne ne croit encore.

Sans évoquer déjà la prévention de corruption, le tribunal aborde la question de l'intérêt à commettre l'infraction; mais Édouard Close se montre réticent sur le chapitre du coût des campagnes électorales; il déplore l'absence de législation sur les scrutins communaux.

M. Verbinnen, votre chef de cabinet, tenait des comptes; mais vous lui avez demandé de détruire cette comptabilité après l'élection, observe le président.

Rien ne nous faisait l'obligation de tenir ces comptes, répond l'ancien maïeur.

À Liège, on apprend que le monde des affaires rencontre celui de la politique dans l'ex-groupe Japon, ex-de Colonster, actuel «Liège 2000» que préside l'ancien président de la Fédération du PS, le gouverneur Paul Bolland.

QUESTION DE VOCABULAIRE

Éclairage discret de Georges Goldine, le représentant de la puissante société française CGE (1.700 sociétés contrôlées dans le monde).

La CGE, dit-il, est de manière constante en contact avec le monde politique. (Est-ce pourquoi elle n'a pas été nationalisée lors de l'arrivée des socialistes au pouvoir?)

Le président: Dans une interview, vous avez affirmé n'avoir jamais eu de rapports d'affaires avec M. de Bonvoisin, or vous en avez eu.

Je ne lui ai jamais versé d'honoraires. C'est cela que veut dire «pas d'affaires», répond M. Goldine. Ainsi va le vocabulaire.

Suite du procès, jeudi.

MICHEL HUBIN