CONSEIL ECONOMIQUE ET FINANCIER DE L'UE,CE LUNDI LE DOLLAR PAS AU MENU OFFICIEL

AFP

Page 6

Lundi 20 mars 1995

Conseil économique et financier de l'UE, ce lundi

Une crise monétaire

qui ne veut pas dire son nom

Le bateau monétaire européen prend l'eau. Comment les Européens peuvent-ils réagir efficacement ?

Les marchés des changes continuent à être perturbés par la dégringolade du dollar, qui provoque en Europe de sérieuses tensions entre le mark et les devises les plus faibles comme la lire et la peseta. À Tokyo, le dollar est tombé lundi matin à son plus bas niveau historique à 88,65 yens, avant de se redresser légèrement. En Europe, les mouvements ont été d'une faible ampleur à l'ouverture. Le mark s'est même très légèrement effrité. Le contexte reste toutefois très fragile.

Plusieurs réunions de responsables économiques et monétaires européens sont prévues cette semaine : conseil économique et financier de l'Union européenne lundi à Bruxelles; conseil franco-allemand mardi à Paris. Comme à l'habitude, les turbulences monétaires ne sont pas officiellement inscrites à l'ordre du jour du conseil économique et financier de l'Union européenne qui doit notamment discuter des fonds d'investissements et de la lutte contre la fraude au budget communautaire. Mais on imagine mal que les ministres des Finances de l'Union ne mettent sur la table des questions monétaires. D'autant plus que, samedi, à Carcassonne, où se tenait une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères des Quinze, le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères Jacques Poos a réclamé une intervention concertée des pays membres du G7 (les sept pays les plus industrialisés de la planète, à savoir États-Unis, Japon, Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie et Canada) pour stabiliser les marchés. Ce lundi matin, le Premier ministre et ministre des Finances luxembourgeois Jean-Claude Juncker a insisté sur l'idée d'une réunion des ministres du G7.

Les problèmes actuels ne sont pas les résultats d'une crise dans l'Union européenne, c'est une crise internationale, a déclaré M. Juncker à son arrivée à Bruxelles où il participe au Conseil des ministres de l'Économie et des Finances des Quinze. Ceux qui sont responsables à un niveau international plus large doivent agir, a ajouté M. Juncker.

Le président de la Commission européenne, le Luxembourgeois Jacques Santer, avait lui aussi préconisé, dimanche, à Carcassonne, des interventions concertées du groupe des Sept sur les marchés monétaires pour tenter d'enrayer la chute du billet vert. Les chiffres de la balance commerciale américaine, qui doivent être publiés mercredi, pourraient en effet encore affaiblir le dollar, estiment les analystes. Ce qui relancerait la spéculation visant les devises européennes les moins solides.

RÉUNION FRANCO-ALLEMANDE

Mardi, le ministre allemand des Finances, Theo Waigel, celui de l'Économie, Gunter Rexrodt, et le gouverneur de la Bundesbank, Hans Tietmeyer, retrouveront à Paris leurs homologues français Edmond Alphandéry et Jean-Claude Trichet pour un conseil économique et financier franco-allemand. Les turbulences monétaires récentes seront une fois de plus à l'ordre du jour. Jeudi dernier, la Bundesbank a décidé de maintenir ses taux inchangés bien qu'une baisse eût probablement soulagé la pression sur plusieurs devises européennes. Vendredi, son gouverneur Hans Tietmeyer avait jugé qu'une légère baisse des taux de la Banque centrale allemande n'est pas impossible. Mais, a-t-il ajouté, toute décision dépendra des perspectives sur la stabilité intérieure. Cela signifie en premier lieu que l'expansion de la masse monétaire doit continuer à être modérée.

Précisons encore qu'au menu de ces différentes réunions, ne figure pas le choix de la forme de la future monnaie unique. Or, selon l'édition dominicale du quotidien britannique «The Independant», si la devise unique devait être mise en place en 1997, il est déjà trop tard pour frapper toutes les pièces, étant entendu que la forme de la future pièce n'a pas encore été choisie. La commission chargée de définir cette forme demande que les ministres se prononcent de toute urgence. Elle prévoit, dans ses recommandations, trois pièces d'un demi-écu, d'un et de deux écus. Cette dernière serait une disque de 27 mm de diamètre, avec un anneau extérieur en alliage doré et un noyau argenté. Ce modèle, comme la pièce française de 10 FF, est censé rendre les contrefaçons plus difficiles. La pièce d'un écu aurait des couleurs inversées, la pièce d'un demi-écu serait tout argentée.

(D'après AFP.)