Condamné vendredi à Bruxelles, le Français allié au GIA avait déjà pris sept ans à Paris Neuf ans de prison pour le terroriste Melouk

BORLOO,JEAN-PIERRE

Page 13

Samedi 15 mai 1999

Condamné vendredi à Bruxelles, le Français allié au GIA avait déjà pris sept ans à Paris Neuf ans de prison pour le terroriste Melouk

De lourdes peines pour les islamistes de la rue Wéry et de la rue de Mérode arrêtés après une fusillade en mars 1998.

Pour la présidente de la 54 e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles, les choses sont claires: Farid Melouk est bien un terroriste islamiste d'envergure internationale. Il écope donc de 9 ans de prison. Des années qui viennent se greffer sur les 7 ans obtenus en France, pour préparation d'attentats. A Bruxelles, la peine a dépassé les réquisitions du procureur du Roi qui demandait 7 ans.

C'est peut-être une découverte de dernière minute qui aura été fatale à Melouk. De sa cellule, il a tenté d'envoyer une lettre à sa soeur, en France, dans laquelle il transmettait 22 recettes pour confectionner des explosifs. Une lettre partiellement rédigée en arabe qui attestait de sa connaissance de cette langue, alors qu'il avait toujours affirmé ne pas pouvoir la lire. Mais la lettre n'a pas été fort loin: Melouk a pratiqué la technique du yo-yo pour tenter de la passer à un voisin de cellule et elle a atterri aux pieds d'un gardien...

Vendredi matin, le tribunal a rouvert le débat sur cette lettre. Farid Melouk maintient qu'il n'a que de vagues notions d'arabe. Les recettes d'explosif, il les avait lues et il voulait exercer sa mémoire en les transcrivant. Son avocat, Me Vincent Lurquin, a mis l'accent sur les lacunes tant au niveau des recettes que de la connaissance de la langue.

Disons que c'est du charabia , lance la présidente, Claire De Gryse. Mais du charabia qui a trait à des explosifs...

J'ai juste appris les lettres de l'alphabet arabe, ajoutera laconiquement Farid Melouk.

Melouk était jugé aux côtés de dix autres prévenus. Tous avaient été cueillis autour de l'intervention policière à la rue Wéry à Ixelles, le 5 mars 1998. Melouk avait tiré sur les forces de l'ordre et s'était retranché pendant 13 heures dans la maison. Les perquisitions effectuées rue Wéry et rue de Mérode avaient permis de trouver de la propagande islamiste, des explications pour confectionner des explosifs, des munitions et une arme.

Pour le tribunal, ces éléments, ainsi que les divers contacts avec d'autres militants de la mouvance islamiste, permettent d'affirmer qu'ils constituent une association de malfaiteurs, dont Farid Melouk et Mohamed Badache sont les chefs. La présidente a également souligné les similitudes existant entre cette affaire et celle des attentats du métro en France. On ne peut croire au hasard, a-t-elle lancé. Des rapprochements ont aussi été faits avec la filière d'Ahmed Zaoui, démantelée et jugée à Bruxelles en 1995. Cela montre l'existence d'un vaste réseau avec des groupuscules actifs et des camps d'entraînement en Afghanistan, précise le jugement.

Laaroussi Essoussi a hébergé ses amis à la rue Wéry. Lors de la descente, il ne s'est pas rendu de suite. Il est resté aux côtés de Melouk, ce qui a augmenté la pression sur les forces de l'ordre croyant être face à deux irréductibles. Il écope de 40 mois de prison avec un sursis pour la moitié et une amende.

Ibrahim Azouaj, lui, a mis ses comptes bancaires au service de ses amis. Il était aussi en possession d'un sac contenant de la littérature islamiste et un CD-ROM utile pour des actions terroristes. Il a été condamné à 40 mois de prison avec un sursis pour la moitié.

Fathi Somrani avait loué un appartement ayant accueilli des personnes peu recommandables. Le tribunal a qualifié de peu convaincantes ses explications sur des voyages et des contacts avec les milieux islamistes: 30 mois de prison avec sursis pour les deux tiers et une amende.

Bakhti Raho Moussa avait des contacts avec Badache et la filière Zaoui: 2 ans de prison avec un sursis pour ce qui excède la détention préventive.

Mostafa Busif avait aussi des contacts avec des membres de réseaux actifs: 3 ans avec un sursis total.

Jalal Aït Sassi a toujours brillé par son absence. Il a d'ailleurs disparu lors de l'intervention des forces de l'ordre: 5 ans par défaut et une amende.

Restent les deux leaders. Ils ne sont pas directement coupables d'actions terroristes, reconnaît le jugement, mais ils ont servi d'appui logistique.

Farid Melouk est donc condamné à 9 ans de prison et à une amende. Il a déjà décidé de faire appel à ce jugement.

Mohamed Badache écope, quant à lui, d'une peine de 5 ans de prison avec une amende. Trois prévenus bénéficient d'un acquittement.

JEAN-PIERRE BORLOO