Congo Les procès de Likasi Sept condamnés à mort

BRAECKMAN,COLETTE

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Mercredi 19 septembre 2001

Congo Les procès de Likasi Sept condamnés à mort

Les défenseurs des droits de l'homme dénoncent l'usage de la torture et l'arbitraire des procès de Likasi.

COLETTE BRAECKMAN

Alors que le mystère plane toujours sur les véritables responsables et commanditaires de l'assassinat du président Laurent-Désiré Kabila le 16 janvier dernier, malgré la publication d'un rapport officiel peu convaincant, c'est trois autres complots qu'a traités la Cour d'ordre militaire de Likasi au Katanga. L'un, ourdi à l'automne dernier contre le défunt président par le groupe dit des 23, et dans lequel aurait été impliqué le commandant Masasu qui fut par la suite sommairement jugé et exécuté. Les deux autres ont été dirigés contre son fils Joseph Kabila, en janvier et en avril.

Une partie du groupe des 23, appréhendé en octobre 2000, avait déjà été jugée en novembre 2000 et de jeunes militaires originaires du Kivu avaient été exécutés à Pweto ainsi que leur chef, le commandant Anselme Masasu. Ce dernier, qui avait pris part à la première guerre du Congo, était adulé par les enfants-soldats congolais et son exécution avait contribué à dresser contre Kabila les jeunes gardes du corps qui l'entouraient et dont l'un, Rachidi Kasereka, lui porta un coup fatal.

Jugements sans appel

L'autre groupe de conjurés, composé de 13 personnes (douze officiers de l'armée et un ancien ambassadeur, Emmanuel Dungia, longtemps réfugié à Bruxelles), a été arrêté entre le 16 et le 27 janvier et accusé d'avoir voulu renverser Joseph Kabila qui venait de succéder à son père. Le troisième groupe, de 65 personnes dont 52 militaires, a été arrêté en avril, après la découverte d'une nouvelle conjuration contre Joseph Kabila.

A l'issue d'un «mégaprocès», sept militaires ont été condamnés à mort pour complot et tentative d'assassinat. Quarante autres accusés ont été acquittés par la Cour d'ordre militaire et les autres prévenus ont été condamnés à des peines de 5 à 25 ans de prison. Les jugements de la Cour d'ordre militaire sont sans appel et les condamnés à mort peuvent seulement introduire un recours en grâce auprès du chef de l'Etat.

A l'unanimité, des défenseurs des droits de l'homme et les avocats ont dénoncé les méthodes expéditives de la Cour d'ordre militaire (dont le président Kabila avait cependant promis qu'elle ne jugerait plus de civils) et le rapporteur spécial de la Commission des droits de l'homme de l'ONU pour la RDC, le Chilien Roberto Garreton, a vivement dénoncé la violation flagrante du droit à un procès équitable et les tortures que les accusés avaient subies en prison.

A Lubumbashi, la Commission des droits de l'homme a relevé que la plupart des prévenus avaient été enlevés en violation des procédures légales en vigueur sans justifier d'un mandat d'arrêt, et que les accusés ont déclaré avoir été atrocement torturés, soit physiquement, soit moralement.

Un autre groupe de conjurés, ceux qui sont accusés d'avoir mené l'attentat contre le président Laurent-Désiré Kabila, attend toujours d'être traduit devant les tribunaux.