Consommation - Les premiers vêtements à base de coton équitable dans les grandes surfaces La chaussette a la fibre sociale

STAGIAIRE

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Samedi 16 avril 2005

Consommation - Les premiers vêtements à base de coton équitable dans les grandes surfaces

La chaussette a la fibre sociale

* Pour aider les producteurs africains, Max Havelaar labellise du coton équitable. Les chaussettes et T-shirts équitables arrivent sur le marché.

Après le café, les bananes, le miel ou le riz, le consommateur belge peut désormais acheter dans la grande distribution des vêtements en coton labellisés commerce équitable par Max Havelaar. L'objectif ? Aider les petits producteurs de coton africains à faire face à la baisse constante du prix de la fibre sur les marchés internationaux, qui les amène à commercialiser des produits à des prix parfois inférieurs à leur coût de revient. Un drame quand on sait que l'or blanc assure la survie quotidienne de 15 à 20 millions de personnes en Afrique centrale et de l'Ouest (5 % de la production mondiale).

Ces baisses de prix sont causées en bonne partie par les subventions que les pays riches accordent à leurs producteurs et qui leur permettent d'inonder le marché international à bas prix. Les Etats-Unis, premier exportateur (37 %) et deuxième producteur de coton derrière la Chine, dépensent chaque année, selon Max Havelaar, 4 milliards de dollars en subventions, soit plus que le PIB du Burkina Faso. Ils ont été condamnés par l'Organisation mondiale du Commerce en 2004 pour ces subventions faramineuses.

La chaîne de vente par correspondance « La Redoute » proposera dans son prochain catalogue automne-hiver douze articles labellisés Max Havelaar. Les chaussettes équitables Kindy sont déjà en rayon chez Delhaize tandis que Cora mettra en vente des sous-vêtements masculins et des chaussettes au mois de juillet. D'autres marques pourraient suivre le mouvement si l'engouement se confirme.

Pour le moment, douze groupements de producteurs soit 3.300 personnes produisent ce coton dans trois pays : Mali, Sénégal et Cameroun, affirme Laurence de Callatay, porte-parole de Max Havelaar Belgique. Cela fait trois ans que l'on travaille sur ce projet. Nous espérons étendre le programme à 20.000 personnes pour la saison 2006 et à d'autres pays comme l'Inde. Pour cette année, Max Havelaar entend écouler 300 tonnes de coton équitable.

Comme en matière de produits alimentaires, le coton n'est déclaré équitable que si certains critères de production, tant économiques et sociaux qu'environnementaux, ont été respectés. Le coton doit notamment être cultivé par de petits agriculteurs regroupés en coopératives. Le label garantit un prix minimum au producteur, qui couvre ses coûts de production et lui permet de vivre correctement, explique Johan Declercq, responsable des relations Sud chez Max Havelaar. Une prime de développement, destinée à la collectivité, s'y ajoute, et permet de financer des projets d'accès à l'eau, aux soins médicaux, à l'éducation.

La labellisation Max Havelaar veille aussi au respect de l'environnement : Le coton équitable n'est pas biologique, mais il est moins polluant. En Afrique, la culture est pluviale, alors que l'irrigation pratiquée dans les pays riches assèche les rivières. Elle se fait manuellement et non mécaniquement, ce qui évite d'utiliser des défoliants chimiques, et la dose d'engrais utilisée est beaucoup moins importante, insiste Johan Declercq. Selon Max Havelaar en effet, la culture conventionnelle de coton est l'une des plus polluantes de la planète. Elle utilise 24 % des pesticides pour seulement 2,4 % de surface agricole. La labellisation interdit aussi l'utilisation de semences génétiquement modifiées.

Si le commerce équitable n'est pas la solution miracle à la crise actuelle accentuée par la libéralisation du marché du textile, il permet de prouver aux industries qu'un autre mode de commerce est possible, analyse Johan Declercq.

Max Havelaar contrôle en priorité la production du coton-graine jusqu'à l'exportation de la fibre de coton, mais n'est cependant pas en mesure de contrôler toute la chaîne de fabrication, notamment les usines textiles de confection, situées en Bosnie, Mali et île Maurice. Elles font l'objet d'audits, afin de vérifier le respect des normes de l'Organisation internationale du travail, souligne Laurence de Callatay.

Le consommateur sera-t-il disposé à payer plus cher ses chaussettes ou ses T-Shirt ? Apparemment oui. Des études réalisées par Max Havelaar France tendent à montrer qu'il serait prêt à payer 10 à 15 % de plus pour un vêtement équitable. D'autant que le concept de commerce équitable séduit les marques. C'est à la fois un argument de vente et un concept idéologique, précise Johan Declercq.·

H. D. (st.)