Coopération La Région wallonne veut asseoir sa présence en Asie du Sud-Est Le Vietnam en ligne de mire Un nouvel Eldorado C'est bon, c'est belge

DANZE,HUGUES

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Mardi 5 novembre 2002

Politiquement, le régime communiste reste absolu. Economiquement, il s'ouvre à l'économie de marché. La Région ne veut pas rater le train.

Coopération

La Région wallonne veut asseoir sa présence en Asie du Sud-Est

Le Vietnam en ligne de mire

HUGUES DANZE, envoyé spécial

HÔ CHI MINH-VILLE

et HANOÏ

Rencontrer le président du Comité populaire d'Hô Chi Minh-Ville (HCMV), l'équivalent d'un bourgmestre belge, est un formidable exercice de lâcher prise. Les journalistes occidentaux ont juste le droit de se taire. Et d'écouter un discours aux relents propagandistes dédicacé à la gloire du Parti communiste unique qui règne ici, et dans tout le pays, en maître absolu. A l'inverse, dès qu'il s'agit d'économie et d'investissements étrangers, les politiques s'ouvrent, deviennent attentifs voire même séducteurs.

Présent au Vietnam pour une mission oscillant entre contacts politiques et contacts techniques avec les coopérants belges, Jean-Claude Van Cauwenberghe a largement pu s'en rendre compte. Le système de parti unique ne me plaît pas, constate le ministre-président wallon. Au Vietnam, tout ce qui empiète sur le pouvoir central est tabou. On n'admet pas le contre-pouvoir. Cela reste une divergence entre nous. Mais lorsqu'il s'agit de parler de démocratie dans ce pays, je préfère la politique des petits pas. Plus le Vietnam aura de contacts avec l'extérieur, plus il s'ouvrira.

Et la Région wallonne ne compte pas rater le train. Parce que ce pays de 80 millions d'habitant est en plein développement. Il suffit pour s'en rendre compte de regarder le nombre de chantiers qui fleurissent un peu partout à l'extérieur de Hô Chi Minh-Ville, véritable poumon économique du pays (42 % du volume des exportations et 30 % des investissements étrangers de l'ensemble du pays). Le Vietnam est donc devenu, en quelque sorte, le nouveau pays où il faut être dans le Sud-Est asiatique.

Un constat confirmé par les autorités vietnamiennes elles-mêmes : Nos entreprises doivent devenir compétitives. Il faut changer les vieilles méthodes de gestion, a-t-on entendu dire à plusieurs reprises. Le vice-président de la commission des réformes administratives, un homme clé du régime, a même été plus loin : Il faut mettre fin au centralisme bureaucratique.

Des signes d'ouverture qui ont incité Jean-Claude Van Cauwenberghe a confirmer la modeste présence wallonne (15 coopérants) dans ce pays au travers de multiples programmes de coopération. Comme la formation en management organisée par Solvay à l'Université de Hanoï pour les futurs cadres vietnamiens (200 diplômés à ce jour). Comme le soutien de programmes scolaires bilingues dans ce pays faisant partie de l'espace francophone. Parce que nous devons travailler à l'exception culturelle francophone et lutter contre une culture unique, a subtilement glissé, dans un de ses discours, le ministre-président wallon. Comme le soutien au développement agricole du pays à travers les actions menées par l'Apefe (Association pour la promotion de l'éducation et de la formation à l'étranger). Un développement agricole indispensable pour que les zones rurales (projet de valorisation du delta du fleuve Rouge, notamment) ne restent pas les oubliées du développement du pays. Le secteur du tourisme intéresse également les Wallons. Parce que les Vietnamiens souhaitent s'inspirer des gîtes ruraux et chambres d'hôtes pour développer un tourisme (2.500.000 visiteurs annuels) respectueux des sites visités.

Le Vietnam est donc dans la ligne de mire du locataire de l'Elysette. Qui est revenu de cette mission avec une confirmation politique de nature très belgo-belge : Il faut défédéraliser la coopération au développement. C'est une certitude. Grâce à cela, nous serons plus près des choses, plus ancrés dans la réalité des projets de développement. L'investissement wallon a bien fonctionné jusqu'ici. Il faut l'intensifier. Un message que les autorités vietnamiennes ont évidemment apprécié.·

REPÈres

Population. 80,2 millions d'habitants. La capitale politique est Hanoï (3 millions d'habitants), Hô Chi Minh-Ville étant la capitale économique et financière (7 millions d'habitants).

Politique. Le pays est, à l'image de la Corée du Nord, de la Chine et de Cuba, gouverné par le Parti communiste unique (2,5 millions de membres). Le président, le Premier ministre, le président de l'Assemblée nationale et le secrétaire général du parti sont les quatre têtes de l'État. Dans les villes et les campagnes, ce sont les représentants du Comité populaire qui tiennent les rênes du pouvoir.

Economie. Avec un produit national brut de 400 euros par habitant, le Vietnam est un pays pauvre. Il est néanmoins considéré par tous les observateurs comme un pays émergent en Asie du Sud-Est.

Exportations. Pétrole brut (18 à 24 %), habillement et confection (14 %); produits de la mer (13 %)...

Importations. Machines-outils (17 %) ; pétrole raffiné (12 %) ; matières premières textiles et chaussures (9 %) ; composants électroniques (5 %).

