COOLS ET UN AUTRE TRAFIC DE TITRES:2 POLICIERS DE GRACE-HOLLOGNE REINTERROGES,LE COMMISSARIAT PERQUISITIONNE TAXQUET ET DI MAURO

HAQUIN,RENE

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Samedi 11 juillet 1992

Cools et un autre trafic de titres: deux policiers de Grâce-Hollogne réinterrogés, le commissariat perquisitionné

Taxquet et Di Mauro resserrent l'étau sur Van der Biest

En 1990, l'ancien policier, secrétaire du ministre, avait déjà fait vérifier des titres par un collègue au commissariat de Grâce-Hollogne. Van der Biest le savait-il?

Onze heures d'audition jeudi pour l'ancien ministre Alain Van der Biest, entendu par la BSR de Bastogne puis, le soir, par le juge Connerotte au palais de justice de Neufchâteau. La suite de l'enquête n'a pas traîné: hier matin, accompagné du juge Ancia chargée du dossier Cools, le juge Connerotte a interrogé et arrêté Carine Schooten, 32 ans, l'épouse de Pino Di Mauro, qui habite Grâce-Hollogne, en face de chez Taxquet. Elle est inculpée dans le cadre de l'affaire des titres pour avoir, par menaces ou par des promesses d'argent, tenté d'influencer les déclarations de co-inculpés de son mari dans un sens plus favorable à celui-ci.

LISTE DE TITRES SUR UN FAX

Les deux juges ont ensuite conduit une perquisition au commissariat de police de la commune d'Alain Van der Biest. Puis le juge Connerotte y a entendu plusieurs policiers, dont le commissaire adjoint Pierre Caspers et un inspecteur, Michel Tevnin, qu'il avait déjà failli inculper.

Les enquêteurs ont appris qu'en 1990, Richard Taxquet, policier communal entré depuis deux ans au cabinet d'Alain Van der Biest d'abord comme chauffeur puis comme secrétaire, avait demandé à un copain de la police, Michel Tevnin, de vérifier une liste de numéros de titres bancaires par le terminal d'ordinateur, pour voir s'ils n'étaient pas signalés volés. Taxquet avait envoyé la liste par le fax du cabinet ministériel. Tevnin avait vérifié en toute bonne foi, dit-il, persuadé de rendre service au ministre. Pierre Caspers dit n'avoir appris cela que plus tard. En 1991, par amitié, Caspers avait aussi accepté que Taxquet, séparé de son épouse, se domicilie chez lui.

Aujourd'hui, le juge Connerotte sait que cette première liste de titres bancaires correspond aussi à des titres volés du côté de Quévy, près de Mons. Que c'est à la demande de De Benedictis, un oncle de Taxquet qui habite la région de Mons, que Taxquet avait fait vérifier sur l'ordinateur de la police de Grâce-Hollogne. C'est probablement dans le cadre de cet autre trafic que Pino Di Mauro a récemment fait des aveux.

Alain Van der Biest déclare ne rien savoir de cette affaire et n'avoir pas autorisé Taxquet à faire effectuer cette vérification. Comme l'ancien ministre affirme n'avoir jamais autorisé le chauffeur Pino Di Mauro à utiliser la Citroën BX du cabinet pour le voyage de la mi-novembre 1991 au Liechtenstein, où Di Mauro et Todarello étaient venus surveiller l'entrepreneur Beaujean, le gendarme Van Mullen et le financier Menon lors du placement en banque des 23 millions de titres signalés disparus de Zaventem en septembre.

VOL DÉCLARÉ AU COMMISSARIAT

Cette Citroën BX a été «volée» au début janvier, la nuit précédant la passation des pouvoirs de Van der Biest à Guy Mathot, à la Région wallonne. Volée devant chez Di Mauro à Grâce-Hollogne. Ce matin-là, le chauffeur Di Mauro a prévenu le commissaire Caspers, qui l'a amené au commissariat pour déclarer le vol au planton de service.

Tant à Neufchâteau qu'à Liège, les enquêteurs ne sont pas convaincus de la totale sincérité d'Alain Van der Biest. Ils lui reprochent de ne pas avoir porté plainte au parquet de Liège, puisque dans le dossier Cools on y enquêtait aussi sur une autre Citroën du cabinet, celle de Lambert Verjus, incendiée la nuit précédant l'assassinat. Ils s'étonnent que Van der Biest ait volé au secours de Taxquet après la dénonciation anonyme le désignant comme le tueur à la moto. Aujourd'hui, ils soupçonnent Van der Biest de ne pas leur dire tout ce qu'il sait sur le compte de ses deux collaborateurs arrêtés à Neufchâteau et bien impliqués dans les trafics de titres bancaires volés.

Or Alain Van der Biest doit savoir qu'aujourd'hui, il est dangereux pour lui de les protéger...

RENÉ HAQUIN