Conjoncture - Plus de 7.300 défaillances sur onze mois Jamais on n'a déploré autant de faillites

THOMAS,PIERRE-HENRI

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Jeudi 2 décembre 2004

Conjoncture - Plus de 7.300 défaillances sur onze mois

Jamais on n'a déploré autant de faillites

* Le triste record de 1997 est déjà dépassé fin novembre. En cause, la pauvre compétitivité des entreprises belges. Et la santé précaire de nos voisins.

PIERRE-HENRI THOMAS

On a beau approcher des fêtes, certaines statistiques économiques ne scintillent pas vraiment. En novembre, selon les dernières données de Graydon, 698 sociétés ont fait faillite dans notre pays. C'est 19 % de plus qu'en novembre 2003. Au cours des 11 premiers mois de l'année, 7.336 entreprises ont mis la clé sous la porte, un record malheureusement historique, qui dépasse celui de 1997, jusqu'ici la pire année de l'histoire économique belge, où l'on avait recensé 6.986 faillites. Jamais, en Belgique, on n'avait connu de tels chiffres, déplore Jan de Boitselier, directeur du service d'étude de Graydon. Les secteurs les plus touchés sont une fois encore l'Horeca (1.222 faillites, en hausse de 11 % par rapport aux onze premiers mois de 2003) et le commerce de gros (+ 3,2 %, avec 1.054 faillites).

Une seule consolation : la taille des entreprises qui disparaisent est plus petite, ce qui explique qu'en termes d'emploi le bilan soit un peu moins lourd : sur onze mois, 16.500 emplois ont été perdus cette année, contre 19.300 au cours de la même période l'an dernier.

Les raisons de l'hécatombe sont multiples. Il y a d'abord la jeunesse : 21 % des faillis ont moins de quatre ans, précise Jan de Boitselier. Il reste que quelques grosses pointures ont mordu la poussière cette année, comme Lauer ou Industrial Mechanical Maintenance, deux entreprises de la région anversoise, actives dans les équipements industriels et qui employaient respectivement 241 et 176 personnes. Ou les ateliers Louis Carton, à Tournai (148 emplois).

Pourtant, à première vue, l'économie belge, qui devrait tourner, selon les dernières prévisions de l'OCDE, à un rythme de croissance de 2,7 %, présente une certaine vigueur. D'après ces performances, on aurait, en effet, plutôt dû s'attendre à un tassement des faillites, affirme Marc Petre, directeur du risque chez l'assureur crédit Euler Hermes.

Cela n'empêche pas des difficultés dans certains secteurs. Jan de Boitselier pointe l'index sur les pays voisins : Aux Pays-Bas, en Allemagne et, dans une moindre mesure, en France, après trois années difficiles (2001, 2002, 2003), la reprise de la conjoncture se fait attendre, ce qui pénalise les entreprises exportatrices belges.

Et puis, ajoute Marc Petre, il y a des situations atypiques, comme dans la construction. Dans ce secteur, les baromètres de confiance des chefs d'entreprise sont en hausse, et les commandes abondent. Pourtant, explique Marc Petre, une série d'entreprises de taille moyenne éprouvent des difficultés : elles se sont attelées à des chantiers qui dépassaient leur capacité et ont éprouvé des problèmes de trésorerie ou ont mal calculé leur prix. De plus, le coût de la main-d'oeuvre pénalise des secteurs comme la construction ou le transport. Les entreprises belges ont des problèmes de compétitivité, ajoute Marc Petre. Un marché tonique ne signifie donc pas nécessairement des entreprises en bonne santé.·