Comprendre la genèse du virus L'ancêtre du sida aurait près de 300 ans

LOUIS,FRANCOIS

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Mardi 5 décembre 2000

Comprendre la genèse du virus L'ancêtre du sida aurait près de 300 ans

Selon une étude internationale, coordonnée par le laboratoire de virologie clinique et d'épidémiologie de l'université catholique de Leuven (KUL), l'ancêtre commun du virus HIV responsable du sida et du virus simien le plus proche aurait 300 ans. C'est une étude génétique portant sur plusieurs dizaines de souches contemporaines du HIV qui a permis d'aboutir à cette conclusion.

L'origine du sida reste débattue. Le fait que le génome du HIV, soit similaire à celui des virus trouvés chez certains singes démontre que ces virus «humains» sont la résultante d'une transmission interespèces provenant du singe. Le virus simien le plus proche du HIV-1 (groupe M), la souche responsable de la pandémie mondiale actuelle, est le virus présent chez le chimpanzé (SIVcpz). Tout indique donc que le passage s'est fait du chimpanzé à l'homme. Les premières victimes sont probablement des chasseurs africains, infectés lors de la préparation de la viande en brousse.

Mais un grand mystère demeure: quand le virus a-t-il franchi la barrière des espèces?

En calculant les vitesses de mutations des génomes des différentes souches contemporaines, on peut remonter jusqu'à l'ancêtre commun du virus humain et du virus simien, explique le professeur Anne-Mieke Vandamme (KUL). Nos travaux situent cet ancêtre commun dans une période s'étalant entre 1590 et 1761. Ils montrent aussi que les souches humaines et les souches simiennes ont commencé à diverger à partir des années 1920-1930. Ce qui signifie que le franchissement de la barrière entre les espèces s'est passé quelque part entre le XVIIe et le début du XXe siècle. Et non à la fin des années 50, à la suite de l'administration aux enfants africains d'un vaccin contre la polio obtenu à partir de cellules rénales de singes, comme le laisse entendre une théorie minoritaire.

Dans un article publié dans le magazine Science («Le Soir» du 13 juin), des chercheurs américains se voulaient plus précis. Selon eux, le calcul de ces vitesses de mutations du génome du virus HIV-1 situe le passage du singe vers l'homme en 1931.

Quoi qu'il en soit, une fois ce transfert accompli, le virus s'est répandu dans la population africaine, de village en village. Mais avec les migrations de masse dans les années 60 et 70, et les déplacements de la campagne vers les villes, les contaminations se sont multipliées dans les grands centres urbains , explique A.-M. Vandamme.

L'étude de la KUL permet aussi de dater la séparation de la souche humaine africaine et de la souche américaine (responsable de la plus grosse partie de l'épidémie actuelle) entre 1950 et 1970. C'est durant cette période que le virus est passé d'un continent à l'autre et a commencé à se répandre dans la communauté homosexuelle américaine. On peut en conclure que l'épidémie planétaire commence au début des années 70.

Dans l'esprit des chercheurs, comprendre la genèse de l'épidémie du sida est une nécessité dans la mesure où d'autres épidémies de ce type menacent l'espèce humaine. Il semble en effet que les transmissions zoonotiques - de l'animal à l'homme - se fassent plus fréquentes. Et que, du fait des grands mouvements de population, un virus devenu humain risque plus que par le passé de provoquer une épidémie planétaire.

FRANÇOIS LOUIS