72 anciens travailleurs frappés par le cancer

WIDART,CLAUDE

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Vendredi 4 mai 2012

Colfontaine Bell Telephone avait fermé en 1997

Parmi 382 ex-salariés de l’usine Bell Telephone fermée à Wasmes en 1997, 38 sont morts d’un cancer et 34 luttent contre la maladie. Le Collectif Amiante Produits Dangereux (CAPD), créé à Mons-Borinage, vient d’entamer un nouveau combat de taille. Il concerne les anciens travailleurs de l’usine Bell Telephone dont un nombre anormalement élevé a été emporté par un cancer. D’autres se battent contre la maladie. Avec l’aide de la médecine, d’anciens salariés ont décidé de mener une enquête.

Bell Telephone produisait des téléphones pour la RTT puis pour Belgacom. Fin des années 60, l’usine de l’avenue Schweitzer à Wasmes occupait près de 800 personnes. Elle fabriquait également des postes émetteurs pour les chars Léopard de l’armée belge. L’aventure prit fin le 30 septembre 1997 : l’usine, qui avait déjà connu deux ans plus tôt une restructuration, ferma définitivement ses portes. Le couperet tomba sur 260 emplois.

En 2002, Willy Ray, autrefois délégué syndicat (CSC), organise des retrouvailles entre anciens de Bell Telephone où une centaine de personnes se retrouvent. « Lors des réunions entre anciens qui ont suivi, raconte Willy Ray, on entendait souvent des collègues dire qu’un tel était décédé des suites d’un cancer, ou que d’autres ne pouvaient participer parce que gravement malades… »

Non seulement, de plus en plus de personnes tombent malades mais en plus, la plupart sont atteintes d’un cancer des voies digestives ou du cancer du sein chez les femmes.

L’étonnement passé, la suspicion s’installe : et si l’environnement professionnel dans lequel travaillaient ces personnes malades ou décédées était responsable de leur malheur ? Des anciens de Bell décident d’entamer des recherches. Ils retrouvent un listing du personnel qui reprenait 70 % des effectifs. « Nous avons travaillé en remontant jusqu’au milieu des années 80, poursuit Willy Ray, et nous sommes parvenus à répertorier 382 membres du personnel dont 45 employés. »

Les investigations des anciens révèlent que sur les 382 personnes recensées, 38 ouvriers et employés sont décédés, et 34 souffrent actuellement d’une grave maladie, très souvent un cancer. En résumé, près de 20 % (18,85 exactement) des travailleurs ont été ou sont touchés par la maladie. La plupart des personnes décédées étaient âgées entre 40 et 55 ans.

De l’amiante dans les portes coupe-feu

Comment expliquer ces décès ? Les anciens s’interrogent sur la présence de nombreux produits réputés dangereux avec lesquels ils étaient en contact. « Par exemple lorsque nous effectuions une soudure sur un circuit imprimé, raconte Franco Marchese, il y avait des émanations de fumée que les gens respiraient… » Ce qui inquiète surtout les anciens, c’est la présence d’amiante dans les portes coupe-feu et les conduits d’aération. L’amiante qui a déjà endeuillé de nombreuses familles à Mons-Borinage…