Principaux clients. Japon, USA et Chine. La Belgique est quatorzième avec 180 millions d'euros pour les sept premiers mois de 2002.

Principaux investisseurs. Singapour, Taïwan et Japon. La Belgique est à la vingt-sixième place.

Belgique. Une centaine de sociétés belges sont présentes au Vietnam dont 22 wallonnes. Les exportations belges représentent 100 millions d'euros (+ 20 % par an).

Un nouvel Eldorado

L'Agence wallonne à l'exportation (Awex) est présente depuis 1994 à Hô Chi Minh-Ville. Un choix stratégique réussi ?

Absolument. Hô Chi Minh-Ville (HCMV) concentre pratiquement toute l'activité économique du Vietnam. Elle représente à elle seule 60 % du PNB (produit national brut). Cette ville est une terre fertile pour les investissements étrangers. Il y a une centaine de sociétés belges ici, dont 22 wallonnes. De plus, HCMV est une porte d'entrée vers l'Asie du Sud-Est.

Sur le plan économique, peut-on dire du Vietnam qu'il suit le modèle chinois ?

Oui. Son économie est en plein développement avec une croissance annuelle moyenne de 7 %. Pour ne citer qu'un exemple, il y a dix ans, le Vietnam importait du riz. Aujourd'hui, il est deuxième exportateur mondial. Même chose pour le café. Dans ce pays centralisé sur le plan politique, l'activité privée dépasse les 50 % de l'activité économique. Il y a une inversion des tendances par rapport aux entreprises publiques. Il reste encore 5.500 entreprises d'Etat et l'objectif avoué du gouvernement est de réduire leur nombre à 1.500 ou 2.000 dans les prochaines années. Il y a donc des marchés potentiels importants.

Quels sont les principaux secteurs dans lesquels investissent les sociétés belges ?

Il y a d'abord l'environnement où il y a de gros besoins et qui est une des priorités du gouvernement. Les Belges sont présents dans l'incinération des déchets, dans l'épuration des eaux ou encore dans la problématique d'étanchéité des décharges. L'énergie est un autre marché avec l'ouverture de plusieurs sous-stations électriques, l'électrification de stades de football et du futur métro (un réseau de 40 kilomètres) d'HCMV. Nous exportons et sélectionnons également des porcs piétrains. Enfin, la chimie et la pharmacie sont deux secteurs en pleine croissance. UCB, SmithKlineBeecham et Solvay, notamment, sont présents ici.

Où se situent les sociétés wallonnes sur l'échiquier vietnamien ?

En 2001, nous avons traité 167 dossiers en faveur de sociétés wallonnes, et 51 sociétés ou institutions wallonnes ont sollicité nos services. Pour les six premiers mois de 2002, nous avons assisté près de 46 sociétés. La Belgique est un partenaire important du Vietnam. Elle se situe à la cinquième place européenne derrière la France, l'Allemagne, l'Angleterre et la Hollande.·

ENTRETIEN

Nom. Delcourt.

Prénom. Philippe.

Age. 34 ans.

Formation. Ingénieur commercial.

Fonction. Attaché de l'Agence wallonne à l'exportation à Ho Chi Minh-Ville. Il représente également les intérêts de l'Awex au Laos et au Cambodge.

C'est bon, c'est belge

Déguster du chocolat belge sous un soleil de plomb vietnamien, est-ce du vice ? Non, parce que ce chocolat est fabriqué là-bas par Grand-Place, une société d'origine liégeoise, qui vient d'inaugurer une ligne de production dans un zoning industriel situé à une heure trente de route d'Hô Chi Minh-Ville. Montant de l'investissement : 500.000 euros.

Un véritable parcours du combattant pour la famille Safarian qui aura duré sept ans. A ce propos, la SA Grand-Place est exemplaire. Parce qu'elle est passée par l'ensemble des formes juridiques prévues par la loi locale : ouverture d'un bureau de représentation en 1995, création d'une société mixte (capitaux vietnamiens et belges) en 2000 et enfin mise en place d'une société à capitaux 100 % étrangers en 2002.

Si les Safarian se sont installés au Vietnam, c'est pour une raison simple : C'est le pays asiatique qui a une des plus longues traditions dans le secteur de la confiserie, de la boulangerie et de la pâtisserie, note Pierre Safarian, directeur général. Nous espérons jouer un rôle de sous-traitant dans un secteur en pleine croissance. Après quelques semaines de production, cette usine belge a déjà bien garni son portefeuille clients. Avec notamment le groupe Unilever, les hôtels du groupe Accor et quelques grosses industries agroalimentaires vietnamiennes.

Autre société belge en plein essor, la SA Spacebel, elle aussi d'origine liégeoise, vient de s'associer avec Saigon Postel (actionnaire à 39 %) pour créer la « Saigon software development company ». Nous sommes ici pour augmenter notre compétitivité dans le domaine des logiciels techniques, explique Thierry Du Pré, patron de Spacebel. Un secteur en plein essor dans un pays où tout reste à faire dans le domaine des NTIC (nouvelles technologies de l'information et de la communication). Il regarde donc l'avenir avec sérénité. Une attitude finalement très asiatique.·