CONSTAT ET MISE EN GARDE, OURTHE-AMBLEVE: SOIREES ET BALS FACE A LA DROGUE ET A LA VIOLENCE

RENETTE,ERIC

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Lundi 10 mars 1997

Constat et mise en garde

Ourthe-Amblève : soirées et bals face à la drogue et à la violence

La situation n'est pas catastrophique mais elle est grave ! Dans la bouche d'Ariste Wouters, le directeur de La Teignouse qui coordonne les programmes et services de prévention dans dix communes des vallées de l'Ourthe-Amblève, ce commentaire sur la violence et la consommation de drogues dans les bals de la région tient à la fois du constat et de la mise en garde. Déduction logique : le travail de prévention y est plus que jamais nécessaire. Dans le rapport annuel que La Teignouse a dressé sur l'exercice 1996 («Le Soir» de samedi), un chapitre important y est d'ailleurs consacré.

L'éducateur n'est ni sorteur, ni policier, ni médecin, y explique-t-on, mais bien souvent, il est un des rares adultes présents. Sa présence dans ces bals qui drainent entre 700 et 1.500 jeunes (il y en a deux ou trois par week-end) rencontre un triple objectif : l'observation (nécessaire à l'adaptation du travail de prévention), la rencontre avec les jeunes sur «leur» terrain et, éventuellement, l'intervention pour calmer un groupe, diminuer une tension, reconduire un jeune, appeler une ambulance, être tampon entre les forces de l'ordre et les jeunes, intervenir en situation d'urgence.

COMME LES MÉGA-DANCINGS

C'est que le bal du samedi soir a bien changé. Il n'a plus rien à voir avec les soirées accordéon, les bals musette d'antan. Aujourd'hui, ils sont identiques à la dynamique méga-dancing dont ils copient les rythmes, l'atmosphère... et les travers. Les lumières, fumigènes, effets lumineux plongent les jeunes dans une ambiance déstabilisante. La musique et les lumières amèneront les jeunes à consommer des XTC afin de pouvoir tenir le coup. Sans oublier les «sponsors», souvent des boissons énergisantes ou alcoolisées, qui poussent les participants à la consommation.

Leur âge moyen oscille entre 14 et 30 ans. La majorité provient de la région d'Ourthe-Amblève, les autres de Liège, Verviers, Droixhe, Seraing. Ceux qui viennent des grandes villes amènent également avec eux de nombreux produits illicites (XTC, marijuana, cocaïne, haschisch, héroïne).

CONSÉQUENCES INQUIÉTANTES

Si les bals se terminent entre 3 h et 5 h du matin, certains clubs privés organisent des «after party» qui débutent vers 4 h du matin et où la consommation de marijuana et de haschisch semble élevée. Les jeunes peuvent ainsi sortir du vendredi soir au dimanche soir uniquement sous l'emprise de produits. Les dégâts sur leur organisme sont considérables. Sans compter l'état dans lequel ils se retrouvent le lundi, soit à l'école, soit au travail. Ceci amenant un décrochage inévitable.

Autre conséquence : pour s'offrir ces soirées, les jeunes ont parfois recours à des moyens inquiétants : racket, violence, vente de produits, prostitution ainsi que des trafics. Il est dès lors moins étonnant de voir des couteaux, poignards, coups de poing américains, battes de base-ball et même une arme à feu confisqués lors des fouilles à l'entrée. Enfin, tout cela agit évidemment sur les aptitudes à la conduite automobile entre les différents lieux de soirées.

É. R.